Transports. Quelles mutations et quels porteurs de solutions en Occitanie?

Symbioz-démo car ©Groupe Renault.

Le transport est en plein bouleversement. Quelles sont les attentes des donneurs d’ordre aujourd’hui et comment l’écosystème d’Occitanie s’organise pour y répondre ? 

 « Avant on parlait transport, maintenant on parle mobilité ». C’est ainsi que Louis-Claude Vrignaud, responsable des relations extérieures chez Continental Automotive France, résume les mutations du transport. « Aujourd’hui nous travaillons sur le véhicule du futur qui sera  connecté. Jusqu’à présent, on traitait majoritairement des informations venant de l’intérieur du véhicule (pour par exemple provoquer des alertes de disfonctionnement, NDLR). Aujourd’hui, on s’intéresse aussi aux informations venant de l’infrastructure. Et on intègrera de plus en plus ces données externes aux véhicules pour  leur  permettre d’atteindre leur autonomie  », a-t-il observé, en rappelant que le centre de R&D Continental Digital Services France installé à Toulouse en 2016, et qui emploie déjà 157 personnes, est dédié aux nouveaux services de la connectivité.
Chez Tisséo, même constat sur l’importance d’offrir un  service de mobilité plutôt que du transport : « Nous cherchons à proposer une offre combinée. L’enjeu pour nous est de parvenir à intégrer toutes  les offres et à simplifier au maximum l’interface clients »,  a expliqué Jérôme Kravetz, directeur pilotage et attractivité du réseau, qui s’adressait à des entreprises locales lors d’une journée dédiée aux Transports Terrestres Intelligents (acronyme TTI de l’inter cluster régional) organisée à la CCI de Toulouse le 20 novembre dernier. Celles-ci sont venues écouter les projets et besoins de donneurs d’ordre dont les leaders internationaux Keolis et Transdev, avec l’objectif de vendre leur savoir-faire ou leur technologie. 


Le véhicule connecté autonome et partagé doit solutionner les problématiques de mobilité
Jean-Luc Maté, du cabinet JLM Conseil, ancien vice-président de Continental, fondateur du cluster régional Automotech est  un expert reconnu de la mobilité. Il voit dans les nouveaux usages du véhicule propre, connecté, autonome et partagé, la solution aux problématiques actuelles  qui pourraient se résumer à retrouver la  fluidité du trafic aux  heures de pointe, à réduire la pollution des métropoles et à éviter les accidents. «Les véhicules de transport à la demande, les sites de covoiturage de courte distance urbains et péri urbains, les navettes  autonomes sont des solutions intelligentes et totalement adaptées pour la gestion du dernier kilomètre et du transport à la demande, en complément de nos lignes de  métro automatique et de bus.» L’argument est avant tout économique, en effet «50% du coût du transport est lié aux coûts des conducteurs. Si l’on veut faciliter l’accessibilité des transports dits à la demande pour le plus grand nombre, il faut en réduire le coût pour tous.» Pour ce qui est des particuliers, la voiture à « conduite automatisée »  répond surtout selon lui aux problématiques de sécurité et de délégation de conduite dans des phases stressantes ou fatigantes telles que les trajets de longue distance sur autoroute et dans des bouchons.
Quand sera-t-elle commercialisée ?  «D’un point de vue sécuritaire, réglementaire et prix de revient, nous n’y sommes pas encore. Mais sur le plan technologique, on y arrive, étape par étape, par la commercialisation de packs de fonctions entièrement automatiques sur des cas d’usages précis : conduite sur autoroute (highway assist)  et valet de parking par exemple dès 2019 !», avance Jean-Luc Maté.

