EasyMile : cap sur la commercialisation

Sitôt le feu vert réglementaire obtenu, EasyMile est prête à envahir le marché mondial avec ses navettes électriques et autonomes. Etape cruciale pour cette PME toulousaine aux ambitions internationales.

« Aujourd’hui, notre cœur de métier c’est le logiciel » lance Benoît Perrin, directeur général de EasyMile. Fondée à Toulouse en 2014, l’entreprise suit un objectif : rendre les véhicules autonomes dans leur totalité. Aujourd’hui, et après 6 ans de développement technologique, ses logiciels permettant cette indépendance vont bientôt entrer dans une phase de commercialisation. Visant deux marchés bien distincts, les solutions d’EasyMile roulent déjà aux quatre coins du globe : récemment, ces navettes ont par exemple été expérimentées au « Tunney’s Pasture campus » d’Ottawa au Canada, un site de 49 hectares qui abrite des bâtiments du gouvernement fédéral. Elles vont très bientôt rouler à Louvain-La-Neuve en Wallonie, pour relier la gare à un quartier d’affaires.

2021-2022 : phase décisive
Après plus de 200 expérimentations déjà accomplies dans 20 pays différents, EasyMile prépare son arrivée sur le marché avec deux produits différents. Le premier est un tracteur de manutention autonome, dont le déploiement est prévu pour 2021, tandis qu’une navette passagère sera commercialisée dès 2022. Cette dernière est déjà dans les plans de grands transporteurs mondiaux et opérateurs de transports publics, à l’image de Transdev, la RATP, ComfortDelGro à Singapour ou encore les chemins de fers allemands.

Avec 95% d’activité à l’export, les véhicules d’EasyMile fabriqués par le constructeur automobile français Ligier rouleront sur de nombreuses routes du globe, avec une prévision de « plusieurs dizaines de milliers de navettes » déployées. Les bureaux de développement de l’entreprise basés à Toulouse regroupent 80 % de ses effectifs (sur 250 personnes), les autres bureaux sont à Berlin, Denver, Singapour, Tokyo et en Australie.

 

 

Une navette autonome pour les déplacements récurrents

Le premier marché visé par l’entreprise toulousaine est celui du transport public grâce à des véhicules dits « à basse vitesse », allant jusqu’à 30 km/h. Ils serviront à relier des zones d’activité entre elle et à faciliter les déplacements pendulaires, comme la connexion d’un quartier jusqu’à un centre d’affaires, d’un stade de sport avec un parking ou encore la desserte à l’intérieur de grandes structures comme les hôpitaux ou les aéroports.

Cette navette baptisée « EZ10 », qui peut embarquer une quinzaine de personnes, roule déjà dans une vingtaine de pays avec 150 exemplaires en phase de test. En France, ce véhicule du futur a notamment circulé sur le site de Rungis, de Pierre Fabre ou encore sur la voie publique avec des allers-retours sur les allées Jules Guesde à Toulouse, ou à Paris entre deux gares.  Si elles ne sont pas encore réellement autonomes car elles nécessitent la présence d’un opérateur à leur bord pour rouler, l’expérimentation d’EasyMile arrive à son terme et devrait recevoir d’ici peu le feu vert des différentes réglementations nécessaires. Le directeur général, qui promeut une homogénéisation d’un cadre règlementaire, reconnaît les efforts de l’administration française et de l’écosystème régional qui se met en place, à l’image du cluster Totem en Occitanie visant à fédérer 200 entreprises engagées dans la mobilité intelligente et durable.

EasyMile en chiffres :

6 ans de recherche et développement

250 employés

150 navettes déjà en utilisation

20 pays différents

95 % de l’activité à l’export

18 M€ de CA en 2019 pour 250 employés

3 actionnaires principaux : Alstom, Continental et Bpifrance

Un chariot de transport de matériel

Le deuxième marché que vise EasyMile est celui de la logistique, du transport de biens. Avec « TractEasy », l’entreprise toulousaine veut proposer aux grands industriels une solution pratique pour leur transport de grandes pièces détachées. L’usine PSA de Sochaux a déjà testé l’automatisation d’une partie de ses flux logistiques avec ce tracteur autonome développé en partenariat avec TLD, fournisseur d’équipements d’assistance aéroportuaire. La solution est d’ailleurs sollicitée par les aéroporst, pour les transports de bagages entre l’avion et le terminal.

 

La Covid-19 n’a pas impacté l’intérêt des acteurs du marché :

La crise sanitaire actuelle n’aura pas affecté l’activité d’EasyMile qui était encore en phase de développement pendant le confinement. Ses partenariats d’innovation ne se sont pas arrêtés, et le directeur général de l’entreprise Benoît Perrin est confiant quant à la commercialisation de ses solutions : « Les gains sont importants pour les opérateurs de transport et de logistique :  l’intérêt économique de notre produit est suffisant pour confirmer le marché. Les acteurs investissaient dans la navette même lorsqu’elle était en phase d’expérimentation, une fois commercialisée notre valeur ajoutée restera la même. Evidemment on ne peut pas prévoir l’évolution de la situation, mais pour l’instant nous avons confirmé la stratégie. »

 

Thomas Alidières