« L’entreprise ne peut plus être la variable d’ajustement » : en Haute-Garonne, les branches font front commun

Réunis le 11 septembre pour le point presse de rentrée du Medef Haute-Garonne, les représentants des branches professionnelles ont confronté leurs difficultés : logements qui ne sortent pas, marges qui s’effritent, règlements qui tardent et recrutements fragilisés. Si l’aéronautique et l’attractivité toulousaine soutiennent encore l’activité, les intervenants alertent sur une économie dont les besoins restent importants, mais dont les entreprises perdent en capacité d’action. Avec, derrière les chiffres, une inquiétude partagée sur l’usure des dirigeants.

Réunis autour de Thomas Fantini, président du Medef Haute-Garonne, les représentants des branches professionnelles ont dressé un état des lieux de leurs secteurs et partagé leurs préoccupations sur l’investissement, l’emploi et la compétitivité des entreprises. (Photo Dorian Alinaghi)

Réunis autour de Thomas Fantini, président du Medef Haute-Garonne, les représentants des branches professionnelles ont dressé un état des lieux de leurs secteurs et partagé leurs préoccupations sur l’investissement, l’emploi et la compétitivité des entreprises. (Photo Dorian Alinaghi)

« Aujourd’hui, l’entreprise ne peut plus être la variable d’ajustement des gouvernements et des politiques. » Dès l’ouverture du point presse du Medef Haute-Garonne, Thomas Fantini donne le ton. Le président de l’organisation patronale dénonce l’accumulation des charges et des contraintes, réclame de la stabilité et insiste sur la fatigue des chefs d’entreprise. « Il va falloir que le monde politique change de logiciel », lance-t-il.

Les interventions qui suivent donnent un contenu concret à cette alerte. Dans l’industrie, les besoins en compétences demeurent malgré le recul de l’apprentissage. Dans le logement, l’arrivée de nouveaux habitants ne suffit plus à déclencher les opérations. Dans le numérique, les promesses de l’intelligence artificielle s’accompagnent d’une pression accrue sur les prestataires. Dans la propreté et le transport, les délais de paiement fragilisent des entreprises qui doivent, elles, régler leurs salariés chaque mois.

Le territoire conserve pourtant des perspectives. Les grands programmes aéronautiques et spatiaux, les infrastructures de transport, les besoins de santé et la démographie soutiennent la demande. Toute la difficulté tient désormais à la capacité des entreprises à répondre à ces besoins, sans épuiser leur trésorerie ni leurs équipes.

L’industrie haut-garonnaise tient, sans effacer les fragilités régionales

Le contraste est particulièrement net dans l’industrie. Selon les données rassemblées par l’UIMM Occitanie, la Haute-Garonne compte 90 060 emplois industriels au premier trimestre 2026, en hausse de 0,6 % sur un an et de 0,4 % sur trois mois. Au même moment, les effectifs industriels restent stables en Occitanie et reculent de 0,6 % à l’échelle nationale.

La fabrication de matériels de transport soutient cette progression départementale, avec 380 emplois supplémentaires, soit une hausse annuelle de 0,8 %. À l’inverse, les effectifs des équipements électriques diminuent de 0,9 %. L’ensemble de l’emploi privé haut-garonnais atteint 527 600 postes, en progression de 0,3 %, tandis que la construction recule de 0,7 %, à 37 820 emplois. L’intérim, tous secteurs confondus, augmente de 5,5 %, à 19 050 emplois. Le chômage s’établit néanmoins à 8,7 %, environ 1,7 point au-dessus de son niveau du début de 2023.

À l’échelle régionale, l’aéronautique poursuit sa montée en cadence, le spatial bénéficie d’une demande mieux orientée et les carnets des fabricants de biens d’équipement se sont reconstitués. La progression moyenne de 6 % du chiffre d’affaires, envisagée par les industriels au début de 2026, n’est toutefois plus assurée. Les approvisionnements limitent encore les cadences aéronautiques, les composants restent un point de vigilance dans le spatial et la concurrence complique la répercussion des hausses de coûts.

Les exportations illustrent à la fois cette puissance et sa concentration. Au premier semestre, l’Occitanie a exporté 27,6 milliards d’euros de marchandises, dont 21,5 milliards de produits métallurgiques, pour un excédent de 8 milliards dans cette branche. Les livraisons aéronautiques représentent 15,5 milliards d’euros et les équipements informatiques et composants électroniques 2 milliards. La Haute-Garonne concentre 80 % des exportations métallurgiques régionales.

