Emilie Royere, pôle Eurobiomed : "Un grand pôle couvrant le sud de la France nous donnerait plus de poids"

Emilie Royere, directrice générale d'Eurobiomed

Les pôles de compétitivité santé Eurobiomed et Cancer-Bio-Santé ont présenté un projet commun pour ne faire plus qu’un dès 2019. L’un est basé à Marseille et Montpellier, l’autre à Toulouse. Emilie Royere, directrice générale d’Eurobiomed, donne sa vision de l’évolution du secteur de la santé dans le grand sud de la France.

 

La santé fait partie des secteurs clés de la région Occitanie. Comment voyez-vous évoluer ce secteur ?

Notre pôle de compétitivité a la particularité de couvrir les deux régions Paca et Occitanie, avec deux métropoles phares : Marseille, plus tournée vers l’immunologie, et Montpellier, orientée vers le diagnostic. Nous travaillons aussi sur des sujets transversaux avec Cancer Bio Santé (à Toulouse), pôle avec lequel nous venons de présenter un projet de pôle commun. Parmi nos 250 adhérents, 117 sont implantés en Occitanie. Nous affichons une croissance annuelle  de 6% et avons accueilli une quarantaine d’adhérents cette année (20 originaires d’Occitanie). Dans le grand sud de la France, ce qui caractérise le secteur santé, par rapport à d’autres régions comme l’Ile-de-France ou le Rhône-Alpes, c’est la  forte dynamique de création d’entreprise et le nombre important de PME dans et autour de la santé. Les entreprises du pôle ont levé un total de 140 M€ auprès d’investisseurs privés en 2017. Depuis dix ans, 1 milliard d’euros ont été accordés via des financements publics (programme locaux, régionaux, nationaux ou européens).   

L’innovation dans la santé passe-t-elle obligatoirement par le numérique ?

Oui, c’est inévitable. Le digital est un outil et un moyen d’innover, y compris dans la R&D où le développement de nouveaux algorithmes va permettre de trouver de nouvelles cibles de recherche. Mais je dirais que ce n’est pas une fin en soi. L’innovation prend des directions nouvelles ces temps-ci. On s’intéresse par exemple beaucoup aujourd’hui au préventif et à la prédiction des maladies à venir. Beaucoup de projets e recherche actuels  sont dans la phase amont de la maladie. Au sein du pôle, nous nous sommes organisés autour de quatre orientations : le médicament, les dispositifs médicaux, le diagnostic médical et la e-santé.  

Vous avez mis en place un accélérateur il y a deux ans. Avez-vous pu mesurer l’efficacité de cet outil ?

 Nous avons lancé go4biobusiness en 2016. Une initiative originale pour un pôle de compétitivité puisqu’il s’agit d’un encadrement  intensif, sur une année, avec un financement pouvant atteindre les 50K€. Nous avons d’autres outils pour soutenir l’innovation, notamment la structure CellComp, qui propose un accompagnement des entreprises de moins de 5 ans, après incubation. Parallèlement au soutien de la phase R&D, nous proposons de les aider  à préparer une d’une levée de fonds, à rechercher des partenaires industriels, à intégrer les réglementations, à  commercialiser.  BioRezo est un réseau qui encourage les rencontres entre acteurs de la santé à travers des rencontres simples, des présentations.

Les pôles Eurobiomed et Cancer Bio Santé pourraient ne faire plus qu’un dès 2019. Etes-vous prêts pour cette probable fusion ?

Nous sommes archi prêts pour nous unir ! Nous sommes déjà habitués à travailler ensemble, à travers des programmes communs.  Nous avons déposé notre projet commun le 19 octobre dernier et nous saurons mi-décembre si notre proposition est retenue, c’est-à-dire si le futur pôle Eurobiomed Cancer-Bio-Santé (cette nouvelle entité prendrait un nouveau nom) fera partie des pôles de compétitivité retenus pour la phase IV (2019-2022). Sur les sept pôles santé en France, Eurobiomed est le plus important en nombre d’adhérents (250 cette année). Avec ce rapprochement du pôle toulousain Cancer Bio Santé, nous atteindrions les 450 membres et figurerions dans le top 3 européen. Nous avons l’ambition de devenir le pôle santé numéro un en Europe d’ici deux ans ! Un grand pôle unique couvrant le sud de la France nous donnerait plus de poids, renforcerait  notre retentissement international, et permettrait une mise en commun des outils et  des moyens.

Est-ce que les deux pôles ont des domaines en commun ?

Eurobiomed ne se limite pas à des thématiques spécifiques, alors que Cancer Bio Santé est dédié à l’oncologie et au vieillissement. Les entreprises haut-garonnaises qui ne sont pas dans ces domaines pourraient rejoindre le nouveau pôle. Pour préparer ce projet d’union des deux pôles, nous avons organisé une centaine de rendez-vous pour nous baser sur les attentes des utilisateurs. Cette fusion est une action très positive. Et puis elle permet de limiter le nombre d’acteurs, les entreprises ont besoin de simplicité et de réactivité.