INNOVATION : comment la stimuler avec 5 recettes pratiques

 

Quelles sont les bonnes pratiques pour réveiller les talents ? Après plusieurs séances de travail, les chefs d’entreprise membres de la commission « Innovation » du Medef de la Haute-Garonne ont organisé une première tribune sur le thème «  Cinq recettes pour stimuler l’innovation ». Ce sujet transversal met en avant des idées d’organisation et de management, des outils et des comportements facilement déclinables au sein d’une PME.

Animée par Marielle Gaudois, conseil en gestion et développement des ressources humaines, cette conférence a suscité des échanges fructueux entre les participants, retenant particulièrement l’intérêt de Pierre Benaïm, Secrétaire Général de la Stratégie Régionale de l’Innovation qui a clôturé cette manifestation.

En préliminaire, Gérard Trullen, le dirigeant de l’imprimerie Chabrillac, a mis en lumière à partir d’exemples concrets, les multiples facettes de l’innovation, omniprésente à tous les niveaux de l’entreprise.

Elle n’est pas que technologique ou cantonnée à la R&D. Différents services comme le marketing, la production, les achats, la qualité, les finances…peuvent mettre en place des organisations, des méthodes et processus originaux, inventifs et générateurs de performance et de richesse au sein d’une entreprise.

 

 

Pourquoi pas un DIC, un Devoir Individuel à la Créativité ?

Il ne s’agit pas d’un droit à l’instar du DIF (Droit individuel à la formation) mais bien d’un devoir dont se sentiraient investis les salariés. Ces derniers pourraient exprimer librement leurs suggestions et idées apportant un changement bénéfique, une optimisation, une innovation dans différents domaines (technique, procédés, organisation, commerce, financement…). Encourager une culture de l’innovation suppose un mécanisme souple, des espaces de liberté, des outils (la boîte à idées revisitée sous version numérique…), un aménagement horaire (crédits d’heures annuel pour chaque salarié sur son temps de travail…).

Ce dispositif, sur lequel ont tout particulièrement réfléchi Alain Rabary, PDG de Val Informatique et Michel Corbarieu, PDG de Dendris, mérite un large écho. Une mesure à reprendre en national par les partenaires sociaux et le Medef.

Développer l’innovation collaborative, assurer son pilotage

David Lemière et Sébastien Langer du cabinet Leyton et Associés ont évoqué comment structurer l’innovation collaborative, illustrant leur intervention par les 3 cercles : R&D/Bureau d’études ; Industrialisation, SAV, qualité, maintenance technique, méthodes, outils…; RH, logistique, front/back office, commerce…Ces différentes strates interférent les unes sur les autres. Le brassage d’idées, la gestion de l’innovation doivent être favorisés via la mise en place de moyens et tableaux de bord : cartographie de l’innovation, son suivi dans le temps, outils collaboratifs (Wiki…), séances de brainstorming, instauration d’un comité innovation et de groupes de travail ad hoc…

Stimuler et gérer les inventions de salariés

Après avoir rappelé les principes des droits d’auteur (et le régime dérogatoire des logiciels), des brevets d’invention, Eric Junca, dirigeant du cabinet éponyme, recommande aux chefs d’entreprise de veiller au respect de la réglementation et surtout de prévoir un cadre et des dispositifs incitant les salariés à  innover : motivation (inventer plus pour gagner plus ?), procédures internes de déclaration, évaluation et formalisation, traçabilité des résultats (ou comment mieux protéger l’invention et motiver les troupes).

L’actualité juridique est à suivre de près, la proposition de loi « Le Moal » qui prévoit d’intégrer une rémunération proportionnelle va à l’encontre des intérêts de toutes les parties ; son extrémisme risque de annihiler toute initiative.

La politique RH est aussi un accélérateur de l’innovation

Pierre-Jean Brousset, Directeur Midi-Pyrénées de Logica a démontré combien la politique RH impactait l’aptitude à innover au sein d’une entreprise.

Le management de la performance s’appuie sur plusieurs paramètres : proximité et relais RH, des indicateurs (satisfaction collaborateurs, turnover…), consultations et entretiens individuels, politique de formation, pyramides (métiers, âges, sexes..), modèle de rémunération…

La responsabilité sociale englobe entre autres un baromètre sur le moral des salariés, la mesure du taux d’absentéisme, la construction et le partage de valeurs…

Plusieurs leviers sont à activer pour gérer les talents, fidéliser les salariés, mobiliser les énergies, entretenir l’implication, susciter l’envie de créer…Quant au turnover, un minimum est salutaire, un taux naturel de 6 à 7% apporte du sang neuf. Autre donnée : la performance d’une entreprise s’accroît avec un pourcentage de femme significatif dans les effectifs !

La mixité des équipes pour doper l’innovation.

 

Vincent Lavignolle, dirigeant de Skylab Industries a mis en évidence l’intérêt d’une mixité ingénieurs-techniciens dans les pools de recherche ; l’entreprise a tout intérêt à constituer des groupes de travail hétérogènes qui apportent une vision, une appréhension de l’innovation beaucoup plus fine. Plus largement, la mixité hommes-femmes, seniors-jeunes, la diversité socio-culturelle…contribuent à la bonne réussite d’un projet. La cohabitation de personnalités différentes (un novice et un expérimenté…) est profitable à toutes les parties à condition bien sûr que les situations conflictuelles soient évitées.

Le monde est ouvert, les meilleures innovations découlent souvent d’une idée « non préalablement évaluée ». Il faut aménager dans un  schéma d’organisation un peu de place à l’imagination et à l’imaginaire. Il est aussi judicieux d’identifier qui porte l’innovation dans une entreprise et comment.

Encadré

Management de l’innovation : une plateforme d’échanges régionale

En concluant cette tribune, Pierre Benaïm a souhaité que ces travaux soient présentés au Comité consultatif des entreprises (80 sociétés) de Midi-Pyrénées Innovation. Le secrétaire général à la stratégie de l’innovation a reconnu que l’Europe, les pouvoirs publics appréhendaient mal le financement de l’innovation non technologique c'est-à-dire la fonctionnelle, celle de services et de process. Le développement des TIC introduit cependant un changement d’approche.

Pierre Benaïm a également présenté la plateforme d’échanges régionale sur le management de l’innovation, une initiative conduite avec le groupe AFNOR.

Cette action collective à laquelle participent 25 structures et entreprises de la région vise à identifier les bonnes pratiques en management de l’innovation. L’objectif est de comprendre comment la normalisation peut faire émerger des outils utiles aux entreprises pour mieux piloter, organiser, évaluer la capacité à innover. L’enjeu est de taille. Des référentiels normatifs vont être instaurés par l’Europe, ils aideront la commission européenne à sélectionner les entreprises ayant réellement une capacité à innover, pour l’attribution de fonds public d’aide à la l’innovation.

La plateforme d’échanges régionale pourra être force de proposition en la matière, un Comité européen de normalisation s’étant attelé déjà à la thématique management de l’innovation.

 publié le 30 juillet 2010