Cette performance coexiste avec plus de 400 défaillances d’entreprises industrielles sur douze mois à fin juin, soit environ 90 de plus qu’à fin 2019. Pour Didier Katzenmayer, président de l’UIMM Occitanie, la résistance régionale ne dispense pas d’une transformation de l’industrie : produire plus proprement, dans la durée, tout en affrontant la concurrence internationale. « La compétitivité reste le centre de nos réflexions », résume-t-il. Il rappelle aussi que les industriels liés au bâtiment ou à l’automobile ne bénéficient pas des mêmes perspectives que l’aéronautique.

Former reste indispensable, même lorsque l’activité ralentit

L’Occitanie totalise 234 400 salariés industriels au premier trimestre 2026, après une progression de 6 % entre fin 2019 et fin 2024. Cette stabilité intervient dans une région où l’emploi privé se replie de 0,1 % sur un an, à 1,572 million de postes, et où le chômage atteint 9,5 %.

Les difficultés de recrutement concernent encore 47 % des industriels, contre 51 % en 2025. Pourtant, l’apprentissage dans la métallurgie régionale baisse de 6 % sur un an au premier trimestre. Le renouvellement des effectifs reste un enjeu : dans le portrait de branche établi à fin 2023 et repris par l’UIMM, 17,7 % des salariés ont plus de 55 ans. La métallurgie compte alors 134 400 salariés, dont 23,4 % de femmes et 43,5 % d’ingénieurs et cadres.

L’UIMM demande une stabilité fiscale, sociale et réglementaire, une simplification effective, une énergie à un coût prévisible et compétitif, ainsi que le maintien de l’effort de formation. Elle défend également la réciprocité dans les échanges internationaux et refuse de nouvelles hausses de fiscalité sur la production et les entreprises.

La durée de réalisation des projets concentre une partie de sa critique. Didier Katzenmayer oppose un délai qu’il évalue à environ cinq ans pour rendre une usine opérationnelle en France à un an outre-Atlantique. Cette comparaison, avancée à la tribune, traduit sa demande d’une accélération des démarches administratives et d’une stratégie industrielle plus lisible.

Les marchés de défense peuvent offrir des débouchés supplémentaires, sans constituer une réponse générale aux difficultés industrielles. Le dossier distingue les perspectives limitées des grands vecteurs, dont les cadences restent éloignées des volumes automobiles, des possibilités plus concrètes dans les munitions et les drones. Pour y accéder, les entreprises devront satisfaire des exigences de conformité, de sécurité des sites et de cybersécurité, dans un contexte où les contraintes budgétaires peuvent aussi limiter les commandes.

L’UIMM Occitanie fédère 708 entreprises représentant 86 253 salariés dans dix départements, selon ses données au 30 juin 2026. En Haute-Garonne, ses 284 adhérents représentent 62 483 salariés déclarés.

L’ingénierie voit les projets venir, mais surveille ses marges

Dans l’ingénierie, le numérique, le conseil et la formation, la difficulté tient moins à l’absence de besoins futurs qu’aux conditions permettant d’y répondre. La contribution de Syntec Occitanie, signée par son président Jean-Julien Lascaux, absent et dont les éléments ont été présentés en séance par Magali Germond, la déléguée régionale de Numeum, résume cette préoccupation : « Sans visibilité, pas de recrutement ni d’investissement : le carnet de commandes est la boussole des ingénieries. »

Les indicateurs nationaux mobilisés par la branche montrent un ralentissement. Après une hausse de 5,2 % du chiffre d’affaires des entreprises adhérentes en 2025, la production de l’ingénierie recule de 0,7 % au premier trimestre 2026. Au printemps, 29 % des groupes déclarent un chiffre d’affaires inférieur à celui de l’année précédente et la note de conjoncture s’établit à 4,8 sur 10. Les carnets remontent pourtant à 10,2 mois de chiffre d’affaires, contre 8,8 mois à l’automne 2025.

L’indice Syntec atteint parallèlement 321,8 en mai 2026, en progression de 1,1 % sur un an. La hausse des coûts de main-d’œuvre, combinée au ralentissement de l’activité et à la pression sur les prix, réduit les marges disponibles pour embaucher et investir.

En Occitanie, la branche rassemble 98 900 salariés, 8 330 établissements et 12,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Le numérique représente 46 600 salariés et 5,2 milliards d’euros de revenus, l’ingénierie 39 700 salariés et 4,5 milliards, le conseil et les études 12 000 salariés et 2,6 milliards. Les autres activités totalisent 600 salariés et 300 millions d’euros. Le numérique compte 2 750 établissements, l’ingénierie 2 800, le conseil et les études 2 700, et les autres activités 80.

La région représente environ 8,4 % de l’activité nationale de la branche et la Haute-Garonne concentre 65 % de ses emplois régionaux. Les transports, l’aéronautique, le spatial, la défense, la cybersécurité et l’intelligence artificielle entretiennent les perspectives. Mais les entreprises doivent pouvoir financer les compétences nécessaires à ces marchés.

