Le dirigeable  Stratobus  à 20km d'altitude surveillera les frontières, les théâtres d'opérations 24H/24

Thales Alenia Space (TAS) recrute en 2016, 300 nouveaux collaborateurs sur ses sites de Cannes et Toulouse. Les résultats 2015 du groupe et le carnet de commandes sont bons. Il y a trois ans le climat était beaucoup moins serein et incertain dans un paysage mondial bousculé par de nouveaux modèles économiques venus des  US comme SpaceX.  « Nous avons retrouvé la confiance. C’est l’effet direct du plan de transformation de l’entreprise qui a radicalement changé notre organisation devenue très agile, lean, ouverte à l’innovation avec une bonne adéquation coût-produit-marché » indique Jean-Pierre Vialaneix, le directeur de l’établissement de Toulouse.

Si le signal a été donné par le président de Thales, ce sont les employés qui ont mis la main à la pâte pour réussir le challenge. Au plan produits, la signature en 2015 des deux premiers satellites de télécommunications  à propulsion entièrement électrique  pour Eutelsat et la DGA avec l’un des deux satellites COMSAT NG, a donné le ton. Très rapidement, l’entreprise a réagi en proposant à ses clients une nouvelle génération de plateforme Spacebus NEO, très flexible avec l’option du tout électrique. TAS a développé un processeur numérique  transparent pour les charges utiles permettant la reconfiguration du plan de fréquence et la distribution de puissance en utilisant au maximum le potentiel du satellite pendant toute sa durée de vie. L’empreinte au sol peut être modifiée en modulant la puissance, en modifiant l’orientation du spot. TAS a gagné un 3ème contrat avec une charge utile pour l’Argentine avec le contrat ARSAT. Toujours dans les télécommunications, l’année 2015 a été marquée par un nouveau contrat dans les constellations de satellites. La société américaine Leosat a confié à TAS une étude de faisabilité d’une constellation d’une centaine de satellites en orbite basse,  destinée à offrir des services Internet haut débit à faible coût et à faible taux de latence pour une couverture mondiale. Les satellites seront interconnectés formant un réseau mondial privé avec une douzaine de faisceaux mobiles fournissant ensemble un débit total de plus de 10 Gbps. TAS récolte les fruits des très bons retours d’expérience acquis par ses équipes à Toulouse avec les générations précédentes de constellations :  Globalstar,  03b dont les performances mesurées par le client dépassent les prévisions attendues avec une nouvelle commande de 8 satellites, Iridium NEXT et ses 81 satellites dont le déploiement en orbite démarre.  

En observation de la terre, dans la foulée de la Cop 21, TAS a signé des contrats majeurs en 2015 avec Sentinel-1C, Sentinel-1D, Sentinel-3C et Sentinel-3D pour l’Agence spatiale européenne (ESA), Swott avec le Cnes. Cinq altimètres sont en cours de développement sur le campus de Candie devenu un pôle d’excellence mondial. Thales fournira notamment les altimètres radar Poseidon-4 montés respectivement à bord des satellites Jason-CS/Sentinel 6-A et Jason-CS/Sentinel 6-B développés par Airbus Defence and Space pour le compte de l’ESA, en coopération avec la NASA et la Commission Européenne dans le cadre du programme Copernicus. TAS va participé à la mission franco-chinoise SWIM pour le Cnes, la Russie avec le projet SADKO. « L’extrême précision des altimètres servant à développer des modèles de courants marins, à mesurer la hauteur des océans, des glaciers, est devenue un composant indispensable pour la prévision climatique et environnementale ». L’actualité c’est le lancement d’Exomars le 14 mars développé par l’unité TAS à Turin, maître d’œuvre. L’atterrissage est prévu le 19 octobre 2016. La seconde étape se déroulera en 2018 avec un module qui forera à 2 mètres dans le sol de Mars. 

 

« Cluster Innovation » adopté par les salariés

 

Cela se passe dans un espace de l’entreprise à Toulouse où les salariés viennent présenter leurs idées, échangés, en dehors de toute hiérarchie. « Le Cluster Innovation » a été lancé il y a un an à Toulouse et reproduit sur l’ensemble des sites.  Le but est de faire émerger et identifier des idées de rupture en termes de produits et de services, susceptibles d’être financés, et d’enrichir ensuite le catalogue produits…à l’image du Stratobus. «Les modèles sont en train de se fissurer, l’innovation ne vient plus uniquement des agences. Il y a par exemple de nouveaux besoins qui émergent dans le monde auxquels il faut apporter des réponses innovantes et rapides dans le domaine du climat, de la sécurité et la surveillance ».

