Interview de Florence Robin, présidente de Limatech

Florence Robin, présidente de Limatech. Crédit : Limatech.

Limatech est sur le point de clôturer une levée de fonds auprès de business angels et vient d’apprendre qu’elle est éligibles au dispositif French Tech Seed-obligations convertibles (fonds mis en place par Bpifrance dédié aux TPE innovantes en amorçage). De quoi conforter la présidente de l’entreprise, Florence Robin, qui, avec ses deux associés Maxime Di Meglio et Marc Béranger, s’attaque à un enjeu gigantesque : l’alimentation en batteries lithium de l’aviation générale mais aussi commerciale et militaire.

 

Comment peut-on convaincre des mastodontes de l’aéronautique sur un projet de taille comme celui des batteries ?
Il faut être un peu fou ! plus sérieusement, il faut être persuadé que son idée est bonne et pouvoir le démontrer. Nos concurrents sont effectivement de taille (Saft, Meggit Power &Motion, mais aussi Electric Power Systems, ou encore Airbus China Innovation Centre battery lab, NDLR) mais technologiquement nous sommes les plus avancés. Contrairement aux autres, on est partis sur une architecture mécatronique conçue pour répondre aux normes de tests aéronautiques D0160, DO311, DO254 qui nous permet d’accéder à une précision imbattable. Dans nos derniers tests, nous atteignons un MTBF (Mean Time to Failure) inférieur à 1 sur 109, soit un indice de fiabilité record. Les innovations Limatech sur la stratégie d'optimisation de l'équilibrage des accumulateurs lithium permettent d'utiliser tout le potentiel des accumulateurs, d'augmenter la durée de vie et d’augmenter la sécurité, en prévenant l'effet domino de l’emballement thermique d'un accumulateur défectueux.

Où en êtes-vous aujourd’hui ?
Sur les 135 start-up soutenues par Airbus Développement, nous avons été honorés de recevoir le prix de l’innovation aéronautique qui nous a été remis en juillet dernier par Jean Brice Dumont (Head of Engineering – Airbus). La récente entrée de Bpifrance à travers le dispositif French Tech Seeds est aussi une belle reconnaissance. Notre entreprise est certifiée EN 9100 (certification qualité pour l’aéronautique et la défense, NDLR) et nous sommes sur le point d’obtenir l’agrément de conception remis par l’Easa. Pour le processus de certification des batteries 12 et 28 volts, si tout avance comme prévu, nous pensons être prêts dès fin 2020. Pour les 28 volts, cela pourrait être plus long mais je ne peux pas donner de calendrier précis (...)

Son parcours
Florence Robin a démarré les études techniques dès le lycée (Bac STI) et a enchaîné avec cinq années d’études supérieures en alternance, à travers un BTS et trois années au Cnam (génie mécanique et industriel). La jeune alternante passée par la filiale de Thales, Thales Trixel, part à Toulouse pour démarrer sa carrière dans son secteur de prédilection : l’aéronautique. Elle endosse d’importantes responsabilités en tant que responsable de programme en prestation de service dans le domaine de l’intérieur cabine (ACJC, filiale d’Airbus, Zodiac). Le goût d’entreprendre se fait ensuite sentir et Florence Robin se rapproche de son oncle Marc Béranger, chercheur au CEA Tech de Grenoble, pour développer, industrialiser et créer un business model autour de son idée basée sur une innovation de rupture : l’utilisation de batteries lithium pour l’aéronautique.  Pari fou démarré en janvier 2016 avec un troisième associé, Maxime Di Meglio, lui aussi ingénieur de profil mais davantage tourné vers l’IT et l’IA. Passionnée d’industrie et d’aéronautique, la jeune présidente de Limatech ne craint pas le risque entrepreneurial et prévoit une progression par étape pour enfin aborder le marché ultra-prometteur des batteries pour avion.

Deux activités et un brevet en cours de dépôt
Limatech emploie aujourd’hui une quinzaine de personnes à la pépinière de Montaudran et à Grenoble. Depuis son siège toulousain, à côtés de ses bureaux, un atelier de 130 m² est équipé d’une ligne pilote de production. La jeune SAS a deux activités distinctes : la conception, la production et la vente de feux de navigation pour ULM et autres appareils volants ultra-légers qui rapporte déjà un CA de près de 100 K€. La deuxième activité est la conception et le développement de batteries lithium de 12 et 28 volts destinées à l’aviation légère, mais aussi aux avions commerciaux, aux hélicoptères, aux drones thermiques etc. En 2017, Limatech a lancé des travaux de R&D avec le LETI de Grenoble sur les batteries lithium à destination du démarrage des moteurs thermiques pour l'aviation générale. Un brevet est actuellement en cours de dépôt. Après des tests et accueils plus qu’encourageants de grands avionneurs comme d’équipementiers, la start-up passe à la phase de la certification qui pour l’instant évolue comme prévu. Les batteries de Limatech devraient être commercialisables dès 2021.