Yéo Frais. Comment le fabricant toulousain de produits laitiers fait-il face à la crise du Coronavirus?

crédit : Yéo Frais.

Depuis le début de la crise en France, la PME Yéo Frais revoit chaque jour ses process de production de yoghurts et autres produits laitiers. Les challenges sont nombreux : assurer la sécurité du personnel, respecter les nouvelles conditions sanitaires et s’assurer que la chaîne approvisionnement-transformation-emballage-transport garde le rythme…pour répondre à une demande qui a subitement grimpé de 40 %. 

 

« Je n’ai jamais autant travaillé », raconte Jérôme Servières, à la tête de Yéo Frais, PME toulousaine de 200 personnes (CA : 100 M€) qui fait partie de la coopérative les Maîtres laitiers du Contentin depuis 2017.  En prenant toutes les précautions nécessaires, le chef d’entreprise se rend quotidiennement à l’usine avenue des Etats-Unis pour soutenir et aider les équipes de production : 150 personnes (les 50 autres sont en télétravail) qui doivent travailler complètement différemment. Celles-ci produisent des produits de premières nécessité ; pas question de s'arrêter. 

Des décisions au jour le jour
Les journées commencent par un comité de crise d’une demi-heure où toutes les problématiques sont passées en revue avec les responsables, pour ensuite les arbitrer et prendre des axes de décision, quasiment au jour le jour : l’absentéisme du personnel, les process liés à la protection sanitaire, le plan de production en fonction des capacités du jour, des emballages disponibles, de l’approvisionnement en lait, etc. 10 % du personnel manque à l’appel, la plupart du temps pour motif de garde d’enfants à la maison. Conséquence : la capacité de production se trouve diminuée, alors que la demande a augmenté de 40 %. Habituellement Yéo Frais vend 80 % de ses produits laitiers transformés aux grands et moyens distributeurs (marques distributeurs et marques propres bio), les 20 % restants étant normalement destinés aux collectivités (cantines…) : ce marché a évidemment disparu du jour au lendemain. 

Prioriser les références pour simplifier au maximum 
Pour satisfaire la forte demande des GMS (de nouveaux clients se sont manifestés et les habitués ont augmenté la quantité de leurs commandes), la petite usine a dû se réorganiser et prioriser certaines références : « Moins nombreux et avec plus de travail, on a choisi de simplifier au maximum la production pour faciliter les tâches de chacun. On minimise le nombre de références de yoghurts et crèmes fraîches. » Jérôme Servières compte bien sur la compréhension de ses clients distributeurs qui devront se montrer moins exigeants sur les références… « Les données de travail changent tous les jours, il est impossible pour nous de prévoir quoi ce soit à l’avance ». 

Remplir les lignes de production sur 5 jours, sans épuiser les équipes
Côté approvisionnement, les laitiers (sur le grand Sud-Ouest) restent au rendez-vous et la logistique suit. « Nous atteignons la saison haute de production de lait, les éleveurs comptent sur nous ! » rappelle le dirigeant.  C’est plus sur le plan des emballages que les difficultés pourraient se faire sentir. L’usine est ouverte 5 jours sur 7, et les salariés travaillent en trois huit. « Notre objectif est de remplir les lignes de production sur les 5 jours de la semaine, sans épuiser les équipes », explique le dirigeant qui rappelle que ses tarifs sont maintenus et qui s’offusque en observant que certains transporteurs ont voulu s’entendre pour monter leur prix. 

« L’ambiance et l’état d’esprit dans les équipes, c’est la clé »
C’est avec l’aide des syndicats que les équipes se sont organisées pour garantir les meilleures conditions sanitaires dans l’atelier de production. Du nettoyage et de la désinfection des lieux et des outils de travail à l’équipement des salariés, toutes les recommandations sont suivies à la lettre : « nos salariés sont inquiets, et c'est normal. Il faut qu'ils soient en confiance quand ils viennent travailler » Des prises de température à l’entrée du site s’organisent, afin de sécuriser le plus possible le personnel.  «L'ambiance et l’état d’esprit dans les équipes, c’est la clé du bon déroulement des opérations. Il faut pouvoir travailler en toute confiance pour rester efficace. » Jérôme Servières prévoit dès ce début de semaine une prise de température systématique pour chaque personne entrant sur le site."Plus on fait de gestes barrières, mieux on se sent protégé".