Gaz vert : l’Occitanie accélère sa trajectoire vers une énergie renouvelable produite localement

Avec 32 sites de méthanisation déjà en injection, 82 projets inscrits au registre et une capacité de production qui pourrait atteindre 1 835 GWh par an à fin 2028, l’Occitanie confirme son rôle dans le développement du gaz vert. À travers les exemples de Méthaboul, du poste de rebours de Boussens et d’une résidence toulousaine équipée d’une chaufferie bois/gaz, GRDF, Teréga et CDC Habitat défendent une transition énergétique ancrée dans les territoires, entre production locale, décarbonation des usages et adaptation des infrastructures.

À Blajan, le projet Méthaboul réunit 11 exploitations agricoles autour d’une même ambition : produire une énergie renouvelable tout en maintenant des fermes familiales et des élevages de taille moyenne. (Photo Oxygen)

À Blajan, le projet Méthaboul réunit 11 exploitations agricoles autour d’une même ambition : produire une énergie renouvelable tout en maintenant des fermes familiales et des élevages de taille moyenne. (Photo Oxygen)

Le gaz vert poursuit son développement en Occitanie. Présenté lors d’une journée presse organisée le 20 mai 2026, le panorama régional dressé par GRDF, Teréga et CDC Habitat met en avant une dynamique industrielle, agricole et territoriale appelée à s’intensifier dans les prochaines années. La région compte aujourd’hui 32 sites de méthanisation en injection, pour une capacité de production évaluée à 680 GWh par an au 1er avril 2026. Ce volume correspond à l’équivalent de la consommation de près de 170 000 logements neufs ou de 2 650 bus roulant au BioGNV.

Cette production permettrait déjà d’éviter 117 000 tonnes de CO₂ par an, soit l’équivalent des émissions annuelles d’environ 11 700 Français, sur la base d’une moyenne de 10 tonnes de CO₂ par personne et par an. Mais la trajectoire régionale est surtout marquée par son potentiel de progression. À fin 2028, la capacité de production pourrait atteindre 1 835 GWh par an, portée par 82 projets d’injection inscrits au registre.

Cette montée en puissance s’inscrit dans une ambition plus large : faire du gaz renouvelable un levier de décarbonation des territoires, des mobilités, du logement et des activités économiques. Le dossier rappelle que l’objectif national de GRDF est d’atteindre 20 % de gaz verts dans les réseaux en 2030, afin de permettre au plus grand nombre de bénéficier d’une énergie renouvelable produite en France.

Des écarts importants selon les départements

La production de gaz vert ne se développe pas de manière homogène sur l’ensemble du territoire régional. En avril 2026, la part du gaz vert par département reste très contrastée. Le Tarn affiche déjà 14 %, devant l’Aveyron et les Pyrénées-Orientales, tous deux à 9 %, le Gers à 8 %, ou encore les Hautes-Pyrénées et le Tarn-et-Garonne à 7 %. D’autres territoires restent encore au début de leur trajectoire, comme le Gard, à 1 %, ou l’Hérault, à 2 %.

À fin 2028, les perspectives changent nettement d’échelle dans plusieurs départements. Le Gers pourrait atteindre 68 %, le Lot 50 %, le Tarn-et-Garonne 29 %, l’Aveyron 32 %, la Haute-Garonne 26 %, tandis que les Hautes-Pyrénées et les Pyrénées-Orientales pourraient respectivement atteindre 13 % et 12 %. Ces évolutions témoignent de l’importance des projets en cours, mais aussi de la capacité des réseaux à accompagner l’injection de biométhane produit localement.

La carte régionale présentée par GRDF montre une diversité de sources de production. Les sites recensés relèvent à la fois de la méthanisation agricole autonome, de la méthanisation agricole territoriale, de la méthanisation industrielle territoriale, de centres de stockage des déchets et de stations d’épuration. Cette pluralité souligne l’un des enjeux majeurs de la filière : valoriser des ressources locales variées tout en répondant aux besoins énergétiques des territoires.

Méthaboul, un projet agricole collectif en Haute-Garonne

Parmi les exemples mis en avant, le projet Méthaboul, situé à Blajan, en Haute-Garonne, montre le rôle que peut jouer la méthanisation dans le maintien d’une agriculture de proximité. Le dossier le présente comme « un projet collectif d’éleveurs qui s’unissent pour maintenir des fermes familiales et faire vivre des élevages de taille moyenne ».

L’unité réunit 11 exploitations, à la fois actionnaires et apporteurs de matières. Elle a nécessité 10 millions d’euros d’investissements, ainsi que 23 kilomètres d’extension de réseau. Lancé en 2015, le projet a connu sa première injection le 1er mai 2025. Chaque année, il permet de valoriser 26 000 tonnes de déchets, issus notamment de fumier bovin, caprin et ovin, de cultures intermédiaires à vocation énergétique, de sous-produits céréaliers, de lisier et de lactosérum provenant d’exploitations animales et agricoles locales.