L’intelligence artificielle impose de financer la transformation dès maintenant

L’IA prouve cette tension. Selon les projections de l’OPIIEC reprises par Syntec, plus de 9 000 postes pourraient émerger en trois ans dans les métiers de l’ingénierie directement liés à cette technologie. Les besoins concernent notamment la science des données, leur gouvernance, la modélisation de systèmes complexes et l’intégration industrielle.

Dans le conseil et les études, 68 % des acteurs font du numérique et des données une priorité stratégique, contre 63 % un an auparavant, et 66 % disposent d’un plan de développement dédié. La contribution évoque une croissance attendue de 4,3 % du marché du numérique en 2026. Ces perspectives supposent cependant des dépenses en logiciels, infrastructures, données et formation, difficiles à absorber pour une branche dont 81 % des établissements sont des TPE.

Au niveau national, l’ingénierie prévoit 80 000 créations d’emplois d’ici à 2030, dont 20 000 dans la construction et 60 000 dans l’industrie. Selon Syntec, il manque déjà près de 20 000 ingénieurs par an pour répondre aux besoins de la seule ingénierie, et jusqu’à un poste sur cinq pourrait rester vacant. Ingénieurs de recherche et développement, développeurs, spécialistes de la cybersécurité, chefs de projet industriels, projeteurs et dessinateurs figurent parmi les profils recherchés. Alors que les femmes représentent environ 30 % des diplômés ingénieurs, l’élargissement des viviers demeure une priorité. Syntec demande un soutien durable aux grands programmes, à la recherche, à l’apprentissage et à la montée en compétences.

Dans le numérique, l’IA promet des gains et bouscule les entreprises

La prise de parole de la déléguée régionale Occitanie de Numeum apporte un regard plus prudent sur le marché du numérique. Les besoins existent, notamment en cybersécurité, en cloud, en maîtrise des données et en continuité d’activité. Mais les décisions des clients s’allongent, les budgets sont discutés plus âprement et certains projets sont reportés ou réduits.

Magali Germond distingue les grandes entreprises de services numériques, davantage soutenues par les grands programmes, des petites structures qui peinent à retrouver de l’activité. Selon les indicateurs qu’elle présente, 35 % des ESN anticipent une baisse de leur marge opérationnelle, tandis que 39 % des DSI reconnaissent que les incertitudes géopolitiques ont pesé sur leurs investissements. Ces pourcentages sont cités comme des indicateurs de marché, sans être présentés comme une enquête propre à l’Occitanie.

L’intelligence artificielle modifie aussi la relation commerciale. Les clients attendent des gains de productivité, demandent davantage de preuves de retour sur investissement et mettent les prix sous pression. Les prestataires doivent, dans le même temps, financer leurs outils et la transformation des compétences. « L’intégration de l’IA va tuer certaines entreprises du numérique », avertit Magali Germond, qui appelle à accompagner les dirigeants et les salariés confrontés à ces changements.

Elle pointe deux difficultés particulières : l’accès des jeunes à un premier emploi, face à l’idée que certaines tâches pourraient être confiées à l’IA, et l’adaptation des compétences des salariés plus expérimentés. Son plaidoyer pour un numérique responsable dépasse donc la seule empreinte environnementale. Il porte aussi sur la capacité des organisations à tenir face à une cyberattaque, à une coupure ou à une crise. La préparation, insiste-t-elle, doit précéder l’incident.

Dans le bâtiment, le redémarrage reste partiel

Mathieu Roudié, président de la Fédération du BTP de la Haute-Garonne, suggère aux journalistes de reprendre leurs notes de 2025 et d’en changer la date : le constat, à ses yeux, reste le même. Derrière l’ironie, il décrit la lassitude d’une profession qui attend toujours la reprise. La note de sa fédération, arrêtée à juin 2026, présente un secteur qui préserve largement ses effectifs malgré une reprise inégale. Le bâtiment compte 27 447 salariés, en baisse de 0,8 %, et 3 496 intérimaires en équivalent temps plein, en hausse de 3 %. Les travaux publics rassemblent 9 326 salariés, en recul de 0,6 %, et 1 137 intérimaires, en baisse de 2 %. Soit, en chiffres arrondis, 37 000 salariés et 4 600 intérimaires.

Sur douze mois à fin juin, 8 327 logements ont été commencés, un total stable. La maison individuelle isolée progresse de 33 %, à 1 583 logements, tandis que l’individuel groupé recule de 4 %, à 969 logements. Le collectif baisse de 5 %, à 5 775 logements, et reste, selon la fédération, environ 30 % sous sa moyenne de long terme. À titre de comparaison, 9 169 logements collectifs avaient été commencés en 2021, 4 814 en 2023, 6 644 en 2024 et 6 078 en 2025.

