À Albi, la verrerie ouvrière aborde ses 130 ans face au défi de la décarbonation

Fondée en 1896 sous l’impulsion de Jean Jaurès, la Verrerie Ouvrière d’Albi célèbre ses 130 ans avec plus de 300 salariés et une capacité de production pouvant atteindre 300 millions de bouteilles par an. Sur ce site de Verallia spécialisé dans le haut de gamme, 51 millions d’euros ont été consacrés à la rénovation des fours en trois opérations. La prochaine étape se prépare aussi sur le réseau électrique, avec une demande de puissance supplémentaire adressée à RTE.

Fondée en 1896 sous l’impulsion de Jean Jaurès, la Verrerie Ouvrière d’Albi rassemble aujourd’hui plus de 300 salariés. (Photo Verrerie Ouvrière d’Albi)

Fondée en 1896 sous l’impulsion de Jean Jaurès, la Verrerie Ouvrière d’Albi rassemble aujourd’hui plus de 300 salariés. (Photo Verrerie Ouvrière d’Albi)

Deux fours, des bouteilles aux formes parfois complexes et des séries adaptées aux besoins des clients : à Albi, la pérennité de l’industrie verrière se joue dans la précision de la production autant que dans la transformation de ses équipements. À l’occasion de son 130e anniversaire, célébré le 2 octobre 2026, la Verrerie Ouvrière d’Albi (VOA) met en avant les investissements et les évolutions environnementales qui doivent accompagner son activité. Le site doit composer avec la hausse des coûts de l’énergie, les mutations des marchés du vin et des spiritueux et la nécessité de réduire ses émissions de CO₂.

Un héritage ouvrier prolongé par plus de 300 salariés

La VOA voit le jour en 1896, dans le contexte des mouvements ouvriers de la fin du XIXe siècle. Jean Jaurès, alors député de Carmaux, soutient ce projet qui associe activité industrielle, progrès social et responsabilité envers le territoire. Aujourd’hui intégrée à Verallia, la verrerie conserve dans le Tarn une activité portée par plus de 300 salariés, avec un enjeu de transmission des compétences entre générations.

Ses deux fours lui donnent une capacité de production allant jusqu’à 300 millions de bouteilles par an. L’usine se distingue par sa spécialisation dans les bouteilles haut de gamme et les petites et moyennes séries, dont la fabrication exige de concilier diversité des modèles et régularité de la qualité.

La précision des formes, la maîtrise des couleurs et des finitions, mais aussi le respect des délais constituent des paramètres déterminants pour cette production. La souplesse de l’outil permet au site de travailler avec de grands clients nationaux comme avec des producteurs et des vignerons du Sud de la France.

« Célébrer les 130 ans de la Verrerie Ouvrière d’Albi, c’est saluer les générations de verriers qui ont fait vivre un projet industriel né sous l’impulsion de Jean Jaurès. C’est aussi réaffirmer notre responsabilité : transmettre leurs savoir-faire, élever sans cesse nos standards de qualité et faire évoluer notre outil pour rester compétitifs et préparer la décarbonation du site. À Albi, l’histoire ne nous dispense pas de l’exigence ; elle nous y oblige », déclare Fabien Cordier, directeur de l’usine Verallia d’Albi.

51 millions d’euros pour rénover les fours

La modernisation du site s’est notamment traduite par trois opérations de rénovation des fours. Verallia y a consacré 19 millions d’euros en 2015, puis 20 millions d’euros en 2017 et 12 millions d’euros en 2024, soit 51 millions d’euros au total pour ces interventions.

Ces dépenses visent à fiabiliser les équipements, à améliorer leurs performances et à maintenir la qualité attendue par les clients. Elles doivent également préserver les possibilités de développement de l’usine, dont le positionnement impose de répondre à des cahiers des charges variés et de conserver une capacité d’adaptation aux marchés.

La question énergétique occupe désormais une place centrale dans la préparation des prochaines évolutions. En 2024, Verallia a sollicité RTE pour obtenir 40 MW de puissance électrique supplémentaire à Albi, en prévision d’un changement possible de technologie des fours. 