La production annuelle injectée atteint 20 GWh, soit l’équivalent de la consommation annuelle de 5 000 logements, ou encore de la consommation de Saint-Gaudens. Sur le plan environnemental, cette production permet d’éviter 3 500 tonnes de CO₂. Le projet génère également 23 000 tonnes de digestat, utilisées comme fertilisant organique. Selon les éléments communiqués, cette production permet de substituer 60 % des engrais de synthèse consommés par les exploitations concernées.

Au-delà de la production énergétique, Méthaboul incarne donc une logique d’économie circulaire territoriale. Les déchets agricoles deviennent une ressource, l’énergie est produite localement, et le digestat revient aux sols, réduisant la dépendance aux intrants chimiques. Cette articulation entre agriculture, énergie et environnement constitue l’un des arguments structurants de la filière gaz vert en Occitanie.

GRDF Occitanie, un réseau au cœur de la transition

Le développement de ces projets repose aussi sur la capacité des réseaux à accueillir, distribuer et valoriser le gaz renouvelable. En Occitanie, GRDF exploite 19 274 kilomètres de réseau de distribution. L’entreprise dessert 887 000 clients, répartis dans 831 communes, et s’appuie sur 1 034 collaborateurs. La consommation régionale de gaz représente 11,8 TWh, dont 6,5 TWh pour les usages résidentiels, 3,7 TWh pour le tertiaire et les PME, et 2,8 TWh pour l’industrie.

GRDF indique investir plus de 50 millions d’euros chaque année en Occitanie. Ces investissements accompagnent notamment l’adaptation du réseau aux nouveaux usages et à l’essor du biométhane. À l’échelle nationale, l’entreprise rappelle exploiter 209 000 kilomètres de réseaux, au service de près de 11 millions de clients dans plus de 9 500 communes.

Dans sa présentation, GRDF se positionne comme « l’acteur incontournable d’une transition énergétique abordable et ancrée dans les territoires ». L’entreprise met en avant plusieurs leviers pour réduire l’empreinte carbone de ses clients : la sobriété, le gaz vert, l’efficacité énergétique et les équipements performants. Elle affirme également être le « 1er distributeur de gaz qui s’inscrit dans une trajectoire de décarbonation — tous scopes confondus et à périmètre constant — en adéquation avec l’accord de Paris ».

À Boussens, un poste de rebours pour mieux valoriser le biométhane local

L’essor du gaz vert impose aussi de nouvelles infrastructures. À Boussens, en Haute-Garonne, le poste de rebours développé entre GRDF et Teréga montre cette évolution. Traditionnellement, le gaz circule du réseau de transport vers le réseau de distribution. Le rebours permet d’inverser ce flux : le biométhane injecté localement peut être « remonté » vers le réseau de transport, afin d’être redirigé vers d’autres zones de consommation ou stocké pour un usage ultérieur.

Cette installation répond à un enjeu concret : garantir une valorisation optimale de la production locale, notamment lors des périodes de faible consommation, comme l’été ou les week-ends. Le poste de rebours de Boussens permet aujourd’hui d’accueillir le surplus de gaz vert produit par Méthaboul lorsqu’il n’est pas consommé localement.

Les chiffres du projet traduisent son importance stratégique. L’installation représente 3 millions d’euros d’investissements, pour une capacité d’accueil de 1 060 Nm³/h. Les travaux ont débuté en 2024, avec une livraison du poste en 2025. Son exploitation en 2025 est estimée à 292 jours. Le gaz est acheminé sur le réseau de distribution à une pression de 4 à 10 bars, tandis que le réseau de transport fonctionne à une pression de 40 à 60 bars, ce qui explique la nécessité technique de ce type d’équipement.

Ce poste de rebours s’inscrit dans un maillage plus large. Dès 2027, de nouvelles unités doivent être mises en service à Lestelle-de-Saint-Martory et à Cazères, deux projets situés à moins de 10 kilomètres de Boussens. L’enjeu est clair : renforcer la capacité du réseau à intégrer une production renouvelable locale en hausse, tout en évitant les pertes de valorisation lorsque la consommation locale est insuffisante.

Teréga, un acteur du transport et du stockage engagé dans la transition

Implantée dans le Sud-Ouest de la France, Teréga apporte à cette dynamique son expertise dans les infrastructures de transport et de stockage de gaz. L’entreprise exploite plus de 5 000 kilomètres de canalisations et deux réservoirs de stockage souterrain, représentant 15,8 % du réseau français de transport de gaz et 27 % de la capacité nationale de stockage.