Les autorisations offrent un signal plus favorable : 9 876 logements autorisés, en progression de 14 %, dont 2 039 maisons individuelles isolées, en hausse de 27 %, 1 189 logements individuels groupés, en baisse de 9 %, et 6 758 logements collectifs, en progression de 14 %. Leur transformation en chantiers reste à confirmer.

La FBTP31 associe l’amélioration de la maison individuelle à l’élargissement du prêt à taux zéro, à des conditions de crédit plus accessibles et à une baisse du prix des terrains rapportée par le Pôle Habitat 31. Elle rappelle néanmoins la faiblesse du niveau de départ et mentionne un recul des ventes de 5,5 % sur 2026 selon Markemetron. Dans le collectif, elle juge encore trop récent l’effet du dispositif d’investissement locatif « Jeanbrun », présenté dans sa note comme lancé en février 2026.

Hors logement, les surfaces commencées atteignent 449 000 m², en baisse de 8 %. Le recul touche particulièrement les bureaux, à 75 000 m², soit −35 %, et les entrepôts, à 41 000 m², soit −49 %. Les locaux industriels progressent de 27 %, à 38 000 m², et les commerces de 54 %, à 97 000 m². Les bâtiments agricoles représentent 56 000 m², en hausse de 2 %, et le bâtiment public 115 000 m², en baisse de 3 %.

Les surfaces autorisées diminuent de 7 %, à 800 000 m². Le secteur privé représente 522 000 m², en baisse de 9 %, avec des bureaux en recul de 44 %, des entrepôts de 25 %, mais des locaux industriels en hausse de 1 % et des commerces de 54 %. Les autorisations agricoles baissent de 22 %, à 121 000 m², tandis que celles du bâtiment public progressent de 23 %, à 157 000 m².

La rénovation ne prend pas le relais attendu

Le neuf représente 44 % de l’activité du BTP haut-garonnais, répartis entre logement, pour 30 %, et hors logement, pour 14 %. L’entretien-rénovation en représente 56 %, dont 16 points pour la rénovation énergétique. Or ce marché ne compense pas les difficultés de la construction.

À l’échelle de l’Occitanie, l’entretien-rénovation recule de 2,8 % au premier trimestre 2026, avec une baisse de 3,2 % dans le logement et de 1,5 % dans le non-résidentiel. La rénovation énergétique diminue de 4,8 %. La FBTP31 met en cause le manque de confiance et l’instabilité des aides, notamment de MaPrimeRénov’, qui compliquent les décisions de travaux et peuvent fragiliser les trésoreries.

La fédération explique que : « la France a besoin de massifier la rénovation énergétique pour atteindre ses objectifs climatiques, mais l’instabilité des politiques publiques freine précisément le marché qui doit permettre de les atteindre. » Elle identifie ce segment comme un potentiel de croissance pour les cinq à dix prochaines années. Son exploitation de la base publique des DPE de l’Ademe recense 15 439 logements classés F ou G en Haute-Garonne, tout en précisant que cette base ne couvrirait qu’environ la moitié du parc : ce chiffre ne constitue donc pas un décompte exhaustif des logements concernés.

Les perspectives reposent aussi sur les grands projets : troisième ligne de métro et connexion à la ligne B, urbanisation autour des stations, investissements aéronautiques et transformation de Grand Matabiau Quais d’Oc. La fédération mentionne également le Franchissement Nord Garonne, évalué à environ 200 millions d’euros, avec un nouveau pont et une liaison routière à deux fois deux voies, ainsi que la LGV Bordeaux-Toulouse, dont sa note situe l’horizon de mise en service en 2032. L’incertitude sur les ressources des collectivités pèse toutefois sur la commande publique. Mathieu Roudié demande surtout des calendriers : une école ou un équipement annoncé n’apporte pas la même visibilité aux entreprises selon qu’il sera construit dans trois ans ou dans dix ans. Il souligne également que le retour de la confiance conditionne les décisions des ménages comme celles des investisseurs.

Logement neuf : les investisseurs reviennent, les ventes en bloc décrochent

Les données de l’ObserveR de l’immobilier toulousain, présenté par Stéphane Aubay, vice-président de la FPI, permettent de distinguer le retour de certains acheteurs d’une reprise générale. Créé en 2002 à l’initiative de la FPI, de l’USH et de l’UNAM, l’observatoire fédère une quarantaine de membres et confie le traitement de ses données à Adequation. Son périmètre d’observation couvre 453 communes.

Au premier semestre 2026, l’aire urbaine de Toulouse enregistre 1 622 mises en vente, soit 2 % de plus qu’un an auparavant, mais 8 % de moins qu’en 2024. Les ventes au détail progressent de 12 %, à 1 246 logements, tout en restant 10 % sous leur niveau de 2024. Les ventes en bloc chutent en revanche de 88 %, à 66 logements. Au total, les ventes de logements ordinaires reculent ainsi de 21 %, à 1 312 unités, et de 28 % par rapport au premier semestre 2024.

