PGE : des experts de la finance conseillent les entreprises

Dans le cadre de ses « Mardi du Medef », le Medef Haute-Garonne s’est penché sur le sujet brûlant du PGE. En compagnie de Stéphane Latouche, le directeur de la Banque de France Occitanie, de Justine Lebecq, responsable du marché des entrepreneurs chez Banque Populaire Occitane, de François Bourgoin, directeur associé de KPMG Entreprise, et animé par Jérôme Revillier de Smart Entrepreneurs Partners, l’organisation patronale a voulu éclaircir les dirigeants sur la stratégie à adopter à l’approche de l’échéance des PGE.

« Moins de 10 % des entreprises ont demandé un PGE », annonce Stéphane Latouche, directeur de la Banque de France Occitanie, représentant seulement 600 000 entités sur les 7,5 millions possibles à l’échelle nationale. Si en Occitanie elles sont 63 000 à avoir sollicité un Prêt Garanti par l’Etat pour un total de 8 milliards d’euros dans la région, la phase 1 de cette initiative touche bientôt à sa fin et les entreprises vont devoir s’activer pour mettre en place la suite de cette aide publique.

Quand rembourser son PGE ?

Si elles ne concernent pas la majorité de sa clientèle, les entreprises ayant eu recours aux PGE vont bientôt devoir « sérieusement commencer à aller voir leurs conseillers » selon Justine Lebecq, responsable du marché des entrepreneurs chez la Banque Populaire Occitane. En effet pour les sociétés ayant eu recours au PGE le 26 mars 2020, première date de distribution des prêts allant jusqu’à 25 % du chiffre d’affaires de 2019, des choix vont devoir être pris avant le 11ème mois du processus : si rien n’est fait, le montant total sera débité de leur compte.

Ainsi, après consultation auprès de leurs conseillers, les entreprises ont plusieurs possibilités : un remboursement total du PGE à la fin de la phase 1, un remboursement partiel à la fin de la phase 1 et un amortissement du solde restant, amortissement total du PGE, pour faire le choix de la durée, un différé de remboursement de 12 mois pour la première année.

Plus de 80 % des dirigeants semblent opter pour un amortissement sur cinq années, ce qui confirme le climat d ’incertitude actuel. Les entreprises qui décident de rembourser intégralement leur prêt doivent toutefois être conscientes que le PGE n’est pas rechargeable.

Vers un problème de solvabilité

Alors, comment faire le choix ? Si le PGE a initialement été construit comme un instrument pour lutter contre une crise de liquidité (ce qui a été un succès), l’économie fait désormais face à un problème de solvabilité. Avec une charge d’endettement annoncée à 17 % au niveau national par Stéphane Latouche, soit 175 milliards d’euros de dettes financières, la solution réside avant tout dans le cas par cas pour le directeur de la Banque de France Occitane : « Il faut vraiment que les entreprises se rapprochent sans tarder de leurs conseillers financiers, afin de mettre en place un plan de trésorerie. Ensuite, ils pourront choisir la meilleure solution par rapport aux différentes alternatives. »

Une reprise de la croissance estimée à 5 % pour 2021

La plupart des entreprises n’ayant pas eu recours à la solution du gouvernement pour juguler la crise économique se posent aussi la question : dois-je prendre un PGE si je ne l’ai pas fait, par sécurité ? François Bourgoin, expert-comptable chez KPMG y voit un certain danger : « Une dette, elle doit par définition être remboursée. Ces prêts étaient là pour faire effet de levier, pour créer de la valeur. Prendre du PGE avec le risque financier des pertes, c’est à mon sens une mauvaise stratégie ».

Solliciter un PGE par sécurité voire opportunité pourrait avoir un effet à double tranchant avec la reprise assez incertaine, malgré les prévisions de croissance annoncées par Stéphane Latouche de l’ordre de 5 % en 2021, 5 % en 2022 et 2 % en 2023 : « même s’il est compliqué de faire des prévisions, on estime un retour à la normalité dans les mois à venir, ou en tout cas une pente de redressement ».

De nouvelles aides pour relancer l’économie

Ce 28 janvier, le ministre de l’économie Bruno Le Maire devrait annoncer des données importantes pour le futur des entreprises, dont notamment : le taux des prêts participatifs, avec un moratoire de 4 ans. Réponse à la solvabilité, les intervenants de ce mardi du Medef avertissent cependant les entrepreneurs que ce prêt de stratégie d’entreprise, qui sera forcément plus cher qu’un prêt classique.

 

Thomas Alidières