Questions au président de Coop de France Occitanie Boris Calmette

Boris Calmette

Coop de France Occitanie est né le 8 juin 2018, de la fusion entre Coop de France Languedoc Rousssillon et Coop de France Midi Pyrénées. Son Président Boris CALMETTE évoque les principaux enjeux des coopératives agricoles et agroalimentaires régionales.

Coop de France Occitanie constitue la plus importante fédération régionale du réseau Coop de France ?

Effectivement, avec 46 salariés répartis sur 5 sites (Toulouse, Montpellier, Narbonne, Nîmes et Perpignan), Coop de France Occitanie représente la moitié des effectifs régionaux de notre réseau, qui comprend 13 fédérations régionales. Nous apportons ainsi un accompagnement et un service de proximité, spécialisé, aux 500 coopératives et filiales qui maillent le territoire d’Occitanie, essentiellement des PME, aux activités très diversifiées, acteurs majeurs dans de nombreuses filières.

La part du bio est-elle en progression dans le secteur coopératif ?

L’Occitanie est la 1ère région Bio de France, avec plus de 20 % des surfaces Bio nationales, et notre région connait le plus fort dynamisme de conversion en France. Face à cette dynamique, la coopération agricole et agroalimentaire régionale structure les filières et investit massivement. Aujourd’hui, ce sont plus de 170 coopératives et filiales qui œuvrent dans les filières Bio régionales…

Par exemple, au niveau des céréales, la collecte de nos coopératives régionales pèse près de 23% de la collecte nationale des 15 principales productions.  Nous représentons ainsi plus de 21 % de la production nationale de blé tendre, 77% du blé dur, 58 % du soja et près de 50 % du tournesol bio français. Les coopératives ovines régionales représentent, quant à elles, plus du ¼ des ventes d’agneaux bio des circuits longs en France et plus des ¾ des brebis bio. Pour la filière viticole, près de 80 caves coopératives sont certifiées bio et produisent 20 % du vin Bio produit en Occitanie. Nous avons accompagné en 2018 près d’une trentaine de caves coopératives qui souhaitent initier et/ou développer une production Bio. Enfin, la Coopération agricole continue à structurer les filières biologiques régionales en créant des projets innovants et structurants tel le projet « Laits3Bio » qui vient d’être « labellisé » et donc soutenu financièrement par l’Agence Bio nationale.

La réduction de l’utilisation des pesticides, la sortie du glyphosate annoncée pour 2020-2021 sont devenues, des enjeux de société.  Quelle est la réponse des coopératives ?

Les coopératives sont pleinement conscientes des attentes sociétales autour de la question des produits phytosanitaires de manière générale et de la réduction de leur utilisation en particulier. En réponse, elles ont développé des services agronomiques et une activité d’expérimentation, d’adaptation des meilleures techniques, en amont du conseil apporté à leurs adhérents. Elles se sont engagées dans la voie de la réduction de l’usage des produits phytosanitaires et de leurs impacts, en s’investissant pleinement dans les programmes de Recherche et Développement, dans les dispositifs tels que les Réseaux Fermes DEPHY et fermes 30 000, les GIEE …

Si l’utilisation des produits phytopharmaceutiques ne baisse pas de façon significative, au regard des objectifs fixés par le plan ECOPHYTO, c’est avant tout à cause du manque de solutions alternatives probantes. En tout état de cause, il faudra amplifier les efforts de Recherche et Développement sur les méthodes alternatives techniquement fiables et économiquement viables.

 

Le Glyphosate est devenu un totem, un symbole emblématique des produits phytosanitaires qu’il faut interdire, certainement lié à son statut de molécule la plus utilisée dans le monde et à l’image de la firme qui l’a développé. C’est malheureusement oublier que c’est aussi un produit qui a permis le développement de pratiques jugées comme concourant à l’évolution vers des pratiques plus agroécologiques telles que le non labour ou l’agriculture de conservation et pour lesquelles son interdiction pourrait mettre un coup d’arrêt brutal au développement de ces systèmes jugés vertueux.

Une décision politique a été prise en France, elle répond à l’attente des citoyens, et bien entendu, les coopératives la respectent et contribueront à son application. Elles accompagneront, elles le font déjà, leurs adhérents agriculteurs dans l’adoption de solutions alternatives. Il s’agit d’une transition globale qui ne concerne pas que le glyphosate, mais l’ensemble des produits phytosanitaires.

 

La mutation du secteur agricole est à envisager sur la durée en favorisant des approches globales d’exploitation. Les conseillers des coopératives ont une place importante dans les acteurs du conseil de par leur nombre, leur expertise et leur lien entre l’amont et l’aval et, sont légitimes et capables de mener des projets de développement agroécologiques, toutes filières confondues, au service des adhérents coopérateurs en cohérence avec les territoires et les attentes des consommateurs et des citoyens.

Peut-on envisager une évolution des pratiques par exemple avec l’agroécologie ?