Les investisseurs ont réalisé 497 acquisitions, en hausse de 83 % sur un an, mais encore en retrait de 32 % par rapport à 2024. Ils représentent 40 % des ventes au détail, soit seize points de plus qu’un an auparavant. Ces achats se répartissent entre le marché libre, pour 52 %, le logement locatif intermédiaire investisseur, pour 37 %, le démembrement, pour 9 %, et le dispositif Jeanbrun, pour 2 %. Les acquisitions des occupants diminuent, elles, de 11 %, à 749 logements, tout en restant 13 % au-dessus de leur niveau de 2024.

La ville de Toulouse affiche une dynamique plus favorable que l’ensemble de l’aire urbaine : 1 195 mises en vente, en hausse de 29 %, et 784 ventes au détail, en progression de 36 %. Elle concentre ainsi 74 % des mises en vente et 63 % des ventes au détail du périmètre. Les investisseurs y réalisent 317 acquisitions, en hausse de 110 %, et les occupants 467, en progression de 10 %. Les ventes totales atteignent 802 logements, soit +11 % sur un an, mais −18 % par rapport à 2024.

L’accession aidée conserve un rôle important, avec environ 450 ventes, représentant 60 % des achats des occupants dans l’aire urbaine. Les ventes en TVA réduite dans les secteurs de renouvellement urbain atteignent 135 logements, en hausse de 118 %, tandis que les acquisitions en bail réel solidaire progressent de 67 %, à 155 logements. Les secteurs aménagés représentent pour leur part 438 ventes, soit 35 % des ventes au détail.

L’intervention consacrée à la promotion immobilière souligne une autre difficulté : le délai entre le retour des ventes et celui de l’activité sur les chantiers. Le représentant du secteur estime qu’une amélioration commerciale dans les prochains mois ne bénéficierait aux entreprises du bâtiment qu’au mieux un an plus tard. Il alerte aussi sur le risque d’une offre insuffisante si la demande repartait, après plusieurs années de moindre engagement sur les terrains et les permis. « Si le marché repartait, on manquerait d’offre », prévient-il.

Des prix presque stables, une offre encore réduite

L’offre commerciale de logements ordinaires atteint 2 978 logements dans l’aire urbaine, soit une baisse de 2 % sur un an et de 20 % par rapport à 2024. Elle se compose de 69 % de logements sur plan, 25 % en chantier et 6 % déjà livrés. À Toulouse, elle progresse de 12 % sur un an, à 1 767 logements, mais reste inférieure de 4 % à son niveau de 2024.

Le prix moyen des appartements neufs du marché libre, à TVA pleine et hors stationnement, s’établit à 4 485 euros le mètre carré dans l’aire urbaine, en baisse d’environ 1 % sur un an. Il atteint 4 839 euros à Toulouse, quasiment inchangé par rapport au premier semestre 2025. Stationnement inclus, les moyennes sont respectivement de 4 753 et 5 116 euros le mètre carré.

Les deux et trois pièces représentent respectivement 34 % et 37 % des ventes, pour 30 % et 40 % de l’offre. Dans le collectif libre hors stationnement, les prix unitaires moyens vont de 146 430 euros pour un studio à 508 900 euros pour un cinq-pièces, avec 194 100 euros pour un deux-pièces, 269 800 euros pour un trois-pièces et 387 000 euros pour un quatre-pièces.

Les résidences gérées connaissent également un recul. Elles enregistrent 159 mises en vente, en baisse de 49 %, et 319 ventes, en diminution de 50 %. Les 120 réservations au détail comprennent 69 logements étudiants, 36 logements seniors et 15 logements d’affaires. S’y ajoutent 199 ventes en bloc. Leur offre commerciale diminue de 54 %, à 354 logements.

Sur le périmètre élargi aux logements ordinaires, gérés et réhabilités, l’ObserveR recense 2 014 mises en vente, en hausse de 5 %, et 1 643 ventes totales, en baisse de 29 %. Les ventes au détail restent presque stables, à 1 378 logements, tandis que les ventes en bloc chutent de 72 %, à 265 unités. L’offre commerciale se replie de 7 %, à 3 557 logements.

La synthèse régionale du document recense, pour les logements ordinaires, 2 730 mises en vente en Occitanie, en baisse de 19 %, et 3 040 ventes totales, en recul de 11 %. Les ventes au détail augmentent de 6 %, à 2 472 logements, mais celles en bloc diminuent de 47 %, à 568 unités. Les achats des investisseurs progressent de 49 %, à 785 logements, alors que ceux des occupants baissent de 7 %, à 1 687. L’offre commerciale atteint 6 574 logements, en repli de 9 %. Le rebond toulousain des ventes au détail contraste avec les baisses relevées dans la région de Montpellier, à 567 ventes, soit −9 %, et dans la région bordelaise et le bassin d’Arcachon, à 744 ventes, soit −12 %.

