ARBORICULTURE : Pépinières Le Padouenc et Caussat espaces verts, les clés de la réussite d'une affaire familiale née en 1920


Eric Caussat-Dirigeant                                      70 ha en exploitation 
En 2020  la pépinière Le Padouenc, fêtera ses 100 ans !  Cette affaire fondée par le grand-père Auguste Caussat, arboriculteur et agriculteur à Daux, est une des rares à avoir réussi à surmonter le temps dans un secteur très éprouvé par la concurrence. En prenant le relais, son fils Teddy a su donner avec ses frères une nouvelle impulsion à l’activité, en lançant en parallèle l’entreprise de création Caussat Espaces Verts. Suite à sa disparition brutale, Eric et sa sœur Patricia ont pris la relève en 2005, continuant à assurer le développement de ces deux entités complémentaires. Leur cousin Claude partage avec eux la direction de la pépinière.

L’entreprise est une des rares avec Pépinière du Languedoc à s’être positionnée sur les deux métiers il y a une cinquantaine d’années. Un modèle économique pertinent qui permet de préserver le végétal, la matière vivante de base des aménageurs d’espaces verts, mais aussi de sécuriser les approvisionnements et d’en contrôler la qualité.

« Il reste en région deux producteurs. Nous sommes le premier sur le grand Sud-Ouest en arbres d’alignement ; notre confrère, les pépinières d’Engandou est leader européen dans la culture des magnolias » indique Eric Caussat en évoquant les 300 espèces (érables, frênes, chênes, tilleuls…) élevés sur les 70 ha de l’exploitation familiale(1).  Des variétés adaptées à la région et qui prendront bien une fois transplantées sur les bords des routes, les parc et jardins paysagers…

Pour renforcer l’expertise, cet entrepreneur entretient des liens réguliers avec les prestataires de service du secteur et les gestionnaires des espaces verts. Une veille très fructueuse qui a permis par exemple de découvrir que les chênes rouges s’accommodaient mal de l’eau très calcaire de la ville de Toulouse ! Le partage d’expérience a aussi mis en exergue que les troncs exposés au soleil des érables adultes avaient tendance à se fissurer lorsque ces derniers ne provenaient pas des pépinières au climat toulousain ! D’où l’importance pour les professionnels des espaces verts de prendre en considération l’écosystème de la plante…et donc de sélectionner des souches développés dans le terroir.

Devenue une référence appréciée des collectivités locales et donneurs d’ordres privés (promoteurs…), Caussat Espaces Verts compte à son actif de nombreux chantiers dont la ZAC d’Andromède, le site Jean-Luc Lagardère d’Airbus, les abords du TSCP (2) à Cugnaux…Parmi les projets d’actualité figurent également Aeroscopia, l’îlot Libération, la ZAC de Balma, les sentes sur Borderouge…Depuis près de 10 ans, la pépinière fournit la majorité des 14 000 arbres d’alignement commandés à ce jour par le Conseil Général de la Haute-Garonne qui remplace un abattage par deux plantations. « Nos sujets plantés le plus souvent le long des routes, s’enracinent très bien alors qu’ils pâtissent souvent d’un manque d’eau, cette dernière se déversant dans les fossés » constate le dirigeant de la PME en évoquant la fidélité de la plupart des clients professionnels séduits par le bon rapport qualité/prix.

Parmi les axes de croissance, la société souhaite booster l’activité « terrains de sports » et le volet entretien d’espaces verts. L’innovation est aussi un autre levier générateur de valeur ajoutée. L’entreprise a mis en place un concept de gazon « faible pousse » avec une technique de mise en œuvre particulière qui diminue drastiquement le nombre de fauches. Avec ce procédé, la DDE de Boulogne-sur-Gesse limite par exemple le nombre de tontes sous les glissières de sécurité, réduites à un passage tous les trois ans contre trois à quatre annuels ! Soit une meilleure sécurité pour les usagers des routes départementales, une économie de main d’œuvre et une moindre exposition au risque et à la pénibilité sur ce type de travaux.

(1) : 50 ha en culture permanente, rotation des parcelles pour laisser la terre se reposer en y semant des céréales par exemple.

(2) : transport en commun en site propre


Emma BAO 

 


A retenir :

 -La Pépinière du Padouenc emploie 15 personnes. CA 2013 : 1,4 M€

-Effectifs de Caussat Espaces Verts : près d’une cinquantaine de salariés avec l’agence de Saint-Orens, Caussat Sud Espaces Verts compte 7 à 9  personnes.

-CA 2013 : 6,7 M€ ; prévision 2014 : maintien de l’activité.

-Répartition de l’activité : 60% marchés publics, 40% professionnels du privé.

-Rayonnement commercial : une cinquantaine de kilomètres autour de Toulouse

Encadré 1

Un métier à cycle long

« Nous travaillons sur un cycle long, allant jusqu’à 20 ans. Au minimum,  7 à 8 ans sont nécessaires pour vendre un arbre bien constitué !» précise le codirigeant de la pépinière Le Padouenc. Ce qui suppose de bien anticiper les tendances et l’évolution de la demande pour éviter les ruptures de stocks.

Cette entreprise est une des rares à continuer à réaliser la greffe en écusson, selon la méthode des anciens. Ce qui représente un volume de 10 000 à 15 000 greffes/an. Une opération effectuée à la main en août, trois mois après la plantation des petits arbustes. Ces derniers sont ensuite rabattus (coupés à 5 cm du sol) pour laisser le greffon se déployer à 1,50m/2 m de pousse. Deux ans après, ces végétaux sont repiqués (coupe des racines) et replantés sur une autre parcelle. Les sujets poursuivent leur croissance et arrivés quelques années après au stade de commercialisation, ils peuvent faire l’objet de conditionnements spécifiques (motte, containeur) le temps de les mettre en œuvre dans le chantier définitif.

On notera aussi le taux de perte inhérent à l’ensemble de la profession en Europe : il atteint les 50% et ce pour diverses raisons (malformation, accident, mauvaise contreplantation, dépassement de maturité…)


Encadré 2

Prendre en compte l’évapotranspiration

Le climat toulousain est l’un des plus perturbants de France en raison du vent d’Autan qui assèche l’air, accentue le phénomène d’évapotranspiration des végétaux. D’où l’intérêt de sélectionner des variétés locales, rompues à ces conditions climatiques critiques. « C’est un paramètre clé qui devrait figurer dans les cahiers de charge des appels d’offres » estime Eric Caussat.

 

Encadré 3

Volontaire pour  reboiser le Canal du Midi

Eric Caussat souhaite apporter sa contribution au reboisement des berges du Canal du Midi, étant prêt à offrir des arbres sur le tronçon Toulouse-Naurouze. Et ce à la condition que soit plantée l’essence la mieux adaptée sur ce parcours, à savoir le chêne des Marais. Il souhaite aussi que ces plantations fassent l’objet d’un contrat de culture pour veiller à leur bonne tenue. Une proposition qu’il a effectuée auprès du Club des entreprises mécènes du Canal du Midi.

Encadré 4

Le congrès annuel de la profession à Toulouse

Le Congrès National de l’Union nationale des entreprises paysagistes (UNEP) aura lieu le 22 et 23 octobre prochain au Centre de congrès Pierre Baudis. Au sein de cette organisation professionnelle, Eric Caussat fait partie de la commission nationale « Technique et innovation ». Durant ce rendez-vous organisé à Toulouse, un Concours Innovation sera d’ailleurs organisé.