Transports du futur : Toulouse, the place to be 
D’autres nouveaux moyens de transports, cette fois-ci volants, ont l’ambition de bouleverser nos habitudes de transport : les taxis volants d’Airbus mais aussi EVA, start-up récemment installée à Francazal, proposent une alternative entre la voiture et l’hélicoptère. Toujours dans les projets les plus innovants, deux start-up ultra-innovantes, HyperloopTT et Transpod, ont mis un pied sur Toulouse pour plancher sur le train très grande vitesse qui permettrait de relier Toulouse à Montpellier dans des temps surréalistes (moins de 30mn).  Sur le plan ferroviaire, on n’oublie pas l’implantation de Siemens Mobility  qui a installé à Toulouse son centre international de compétence pour les métros entièrement automatiques Val et Néoval. Alstom, depuis Tarbes, conçoit de nouveaux systèmes de traction des rames pour des trains alimentés par des piles à hydrogène. « Trois mots clés résument les grands enjeux du transport terrestre intelligent à l’horizon 2030 : coopération, connectivité et automatisation », résume Jean-Luc Maté  à l’initiative du rapprochement de quatre clusters locaux pour structurer, développer et promouvoir le Transport Terrestre Intelligent (TTI). Mais c’est EasyMile, le leader mondial des navettes autonomes, qui a donné à Francazal, dès 2015, sa vocation de centre d’excellence du  véhicule autonome et connecté, reconnu au niveau national.

Des ambitions nationales et internationales
Un audit de compétences et de moyens pour supporter le projet « EVA » de la nouvelle France industrielle à l’initiative de Toulouse métropole a été organisé par Jean -Luc Maté avec des consultants de Renault et PSA nommés par PFA, plateforme automobile qui rassemble la filière automobile en France. Les experts  ont confirmé qu’après Paris, Toulouse a tout pour supporter la mise sur le marché des véhicules autonomes de tous types : automobile  bus, camions, et même des tracteurs d’aéroport et agricole ….
Autre signal fort de la volonté locale de se positionner dans le transport du futur, la création d’un comité de filière du véhicule autonome et connecté annoncé cet automne, sous la responsabilité de Thierry Cammal, directeur de Renault Software Labs, centre de R&D venu s’installer à Toulouse en 2016 avec le support des acteurs majeurs d’Automotech. Les collectivités territoriales œuvrent aussi pour favoriser le mouvement. Par exemple, en soutenant le projet AutOCampus, prévu sur le campus de l’université Paul Sabatier, et où serait autorisé le test des drones, taxis volants et autres solutions nouvelles de transport. Ce territoire privé de 70 hectares serait non contraint par les obligations légales liées aux routes ouvertes, ce qui simplifie la mise en place d’expérimentations. AutOcampus s’inscrit dans le programme STAC (Systèmes de transport autonomes et connectés), qui mobilise entre autres  Aerospace Valley, la Région Occitanie et Toulouse Métropole.

 

Une filière en cours de reconnaissance

En charge du comité stratégique régional de la filière  véhicule autonome et connecté, Thierry Cammal, directeur de Renault Software Labs, s’est entouré de 14 acteurs locaux pour démarrer. La liste devrait s’allonger petit à petit. «L’enjeu sera de tous s’entendre, pour solutionner une problématique : le partage», résume Thierry Cammal qui prévoit d’annoncer une feuille de route dès le printemps prochain.
-Les entreprises : Renault Software Labs, Continental, EasyMile, Eva, NXP, Actia, Vinci. SNCF, Siemens et Alstom devraient s’ajouter bientôt
-Le cluster et le pôle : Automotech, Aerospace Valley ( système embarqué)
-Les structures d’accompagnement et de recherche : Ad’occ, université Paul Sabatier, Insa.

 

Le Transport Terrestre Intelligent en Occitanie
4 clusters : Automotech, Mipirail, Primus Défense & Sécurité, Robotics Place
200 acteurs en Occitanie qui globalisent plus de 25 800 emplois et 3,2 Mds€ de CA. Domaines de compétences : optimisation, usagers, véhicules, infrastructures, sûreté sécurité, énergie.                       
3 orientations : faire ressortir des démonstrateurs régionaux, encourager le business, et augmenter la visibilité de la filière à l’international.