Le manque de logements touche aussi les recrutements

L’intervention consacrée à l’immobilier ancien élargit le diagnostic aux étudiants, apprentis et salariés qui cherchent à se loger. Son représentant décrit un marché des transactions qui tient, mais une demande locative insatisfaite. Il plaide pour une réponse combinant construction neuve et rénovation du parc existant, au lieu d’opposer ces deux marchés.

Cette préoccupation trouve un écho chez les commerçants : un poste disponible ne suffit pas toujours à attirer un salarié si celui-ci ne peut pas trouver de logement. Les intervenants relient ainsi la question immobilière à l’apprentissage, à la mobilité professionnelle et à l’attractivité des entreprises. La réduction du nombre de transactions affecte aussi les recettes des collectivités, dont dépendent à leur tour certains investissements publics.

Les transporteurs attendent toujours leurs aides

Dans le transport routier, la rentrée est d’abord une question de trésorerie. Selon l’OTRE Occitanie, le prix du gazole a augmenté d’environ 20 % depuis le début de juillet, tandis que celui du gaz naturel pour véhicules a progressé de plus de 70 %. Les entreprises doivent absorber cette hausse tout en renouvelant leurs véhicules et en réduisant leurs émissions.

Au moment de la rédaction de sa contribution, l’organisation indique que plus de 40 % des dossiers de la première aide carburant d’avril 2026 restent en attente de paiement. La deuxième aide, clôturée le 2 septembre, n’aurait encore donné lieu à aucun versement. Une troisième vague annoncée pour couvrir juin à août reste également attendue. L’OTRE déplore en outre que le renouvellement des aides annoncé le 3 septembre pour les secteurs les plus touchés n’ait pas retenu le transport routier.

Malgré une stabilisation très relative au premier semestre, le dossier fait état, pour le secteur des transports et de l’entreposage, de défaillances supérieures de 70 % au niveau de référence 2010-2019, soit la plus forte progression parmi les secteurs observés. L’Occitanie compte environ 12 000 entreprises de transport et de logistique, dont 3 500 employeuses, pour 65 000 salariés. Selon l’OTRE, 94 % sont des entreprises de moins de cinquante salariés et 60 % de moins de dix salariés.

À la tribune, Guillaume Chavanat, administrateur du GTP 31, insiste sur la combinaison de faibles marges et de besoins d’investissement élevés. Un véhicule à motorisation alternative coûte davantage qu’un camion diesel, rappelle-t-il, alors que les entreprises manquent de visibilité sur la fiscalité et les solutions réellement accessibles. Il alerte également sur la qualité des paiements des clients et souligne le rôle du secteur dans la formation et l’accès à l’emploi. « Sans capacité financière, les entreprises ne pourront ni investir, ni verdir leurs flottes, ni continuer à créer et maintenir des emplois », résume la contribution écrite de l’organisation. Pour les textes budgétaires de 2027, elle défend le remboursement partiel de la TICPE sur le carburant professionnel et les allégements de cotisations patronales sur les bas salaires. Elle demande également l’abandon des projets d’écotaxes régionales, notamment en Occitanie, un meilleur encadrement de la répercussion du carburant en pied de facture et une lutte renforcée contre les prix abusivement bas.

Dans la santé, la formation devient une question d’accès aux soins

L’alerte de la FHP Occitanie porte sur la capacité des établissements à continuer de soigner. La fédération représente près de 140 cliniques et hôpitaux privés, qui prennent en charge plus de 1,5 million de patients par an, avec environ 25 000 salariés et 4 000 médecins. En Haute-Garonne, près de 497 000 patients ont été pris en charge en 2025. Selon Delphine Balerdi, Présidente de la FHP Occitaniel’hospitalisation privée réalise près de 76 % des interventions chirurgicales et 42 % des urgences dans le département.

En séance, la représentante de la FHP précise que la Haute-Garonne compte 32 établissements privés et 8 800 collaborateurs, et leur attribue 53 % des patients pris en charge en établissement de santé dans le département. Elle rappelle le poids de ces structures comme employeurs, acheteurs et investisseurs locaux.

Médecine, chirurgie, obstétrique, cancérologie, psychiatrie, réadaptation, hospitalisation à domicile ou prise en charge de la maladie rénale chronique : ces activités contribuent à l’offre de soins, mais aussi à l’économie locale, par l’emploi, les achats et les investissements immobiliers et technologiques. La croissance démographique, le vieillissement et les disparités territoriales renforcent les besoins.