 

 

 Des sous-traitants de plus en plus partenaires !

La relation donneurs d’ordres/sous-traitants traditionnelle où seul le donneur d’ordre rédige le cahier des charges est en train d’évoluer vers une relation plus interactive où les Pme apportent des idées nouvelles innovantes et compétitives. Cette ouverture de déroule dans le cadre de la démarche Agilité  et confiance, soutenue par Aeropsace Valley et la Direccte  avec des groupes de travail entre TAS et des Pme qui entrent dans une relation de partenariat. « Les retours sont très positifs. Les Pme peuvent avoir de bonnes idées qu’il faut développer ». Cette démarche est reproduite en Paca. TAS sous-traite à l’extérieur  une centaine de millions d’euros dont près de la moitié à des Pme.

 

 

 Stratobus : une équipe industrielle européenne et toulousaine !

En retenant le 31 janvier 2016 le projet Stratobus dans les projets d’investissement d’avenir (PIA) avec un budget de 20M€, l’Etat a donné le coup d’envoi du programme de ce ballon dirigeable stratosphérique stationnaire de 100 m de long sur 40 m de large, près de 5 t, placé à 20km d’altitude. Maître d’œuvre et concepteur, Thales Alenia Space envisage de signer le premier client en 2017-2018 pour une livraison en 2020. L’idée est de rentrer rapidement dans le marché face à une concurrence qui viendra des Etats-Unis, de Chine…La demande est évaluée à près de 1 milliard d’euros en 2020 ! Avec une durée de vie annoncée de cinq ans, le dirigeable redescendra tous les ans pour la maintenance. Les applications visent l’observation de la terre et les télécommunications 24h/24H, en temps réel, pour des missions de surveillance et sécurité du territoire ou sur mer, civiles ou militaires, de télécommunication et navigation sur des zones non couvertes ou saturées. Pour y parvenir, Stratobus sera un concentré de technologies et d’innovations. Pour la charge utile d’environ 200 kg, TAS prévoit  des instruments optiques, radar, infrarouge, tous temps, avec une précision d’image de près de 10cm. Stratobus sera entièrement autonome en énergie. Un concentrateur solaire sera placé à l’intérieur du ballon. La lumière reçue par les  capteurs solaires sera concentrée et amplifiée d’un facteur 2 à 3 pour passer de 1300 W/m2 à une puissance embarquée de 4000 à 5000 W/m2. Le CEA-Leti de Grenoble travaille sur une technologie dérivée du sol avec des capteurs sur les deux faces. Le trajet de la lumière  sera ouvert grâce  à l’enveloppe transparente du dirigeable. Cette peau comportera trois couches, deux pour garantir l’étanchéité en évitant les fuites de gaz et une pour garantir la résistance mécanique. Le stockage de l’énergie sera confié à deux piles à combustible qui fabriqueront de l’hydrogène la journée, de l’électricité et de l’eau, la nuit. L’enjeu ici sera d’alléger au maximum une technologie déjà exploitée au sol.

L’équipe industrielle du projet pilotée chez  TAS par Jean-Philippe Chessel comprend  7 entreprises dont 5 françaises. Airstar Aerospace, ex-Zodiac Espace spécialiste des ballons pour le Cnes, est responsable de la structure du dirigeable qui sera développée sur le site d’Ayguesvives au sud-est de Toulouse. Plusieurs Pme participeront aux projets pour la fourniture du système d’orientation du concentrateur, la propulsion électrique qui animera l’hélice (3,8 mètres de diamètre).Tronico, filiale d’Alten développe les convertisseurs de  puissance. La pile à combustible sera fournie par un fabricant norvégien et le système de parachutage de secours pour redescendre le dirigeable par une société hollandaise. L’assemblage du dirigeable et les essais seront réalisés sur la base d’Istres qui dispose d’un accès à la stratosphère et au couloir aérien. L’industrialisation serait lancée en 2018 une fois la technologie avec son démonstrateur validés. Le dossier certification est mené en parallèle. Plusieurs pôles de compétitivité dont Aerospace Valley ont validé ce projet hybride qui pour ses concepteurs apparaît comme un outil venant en complément du satellite.  Pour un coût divisé par 4 à 5 environ par rapport à une mission satellite et son lanceur avec une observation temps réel permanente du champ de vision ce que ne peuvent faire les plateformes en orbite basse, le Stratobus offre un nouveau service inédit. 
Article diffusé le 01/04/2016 par JL Bénédini