Le système alimentaire industrialisé à bout de souffle pour nourrir la planète

Didier Barral, le président de l’Area Occitanie

Le système alimentaire industrialisé tel que nous le connaissons aujourd’hui va dans le mur car à la fois non durable et inadapté à l’évolution de la demande sociétale. Ce constat a été le fil conducteur du colloque organisé  en décembre dernier par l’Area Occitanie, l’Association régionale des entreprises agroalimentaires sur le thème « Ensemble nourrissons l’avenir ». Un électrochoc qui a fortement interpellé les chefs d’entreprises qui avaient rejoint les locaux de l’Ensat, l’Ecole nationale supérieure agronomique de Toulouse.

Où va-t-on ? « On est passé des produits symbolisant l’art de vivre à la française réclamés par les consommateurs, au bio, au sans gluten, sans huile de palme, au végan… » indiquait Didier Barral, le président de l’Area Occitanie et pdg de la Compagnie des desserts, un des leaders français dans sa spécialité. Les entreprises ont pourtant besoin de voir clair sur la demande de leurs clients. Mais les changements à venir présentés par les experts risquent d’être encore plus forts à l’aune du bouleversement en cours sur la planète nourricière.

Le système alimentaire industrialisé en fin de course !

Le système actuel est basé sur un usage majeur de ressources non renouvelables en énergie et phosphore minier. Nous exploitons les ressources plus rapidement que leur renouvellement (eau, poisson). Les progrès ont certes été gigantesques.  La production par habitant a fortement augmenté.  1 ha de blé en 1914 donnait 13 quintaux contre 70 aujourd’hui. L’alimentation a vu son coût baissé tout en se diversifiant avec la mondialisation des échanges. La qualité sanitaire a progressé. Pourtant les effets négatifs déjà visibles sont à l’œuvre. L’insécurité alimentaire mondiale repart à la hausse. La généralisation des flux tendus générant des risques de rupture, l’urbanisation croissante, poussent dans ce sens « L’Allemagne a fait adopter en 2016 un plan de défense civile incitant les habitants en cas de crise à faire des réserves d’eau et de nourriture » relatait Nicolas Bricas, titulaire de la chaire « Unesco Alimentations du monde ».

 Biodiversité, risque sanitaire, impasse agronomique

Si les ressources s’épuisent, simultanément le recul de la biodiversité  connaît une accélération brutale. 75% de la disparition des insectes en Europe est due à l’agriculture.  Les causes sont connues provenant  des pratiques culturales,  pesticides, fertilisation chimique, labour… et des sélections spécifiques des plantes. Depuis 2012, 88% des communes françaises sont classées vulnérables à la pollution par les nitrates, la contamination des eaux par les pesticides est moyenne à forte.  La France consomme 4kg de pesticide/ha/an. Les intrants, les carburants… génèrent de la pollution avec des conséquences multiples. Le lien entre l’exposition aux pesticides et l’acquisition d’une anomalie chromosomique, étape initiale de la cancérisation est avéré. Les cancers du cerveau représentent 3 à 4% des cas de cancers dans toute la population, mais 25% chez les agriculteurs. « L’agriculture est responsable de 24% des émissions mondiales de gaz à effet de serre » indiquait  Jean-Pierre Sarthou, agriculteur et enseignant chercheur à l’Ensat. La dégradation des sols a entraîné une perte de fertilité et par ricochet une augmentation des quantités d’engrais. Hors pommes de terre, tous les  grandes cultures ont vu leur rendement baissé. Le paysage français a été complètement remanié avec la disparition des haies.