Or les données sectorielles présentées par la FHP en avril 2026, reprises dans la contribution régionale, font état de 46 % de cliniques et hôpitaux privés déficitaires en 2025, contre 26 % en 2021. Le secteur affiche 240 millions d’euros de déficit en 2025, pour une deuxième année consécutive de résultat net négatif, tandis que sa capacité d’autofinancement a diminué de 65 % en quatre ans. Ces indicateurs concernent l’ensemble du secteur présenté par la FHP, et non un bilan propre aux seuls établissements occitans.

Les difficultés sont particulièrement fortes dans certaines activités : 66 % des cliniques disposant d’urgences, 77 % de celles dotées d’un service de réanimation et 76 % de celles ayant une maternité étaient déficitaires en 2025, selon ces mêmes données. La fédération invoque le cumul de la hausse des charges, des coûts énergétiques, immobiliers et financiers, des investissements technologiques et des tensions de recrutement, face à des financements jugés insuffisants.

Engagée depuis plus de quarante ans dans la formation, notamment à Castelnau-le-Lez, Perpignan et Toulouse, ainsi que dans l’apprentissage, la FHP Occitanie alerte sur les conséquences des restrictions de financement. « La pénurie de soignants n’est plus seulement un sujet de ressources humaines. Elle devient un enjeu de capacité de soins », écrit-elle.

L’intervention complète ce constat par l’activité de trois écoles de formation, dont une à Toulouse, accueillant plus de 500 futurs professionnels de santé. « Ce n’est pas l’IA qui va remplacer nos professionnels de santé », souligne la représentante de la fédération. Elle réclame également une organisation mieux adaptée aux réalités locales, construite entre hôpital public, établissements privés et médecine de ville.

La fédération demande une programmation pluriannuelle des dépenses de santé, des financements davantage liés aux missions et au service rendu, ainsi qu’une coopération renforcée entre établissements publics, privés et médecine de ville. Elle défend aussi la sécurisation de la formation et du recrutement, le développement de la prévention, de l’ambulatoire et de l’innovation, et une meilleure anticipation du vieillissement et des maladies chroniques.

Dans la propreté, les retards de paiement se comptent en mois

La prise de parole consacrée à la propreté montre comment les difficultés d’un secteur peuvent se transmettre à ses prestataires. La branche représente, selon les chiffres exposés par Magaly Baldy, Secrétaire générale de la FEP CSO, environ 600 000 emplois et 15 000 entreprises en France, dont une très grande majorité de TPE et de PME. La masse salariale constitue l’essentiel de ses coûts.

Le taux moyen de résultat net présenté pour 2024 atteint seulement 2,6 %, tandis que les minima salariaux ont été revalorisés de près de 17,5 % en cinq ans. Dans ce contexte, la branche redoute les conséquences d’une modification des allégements de cotisations sur des entreprises dont les marges sont déjà étroites.

Les retards de règlement constituent l’autre alerte, notamment pour les prestations réalisées dans le secteur hospitalier. Sur certains dossiers remontés à la fédération, l’attente peut atteindre neuf mois, selon l’intervention. Il ne s’agit pas d’un délai moyen de l’ensemble de la profession. Pendant ce temps, les entreprises continuent de payer salaires, cotisations et fournisseurs, au risque de reporter leurs investissements ou leurs recrutements.

La fédération défend une réponse durable sur les paiements et le coût du travail. Elle s’appuie notamment sur un Livre bleu comportant 26 propositions, dont certaines concernent ces deux sujets, et rappelle que les transitions écologiques, numériques et organisationnelles ne pourront être financées sans entreprises suffisamment solides.

Les commerçants veulent prévenir les fermetures et faciliter les reprises

Pour la fédération des commerçants, artisans et entrepreneurs de Toulouse, suivre les chiffres d’affaires ne suffit plus. Pascal Londero, président de la Fédération des associations de commerçants de Toulouse, souhaite également mieux mesurer la vacance commerciale, les embauches et l’état d’esprit des dirigeants. Il évoque une vacance de l’ordre de 7 %, tout en précisant lui-même les difficultés d’un recensement précis.

Le projet présenté pour les trois prochaines années met l’accent sur la formation et la transmission. Certaines fermetures interviennent faute de repreneur au départ à la retraite du dirigeant. La fédération entend donc repérer plus tôt les situations à risque et faciliter les rapprochements avec de futurs entrepreneurs, notamment par les organismes de formation.

Il souhaite aussi renforcer les liens avec les acteurs de l’immobilier pour faciliter le logement des collaborateurs. L’enjeu dépasse le maintien d’une boutique ouverte : il concerne l’emploi, la vie des quartiers et la capacité des professionnels à se projeter dans leur activité.

Cafés, hôtels et restaurants : des clients plus attentifs à leurs dépenses

Ivo Danaf, président de l'UMIH 31, décrit des établissements confrontés à des coûts croissants et à des clients qui surveillent davantage leur budget. Les sorties persistent, mais les consommations se réduisent, les réservations arrivent plus tard et certaines dépenses deviennent plus occasionnelles. Le chiffre d’affaires dépend donc autant du montant dépensé par client que de la fréquentation.

