ST Composites : un plan pour baisser ses coûts et se diversifier hors aéronautique

Stéphane Trento, dirigeant de ST Composites

Le projet de rebond industriel « STC4.O » de ST Composites, concepteur-fabricant de pièces composites thermodurcissables hautes performances, fait bien partie des projets d’investissement productif soutenus en octobre dernier par les fonds de soutien à la modernisation des filières automobile et aéronautique du ministère de l’industrie. 

 

Stéphane Trento, le fondateur dirigeant de cette PME basée à Labège  souhaite aller très vite en lançant d’ores- t-déjà un plan d’investissement d’1 million d’euros pour rendre « STC4.O » opérationnel mi-2021.

Garder les compétences et recruter

Le diagnostic est cruel. En février 2020, l’entreprise recherchait désespérément des compétences pour suivre la montée en cadence des programmes aéronautiques d’Airbus, d’ATR, du Rafale de Dassault, du 787 de Boeing dans lesquels elle est engagée. En octobre, la crise sanitaire a fait chuter la charge de travail de 60%. L’aéronautique constitue l’essentiel de son activité. Mais les perspectives de reprise sont lointaines. A l’échelle d’une PME comme ST-Composites qui emploie une trentaine de salariés où l’échelle de temps est plutôt la semaine, ne rien faire entraînerait une probable sortie de route à court terme.  S. Trento a décidé de transformer ST-Composites en pariant sur une forte amélioration de la compétitivité via la digitalisation et la robotisation tout en diversifiant ses marchés. « On n’a pas le choix pour garantir la pérennité de l’entreprise. Il faut être hyperactif. On est condamné à réussir » indique Stéphane Trento qui a saisi l’opportunité du plan de relance.

Mais si des mesures de chômage partiel ont bien été prises, aucun licenciement, ni PSE ne sont envisagés. ST-Composites ne veut pas se séparer des rares compétences de ses salariés, nécessaires pour engager le plan « STC4.O ».  Déjà, en juillet dernier, un étudiant de l’ENI de Tarbes a été recruté suite à son excellent travail de stage. Mieux, si le projet aboutit, ST-Composites prévoit d’embaucher plusieurs dizaines de salariés. 

Robotisation, digitalisation, impression 3D

De la conception à la livraison, c’est l’ensemble des process qui vont être impacté par le plan de modernisation pour à la fois réduire les cycles, améliorer la qualité, la traçabilité. Des postes de production vont être robotisés. ST-Composites ne part pas de zéro avec déjà un cobot. Mais ici, il n’y a pas de machine de placement et drapage automatisé de fibre de carbone pour les aérostructures, l’essentiel des tâches sont aujourd’hui manuelles pour la fabrication de pièces composites de faible dimension en petit volume destinées à l’aménagement cabine, le cockpit, le carénage moteur. Avec la digitalisation et le zéro papier, en plus de l’ERP, des outils de MES (Manufacturing Execution System) seront déployés. ST-Composites prend aussi le virage de l’impression 3 D en composite avec l’acquisition d’un moyen de production. L’idée c’est d’aller conquérir de nouveaux clients qui ne sont pas soumis aux contraintes des normes, des qualifications de matériaux, de process, longues et coûteuses de l’aéronautique, en proposant des solutions rapidement. L’investissement n’est toutefois pas négligeable, « on est dans les mêmes coûts d’acquisition et rythme d’évolution rapide que dans le monde des poudres métalliques ». Cette transformation sera accompagnée par la formation des salariés et l’arrivée de nouvelles compétences.Dans la transformation, la R & D et l’innovation vont rester un pilier de l’entreprise. Elle a déjà déposé des brevets, participé à un projet collaboratifs FUI du cockpit du futur et poursuit des études sur ce thème. Afin de se diversifier, elle travaille sur des concepts de valises en carbone pour le secteur du luxe.  

Attaquer de nouveaux marchés !

En parallèle, le défi commercial est déjà lancé, ST-Composites prospecte de nouveaux marchés dans le secteur des télécommunications, le naval, la défense, la santé, le luxe…en identifiant du potentiel mais souligne le dirigeant « On ne nous attend pas, les clients ne changeront de fournisseurs que si nous sommes capables d’être vraiment moins cher, innovant. Il faudra aussi prouver que nous nous engageons pour longtemps et pas juste pour passer cette crise de l’aéronautique ». Sur ce point, S. Trento est formel, la diversification secteur doit s’inscrire dans le marbre de l’entreprise même si le challenge est complexe. « Pour travailler dans ce secteur, on est contraint d’être un expert. Rare sont les acteurs de l’aéronautique qui arrivent à limiter leur dépendance sur le long terme tout en maintenant leur qualification ». D’autant plus quand le volume des commandes grossit chaque année .Pour réussir et rebondir, S. Trento table avant tout sur « l’agilité de la PME, c’est la clé du succès ». 

 

Jean Luc Bénédini