Les coopératives se sont engagées dans des dispositifs qui relèvent des principes de l’agroécologie depuis de nombreuses années, sans citer le terme d’agroécologie (Agri Confiance ®, agriculture écologiquement intensive, agriculture durable…), mais respectant au moins en partie ses fondamentaux et bien sûr les valeurs fondamentales des coopératives : accompagner les coopérateurs vers des pratiques leur permettant de dégager un revenu, tout en répondant aux exigences des clients et des consommateurs, tout en réduisant les impacts sur l’environnement et la santé des populations.

 

L’évolution des modes de productions pour une agriculture efficiente économiquement et environnementalement est une réalité, et les coopératives en sont indéniablement acteurs. Mais pour que cette évolution soit durable, le maillon agricole ne peut pas en être le seul moteur. Cela doit être assumé à la fois par les producteurs et leurs coopératives, le secteur aval agroalimentaire dans son ensemble et aussi les consommateurs.

 

La loi sur l’agriculture et l’alimentation va-t-elle contribuer à rééquilibrer les relations commerciales avec la grande distribution   ?

L’application de la loi Egalim et des dispositions de l’ordonnance relative à la hausse du seuil de revente à perte et à l’encadrement des promotions doivent permettre de rééquilibrer le rapport de force entre 400 000 agriculteurs, 10 000 fournisseurs et 4 centrales d’achat, mais aussi de garantir une rémunération juste à tous les maillons de la chaîne en créant de la valeur avec des produits répondant aux attentes des consommateurs. Il faut également redonner des repères prix aux consommateurs.

 

La grande distribution ne doit pas rester que sur des « bonnes intentions » mais doit être responsable dans ses relations fournisseurs : stratégie de référencement de produits, valorisation des produits alimentaires dans les magasins, prise en compte de la valeur ajoutée coopérative.

 

Les indicateurs de prix vont jouer un rôle pivot pour garantir la rémunération de l’agriculteur ?

C’est un sujet qui suscite encore de nombreuses discussions, notamment au sein des filières.  Nous sommes favorables à la prise en compte d’indicateurs relatifs aux coûts pertinents de production et aux prix de marché, avec un pilotage par les interprofessions. Mais nous insistons sur l’indispensable préservation de la liberté contractuelle des parties. En aucun cas, les indicateurs de coûts de production et de prix de marché ne doivent se transformer en un encadrement des prix.

 

La suppression de la vente à perte est-elle pertinente ?

La hausse du seuil de revente à perte est indissociable de l’encadrement des promotions pour permettre une nouvelle création de valeur. Pour autant, à date, nous n’avons aucune garantie de répercussion de cette création de valeur dans la filière alimentaire. Les premières remontées de nos adhérents sur le début des négociations commerciales montrent que certaines enseignes de la distribution font preuve d’une imagination débordante pour contrecarrer les effets espérés de l’encadrement des promotions et de la majoration du seuil de revente à perte.

 

La région Occitanie vient d’adopter le « Pacte régional pour une alimentation durable en Occitanie ». Qu’en attendent les coopératives?

Nous ne pouvons que nous féliciter de la mise en place d’une politique régionale innovante et ambitieuse en matière d'alimentation, qui devrait se traduire par des actions concrètes en faveur d'une alimentation de qualité, locale, au prix juste, tant pour les consommateurs que pour nos agriculteurs. La coopération représente une part non négligeable de l’agroalimentaire régional, et nos produits coopératifs répondent parfaitement aux attentes exprimées par nos concitoyens. Ce plan devrait permettre de valoriser les initiatives des coopératives, et de servir leur développement. Nous serons des acteurs majeurs, auprès de la Région, pour assurer sa mise en œuvre.

Le développement de l’achat local passe-t-il par la création de nouvelles plateformes et réseaux de distribution ?

Une des ambitions de ce plan est de permettre à nos concitoyens de mieux identifier les produits régionaux, en renforçant leur place dans tous les circuits de distribution, sur tous les marchés. Concernant le marché régional, de nombreuses initiatives ont déjà été développées par les coopératives. Nous avons recensé un réseau de 400 boutiques et caveaux, que nous avons cartographié, et que l’on peut retrouver sur notre site ‘Consommons coopératif en Occitanie’. Nous sommes en train de réaliser un catalogue des produits coopératifs, qui met en avant l’histoire, le savoir-faire, l’origine et la qualité de tous nos produits, et qui a notamment pour objectif de développer l’offre de produits coopératifs dans ce réseau de boutiques.

En parallèle, nous avons développé des partenariats privilégiés avec la grande distribution régionale, pour amplifier l’offre de produits coopératifs régionaux dans les magasins des différentes enseignes, en Occitanie.

Enfin la Région souhaite créer une centrale régionale alimentaire pour structurer et mutualiser l’offre régionale à destination de la restauration collective. Là aussi, nous avons déjà manifesté auprès de la Région, notre volonté d’être un acteur privilégié de ce chantier, car nos coopératives ont développé des services capables d’approvisionner ce marché, très contraignant notamment en terme de prix, de gamme de produits, et de logistique.