Le représentant de la branche cite 9 692 défaillances dans l’hébergement-restauration en France sur douze mois à fin juin 2026, en hausse de 7,5 % sur un an. Il présente également une enquête nationale récente auprès de 1 300 professionnels, dans laquelle 63,7 % déclarent un chiffre d’affaires en baisse en juillet-août par rapport à 2025. Le pouvoir d’achat et les fortes chaleurs figurent parmi les causes avancées. Ces chiffres sont rapportés comme ceux présentés à la conférence, sans assimilation aux seuls établissements haut-garonnais.

À Toulouse, le tourisme professionnel, les congrès, l’aéronautique et les événements soutiennent l’activité. Selon les données citées par l’UMIH 31, les hôtels et résidences ont enregistré environ 3,2 millions de nuitées marchandes en 2025, avec un taux d’occupation de l’ordre de 64 %. L’intervenant évoque toutefois un niveau de 57 % le week-end, soulignant le potentiel de développement de la clientèle de loisirs du vendredi au dimanche.

La branche met en avant le patrimoine, la gastronomie, le rugby, la culture et les connexions avec l’Espagne et les Pyrénées. Elle évalue à environ 14 000 les emplois de ses métiers dans le département et souligne que les progrès de rémunération et de conditions de travail supposent aussi de préserver la rentabilité des établissements. Les cafés, restaurants et hôtels participent, rappelle son représentant, à l’expérience des visiteurs autant qu’à la vie quotidienne des habitants.

La visibilité, une demande commune aux branches

Ces alertes s’inscrivent dans un environnement national peu porteur. La note de conjoncture reprise par l’UIMM fait état d’un PIB en baisse de 0,1 % au premier trimestre, puis en hausse de 0,2 % au deuxième, et d’une consommation des ménages en recul de 0,1 % au premier semestre. L’inflation atteint 2,1 % en juillet, alimentée pour environ moitié par l’énergie, tandis que le Brent évolue autour de 90 dollars à la fin de l’été selon le dossier.

La production manufacturière française stagne depuis l’été 2025. Elle demeure près de 2 % sous son niveau d’avant la crise sanitaire, bien qu’environ 4 % au-dessus de celui précédant la guerre en Ukraine. L’automobile, la chimie et les produits métalliques souffrent davantage que l’aéronautique, le ferroviaire et les biens d’équipement électroniques. Au deuxième trimestre 2026, l’emploi privé recule de 19 000 postes, dont 3 200 dans l’industrie, et le chômage national atteint 8,3 %.

Le rebond de 2,6 % des exportations de biens et services au deuxième trimestre, soutenu notamment par les livraisons d’Airbus, ne suffit pas à rétablir l’équilibre extérieur : le dossier mentionne un déficit de 8,2 milliards d’euros au premier semestre, malgré un excédent aéronautique de 17 milliards. Les marges budgétaires publiques restent également réduites, avec un déficit attendu au-delà de 5 % du PIB en 2026 et une charge d’intérêts de 65,7 milliards d’euros en 2025, susceptible d’approcher 120 milliards en 2030 à politique inchangée, selon les projections citées par l’UIMM.

Thomas Fantini alerte aussi sur l’usure des dirigeants

Au terme des interventions, Thomas Fantini revient sur la nécessité de retrouver de la compétitivité et de la confiance. Il relaie les préoccupations liées à l’apprentissage, aux transmissions d’entreprises et aux mobilités. Il critique notamment la dégradation qu’il observe dans la desserte aérienne vers Paris, qu’il considère comme un sujet économique pour les entreprises et l’attractivité du territoire.

Mais son propos porte aussi sur ceux qui dirigent ces entreprises. « Tout le monde a évoqué l’usure des dirigeants », relève-t-il. Le président du Medef Haute-Garonne fait part de son inquiétude face à leur fatigue et à la détresse de certains d’entre eux. Plusieurs interventions ont, au cours de la conférence, dépassé les seuls indicateurs d’activité pour décrire la difficulté de continuer à investir, à recruter et à décider dans l’incertitude.

Le tableau reste contrasté. Les entreprises disposent de marchés, de compétences et de projets ; certaines poursuivent leur développement. Les représentants des branches demandent de pouvoir inscrire ces perspectives dans la durée. Pour un industriel, cela signifie investir et former ; pour un promoteur, relancer des opérations dont les effets se mesureront plusieurs années plus tard ; pour un prestataire, être payé à temps ; pour un établissement de santé, préparer les équipes de demain. La visibilité réclamée à cette rentrée prend, dans chaque métier, une forme très concrète.

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