Kios : transformer les gros porteurs en bombardier d’eau

Kios prévoit de déployer un service de lutte contre le  feu à l'échelle européenne
Dominique Legendre et David Joubert

C’est la rencontre d’un professeur-chercheur à l’Institut mécanique des fluides de Toulouse (IMFT) et de l’Institut national polytechnique (INP), Dominique Legendre avec un pilote de ligne d’une grande compagnie aérienne française, David Joubert, qui a suscité le projet Kios, de transformer des avions gros porteurs, un A330, un A340, un B777, en bombardier d’eau. Un team industriel regroupant des entreprises régionales animé par la société Kepplair Évolution est en cours de création pour aller vers la certification d’un 1er avion en 2022. De quoi injecter un peu de grain à moudre dans une filière aéronautique qui cherche à rebondir.

 

L’idée est de mettre au profit de l’Union européenne un service de supertanker de grande capacité destiné à lutter contre les feux de forêt, capable d’intervenir dans les 2 heures sur tout le continent. 2 à 3 unités seraient nécessaires à l’échelle de l’Europe tout en proposant cette technologie brevetée (1) vers d’autres grandes zones en Asie, dans l’Océanie, aux USA, en Amérique Latine. L’exploitation commerciale des avions serait assurée à la fois par des missions multi-rôle, de lutte contre l’incendie, de fret et de rapatriement sanitaire. Le monde entier est concerné par la multiplication des incendies représentant dans les 400 millions d’hectares de végétaux brûlés chaque année, qui seraient responsables de 20% des émissions de C02 sur la terre. Le dérèglement climatique accentue le phénomène. De l’Espagne à la Suède, tout le territoire européen subit ce fléau. Les supertankers bombardiers d’eau comme les B747, larguent 70 m3 en 12 à 13 secondes, un A330 pourrait lâcher 40 m3 à comparer avec les Canadairs limités à 6m3. Lorsqu’il faut intervenir sur des vallées entières, pour protéger les habitations, ces gros porteurs se justifient.

Améliorer l’efficacité du largage

Le système Kios a pour ambition d’améliorer l’efficacité du largage d’eau et des produits retardants les feux avec une meilleure régularité de l’empreinte au sol comparé aux systèmes gravitaires et pressurisés utilisés aujourd’hui. Dominique Legendre a nourri sa réflexion en travaillant sur les écoulements diphasiques appliqués au largage. Il a collaboré avec le service USDA Forest Service de Californie en publiant des travaux sur les performances de largage de plusieurs bombardiers d’eau (747, DC10...) en opération. Elles se mesure au sol par le taux de recouvrement en litre/m2 qui doit être le plus élevé et régulier possible. Sur les gros porteurs bombardiers d’eau comme les B747 où les réservoirs sont pressurisés de 7 à 8 bars, la performance se dégrade car le produit est trop dispersé au sol.

« C’est la hauteur de l’eau dans le réservoir qui détermine la vitesse d’évacuation. Pour avoir une empreinte régulière il faut un débit constant. Notre concept Kios permet de compenser la perte de hauteur d’eau par une pressurisation faible 1/2 bar. Nous atteignons une concentration > 3 litres/m2. On a développé des outils permettant de prédire les performances de largage des bombardiers d’eau» indique Dominique Legendre. En fonction des besoins de la mission, le contrôle de débit de Kios peut fournir jusqu’á 8 niveaux d’empreinte au sol.

Un test à l’échelle 1 est indispensable