AGROMATERIAUX : Le bloc mono-mur de chanvre ouvre la voie à une construction de nouvelle génération.

Une coopérative agricole, un industriel du bâtiment, une grande école, trois acteurs de milieux différents impliqués dans une même aventure : la mise au point d’un bloc mono-mur de chanvre destiné à la construction. Le produit, finalisé à 80%, a été présenté lors de l’AG du groupe Euralis, investi dans ce projet aux côtés de l’entreprise SEAC.  Le laboratoire des matériaux et durabilité  des constructions de l’INSA est aussi partie prenante de ce programme baptisé Sativa Muris. En amont, cette innovation contribue à conforter la production de chanvre, une plante n’exigeant pas d’apports phytosanitaires et peu consommatrice d’eau.

La transformation du végétal en fibres (1) et chènevotte est assurée par l’usine Agrofibre qui a démarré l’activité en 2008. « La mise au point de l’agro-chaîne a nécessité plusieurs mois de R&D pour concevoir les équipements spécifiques, optimiser les process » précise Eric Gazagnes, directeur développement agricole à Euralis/Coopéval. Le travail en bottes carrées a fait gagner en qualité et délais. Des applications plus techniques sont désormais possibles. Pour caractériser le granulat issu de la chènevotte (2), le site a été doté d’un broyeur, calibreur, moyens de dépoussiérage.

Cet écoproduit a permis d’obtenir un bloc à bâtir particulièrement performant en terme de poids, d’isolation thermique, de résistance. « Avec ce matériau, les besoins sont moindres en isolation d’intérieur » commente Laurent Guiraud, le dirigeant de SEAC en évoquant les efforts de l’entreprise en matière de développement durable (zéro déchets, création de l’usine de métakaolin avec d’autres partenaires, gamme innovante …). Les planchers légers thermo-acoustiques font partie des derniers fleurons. Ils sont adaptés aux blocs mono-murs de chanvre qui seront mis en œuvre comme un parpaing classique. Un liant à base de chanvre sera aussi fourni en guise de mortier.

Pour bien appréhender les propriétés de ce principe constructif, un bâtiment pilote sera édifié cette année. Une vitrine qui pourra être appréciée par les particuliers, les entreprises du bâtiment, les architectes et promoteurs.

Le CSTB devrait qualifier prochainement ce produit biosourcé avec lequel on peut envisager des ensembles immobiliers de 4 étages.

Emma Bao
Diffusé le 22 février 2011

(1) : usages de la fibre : laine pour isolation dans le bâtiment, fabrication de feutres aiguilletés pour la viticulture, l’arboriculture, le jardinage, applications composites.

(2) : la chènevotte brute est  vendue en sachets pour les métiers de la rénovation.

Encadré

Autres axes de recherche

Agrofibre en partenariat avec le laboratoire Valagro et la halle technologique Futuramat de Poitiers, développe une offre de compounds thermo-injectables en composites biosourcé. Produits à partir de fibres courtes de chanvre et de PLA (Acid Poly Lactique : Polymère biossourcés), ces compounds sont travaillés par injection au CRCC de Tarbes ou chez EBL à Mauléon.

Avec l’ICAM, après obtention d’un voile cardé, le 1er fil 100% chanvre a été mis au point.
La R&D est aussi axée sur la chènevotte en combinaison avec des polymères.

Si la chènevotte et la fibre sont bien exploitées, reste encore à valoriser  les résidus cellulosiques.

 

 

 

Encadré

Lancement d’une culture locale de chanvre

Lors de l’AG du groupe Euralis/Coopeval, Jean Claude Labit, président, a donné les orientations de ces prochaines années aux adhérents à la coopérative. Parmi les objectifs, figurent une diversification des exploitations, le circuit court, l’organisation de la succession d’une exploitation, la plateforme de services aux agriculteurs.

L’axe chanvre illustre bien la recherche de valeur ajoutée. En 2005, 70 ha ont été semés pour évaluer l’adaptation de la plante au territoire. En 2007, 1500 ha ont produit de bons rendements mais il a fallu trouver une technique de récolte, concevoir la machine appropriée. Un premier prototype a été testé en 2007. Depuis, 5 machines recueillent le chanvre avec un rythme de 2 à 3 ha/heure.

Si tout ce qui est paille est maîtrisé, reste à exploiter la graine pour des débouchés industriels (mélange pour oiseaux, huiles pour cosmétiques, appâts pour la pêche…).

Dans le sillage du Grenelle de l’environnement, l’Europe soutient la culture du chanvre souhaitant élargir les débouchés au-delà du secteur papetier. Que ce soit dans le bâtiment ou dans plus généralement dans l’industrie (pièces de plasturgie, textile…), toute une activité est en cours de développement.