En 2024, Teréga a réalisé un chiffre d’affaires de 488 millions d’euros, hors équilibrage et congestion, et comptait plus de 647 collaborateurs. L’entreprise met en avant une stratégie structurée autour de la responsabilité sociétale et de la neutralité carbone. Elle a notamment déployé plusieurs programmes ESG, dont PARI 2035 pour la sécurité des collaborateurs et des infrastructures, ENERGIZ MOUV pour le développement durable des territoires, ou encore BE POSITIF, avec un engagement de réduction de 34 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030, par rapport à 2021, sur les scopes 1, 2 et 3.

Dans le cas du rebours de Boussens, la complémentarité entre distribution et transport apparaît essentielle. Le réseau de distribution permet l’injection locale du biométhane ; le réseau de transport offre une capacité de redirection et de stockage lorsque la production dépasse les besoins immédiats du territoire.

À Toulouse, CDC Habitat mise sur une chaufferie bois/gaz bas carbone

La journée presse a également mis en lumière une opération immobilière portée par CDC Habitat à Toulouse. La résidence Au Loin, située 22 rue de Turcat, dans la ZAC Saint-Martin-du-Touch, a été livrée en janvier 2024. Menée en maîtrise d’ouvrage interne, elle comprend 43 logements collectifs sociaux et une loge gardien, répartis dans deux bâtiments, l’un en R+7, l’autre en R+2.

La résidence affiche une performance énergétique élevée, avec les références RT 2012 HD, Label E2C1, NF Habitat HQE et DPE A. Son système de chauffage repose sur une chaufferie collective bois/gaz. La chaudière bois OKOFEN PESK64, d’une puissance de 64 kW, assure la part principale de la production, tandis qu’une chaudière gaz ATLANTIC VARPRIM 120, d’une puissance de 116 kW, intervient pour la gestion de la pointe et le secours.

La part biomasse, sous forme de granulés, représente 100 % de la base énergétique, tandis que le gaz intervient à hauteur de 20 % pour la pointe et le secours. Comparée à une solution 100 % gaz, cette configuration permettrait une réduction estimée de 70 % des émissions de CO₂, soit 28 à 30 tonnes évitées par an. Le dossier chiffre les émissions d’une solution 100 % gaz à 40,6 tonnes par an, contre 12,2 tonnes par an pour une solution bois à 85 % et gaz à 15 %, soit un gain de 28,4 tonnes.

Cette opération s’inscrit dans la stratégie du groupe CDC Habitat, qui vise à décarboner progressivement son mix énergétique. Le groupe indique vouloir réduire sa dépendance au gaz fossile, privilégier en priorité les réseaux de chaleur urbains et les pompes à chaleur, tout en conservant un mix diversifié comprenant la biomasse, les énergies renouvelables et le gaz renouvelable, en fonction des contraintes techniques et économiques des projets.

Filiale de la Caisse des Dépôts rattachée à la Banque des Territoires, CDC Habitat gère 573 400 logements en France, dans l’Hexagone et en Outre-mer. Le groupe intervient sur l’ensemble de l’offre résidentielle, des logements sociaux et très sociaux aux logements intermédiaires, libres, résidences étudiantes, résidences seniors, programmes intergénérationnels ou opérations d’accession sociale à la propriété.

Une transition énergétique entre agriculture, logement et infrastructures

À travers ces différents exemples, la filière gaz vert en Occitanie révèle une transition énergétique qui ne se limite pas à la seule production d’énergie renouvelable. Elle mobilise des exploitations agricoles, des opérateurs d’infrastructures, des bailleurs, des collectivités et des entreprises autour d’un même objectif : réduire l’empreinte carbone des usages tout en valorisant les ressources locales.

Le cas de Méthaboul montre comment la méthanisation peut contribuer à la pérennité d’exploitations agricoles familiales et à la réduction des engrais de synthèse. Le poste de rebours de Boussens démontre l’importance d’adapter les infrastructures pour absorber une production renouvelable croissante. La résidence Au Loin illustre, de son côté, les arbitrages nécessaires dans le logement collectif pour combiner performance énergétique, baisse des émissions et continuité de service.

Dans une région où les besoins énergétiques restent importants, avec 11,8 TWh de gaz consommés en Occitanie, le développement du gaz vert apparaît comme une composante d’un mix plus large. Il ne remplace pas les autres leviers de décarbonation, mais il s’y articule : sobriété, efficacité énergétique, chaleur renouvelable, mobilité durable, biomasse, réseaux de chaleur et adaptation des infrastructures.

À l’horizon 2028, l’Occitanie pourrait donc changer d’échelle. Avec une capacité de production de gaz vert attendue à 1 835 GWh par an, la région disposerait d’un outil supplémentaire pour rapprocher production et consommation, sécuriser certains usages et inscrire davantage la transition énergétique dans les territoires.

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