L’électrification figure parmi les pistes étudiées par l’industrie verrière pour diminuer ses émissions. Sa réalisation suppose toutefois un réseau adapté, une capacité électrique disponible et des investissements industriels conséquents. Pour le site albigeois, la transformation de la production dépend donc aussi des infrastructures qui l’alimentent.

Jusqu’à 90 % de verre recyclé dans les teintes colorées

La réduction de l’empreinte environnementale passe déjà par l’utilisation de calcin, le verre recyclé réintroduit dans la fabrication. Pour les teintes colorées, la verrerie peut en incorporer jusqu’à 90 %. Cette proportion constitue un maximum pour ces productions, et non un taux moyen annoncé pour l’ensemble des bouteilles du site.

La VOA s’appuie notamment sur Briane Environnement, qui assure le tri d’une partie du verre ménager collecté en Occitanie. Ce partenariat permet de réemployer une ressource issue du territoire et de limiter les besoins en matières premières vierges. L’utilisation du calcin réduit également l’énergie nécessaire à la fabrication. Selon Verallia, une augmentation de 10 points du taux de calcin diminue d’environ 5 % les émissions de CO₂ du four.

La gestion de l’eau a, elle aussi, évolué. Des systèmes de refroidissement adiabatique ont été installés sur le site. Verallia indique qu’ils ont permis de réduire d’environ 60 % la consommation quotidienne moyenne d’eau en 2025, par rapport à la moyenne des cinq années précédentes.

Une transformation qui dépend aussi du coût de l’énergie

Pour la direction française de Verallia, la poursuite des investissements appelle des conditions économiques et des infrastructures compatibles avec la transformation des usines.

« Notre responsabilité est claire : continuer à investir pour conjuguer compétitivité, qualité et décarbonation, afin de préserver une industrie verrière forte en France. Mais cette transformation exige des investissements lourds, une énergie compétitive et des infrastructures électriques disponibles au bon rythme. L’engagement des industriels doit donc s’accompagner d’un soutien durable et concret des pouvoirs publics », souligne Pierre-Henri Desportes, président de Verallia France.

Cette position inscrit les projets albigeois dans une problématique plus large : financer de nouveaux procédés tout en maintenant la capacité des sites français à servir leurs marchés. À Albi, la transmission des savoir-faire, les exigences des clients et la réduction des consommations accompagnent ainsi la réflexion sur les futurs fours.

Des objectifs environnementaux à l’échelle du groupe

Verallia, qui célébrera 200 ans d’histoire industrielle en 2027, se présente comme le premier producteur européen et le troisième mondial d’emballages en verre pour les boissons et les produits alimentaires. Le groupe compte près de 11 000 collaborateurs, répartis notamment dans 35 usines verrières implantées dans 12 pays, et fournit plus de 11 000 entreprises. Il annonce une production de près de 18 milliards de bouteilles et de pots en verre et un chiffre d’affaires de 3,3 milliards d’euros en 2025.

Sa démarche vise à faire évoluer la production, le réemploi et le recyclage du verre, en associant clients, fournisseurs et autres partenaires de la chaîne de valeur au développement de solutions d’emballage. Le groupe indique avoir obtenu la médaille Platinum d’EcoVadis, qui le situe parmi le 1 % des entreprises les mieux évaluées par cet organisme.

La Science Based Targets initiative (SBTi) a validé en septembre 2025 son objectif de long terme Net Zero 2040, suivant son référentiel Net-Zero Standard. La trajectoire annoncée prévoit une réduction de 90 % des émissions de CO₂ par rapport à 2019, assortie de la compensation des 10 % résiduels, à l’horizon 2040 pour les scopes 1 et 2 et 2050 pour le scope 3. Verallia présente cet engagement comme aligné sur l’objectif de limitation du réchauffement à 1,5 °C fixé par l’Accord de Paris.

Le groupe est coté sur le compartiment A du marché réglementé d’Euronext Paris, sous le symbole VRLA et le code ISIN FR0013447729. Il figure dans les indices CAC SBT 1.5°, CAC Mid & Small et CAC All-Tradable.

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