Le 8 octobre 2026, au MEETT de Toulouse, la Commission communication du Medef Haute-Garonne a consacré une conférence à la résilience. Thomas Fantini, Maëlle Filopon et Jean-Charles Antoine-Noirel ont confronté leurs expériences de dirigeant, de sportive et de spécialiste du renseignement. Leurs témoignages ont donné une place concrète à la préparation aux crises, à la santé des personnes et aux équipes qui permettent de poursuivre une activité lorsque les difficultés surviennent.
De gauche à droite : Jean-Charles Antoine-Noirel, docteur en géopolitique, ancien officier spécialisé dans le renseignement et président du cabinet Astra G, Laura Chery, de l’agence Marius, Maëlle Filopon, joueuse du Stade Toulousain, ancienne internationale de rugby et collaboratrice chez FMS, en mission chez Sopra Steria, Thomas Fantini, président du Medef Haute-Garonne et de Maison Pergo et Sandra Niot, dirigeante d’IDH Performance. (Photo Dorian Alinaghi)
Un burn-out qui transforme une manière de diriger, une blessure qui fragilise un parcours sportif, des risques géopolitiques dont les entreprises doivent mesurer les conséquences : à Serviciz, la discussion sur la résilience s’est nourrie de situations vécues. Organisée par la Commission communication du Medef Haute-Garonne, la conférence « Face à l’incertitude permanente, comment développer sa résilience ? » a été préparée et animée par Sandra Niot, dirigeante d’IDH Performance, et Laura Chery, de l’agence Marius, toutes deux membres de la commission.
Les échanges réunissaient Thomas Fantini, président du Medef Haute-Garonne et de Maison Pergo ; Maëlle Filopon, joueuse du Stade Toulousain, ancienne internationale de rugby et collaboratrice chez FMS, en mission chez Sopra Steria ; et Jean-Charles Antoine-Noirel, docteur en géopolitique, ancien officier spécialisé dans le renseignement et président du cabinet Astra G.
Maëlle Filopon apprend à ménager sa performance
Pour Maëlle Filopon, la résilience renvoie d’abord à 2024. Cette année-là, elle perd son contrat avec l’équipe de France, puis subit une blessure importante, alors que son avenir professionnel n’est pas encore sécurisé. Après la première annonce, elle espère encore poursuivre sa saison. La blessure vient compliquer cette perspective et provoque un repli sur elle-même. Sa compagne, sa famille et ses coéquipières l’accompagnent dans cette période.
La joueuse décrit aussi une habitude qu’elle considérait auparavant comme un atout : remplir chaque moment disponible d’une activité destinée à améliorer ses performances. Une soirée passée sur le canapé pouvait susciter de la culpabilité. Il fallait étudier les vidéos du prochain match, ajouter du renforcement musculaire ou travailler individuellement la technique. Avec le recul, elle estime que cette sollicitation permanente finissait par la desservir. Le repos du corps et du cerveau fait partie de la préparation, tout comme la possibilité de penser à autre chose qu’au rugby.
L’expérience acquise sur le terrain l’aide désormais à gérer ces moments. Elle prend l’exemple d’une équipe qui vient de passer vingt minutes à défendre. Une fois le ballon récupéré, la tentation est de repartir immédiatement à l’attaque. Pourtant, après une telle séquence, un temps de récupération peut permettre de retrouver la disponibilité nécessaire pour jouer. Maëlle Filopon applique cette observation à son quotidien : reconnaître une fatigue ou un surmenage, accepter de s’arrêter et reprendre dans de meilleures conditions.
Cette gestion concerne également le mental. Après une action manquée, elle utilise des phrases qui lui rappellent ses capacités physiques et mentales pour se remobiliser. Il s’agit de passer à l’action suivante sans rester enfermée dans l’erreur. L’analyse pourra intervenir après le match. Dans l’immédiat, l’enjeu est de retrouver suffisamment de concentration pour continuer à jouer.
Un épuisement qui change la manière de diriger
Thomas Fantini revient sur un burn-out survenu en 2013. Il emploie le mot « chance » pour décrire ce que cette épreuve lui a appris, a posteriori, sur sa capacité à réagir et sur l’organisation de son entreprise. Il rapproche son expérience de celle de Maëlle Filopon : lorsque les difficultés s’accumulent, le corps et l’esprit peuvent être touchés ensemble. Dans son cas, sa famille, ses amis et ses équipes ont constitué des appuis. Les salariés ont pris le relais.
Cet épisode l’a conduit à revoir sa manière de travailler. Il a confié davantage de responsabilités et d’autonomie à ses équipes, afin de pouvoir prendre du recul sur les événements et sur les décisions. La santé du dirigeant entre ainsi dans la réflexion sur la continuité de l’entreprise. La comparaison avec le sport de haut niveau, évoquée pendant la conférence, rappelle l’intensité de l’engagement entrepreneurial et la nécessité de connaître ses limites.
Interrogé sur la différence entre persévérance et entêtement, le président du Medef Haute-Garonne distingue la volonté de poursuivre un objectif de l’obstination face à une situation sans issue. L’effort reste utile lorsque des perspectives existent. Il faut aussi pouvoir accepter des renoncements. Il évoque des pertes et des décisions d’arrêt qui lui ont permis de poursuivre d’autres activités. Accepter un échec peut préserver la capacité à continuer ailleurs.
Ce recul nourrit une organisation qu’il fait évoluer avec les circonstances. Les conflits géopolitiques peuvent affecter les achats, mais aussi le moral des équipes, y compris dans une entreprise ancrée localement. Thomas Fantini insiste sur l’intérêt de rencontrer d’autres dirigeants pour découvrir leurs pratiques, trouver des solutions et se sentir accompagné. Son engagement au Medef participe de cette démarche. L’expérience des autres permet d’ajuster un fonctionnement avant que les difficultés ne s’aggravent.
Préparer les décisions avant que la crise survienne
Jean-Charles Antoine-Noirel, qui publie également une newsletter consacrée à la géopolitique sur LinkedIn, aborde la résilience par la préparation. Son image est celle du parachute : une fois sorti de l’avion, il est trop tard pour vérifier si l’équipement a été prévu. Dans l’entreprise, le travail de réflexion doit lui aussi précéder l’urgence. Lorsque la crise survient, les personnes doivent pouvoir agir avec sang-froid en s’appuyant sur des décisions déjà envisagées.
Cette préparation suppose de définir des hypothèses, des limites et des indicateurs d’alerte, puis de leur associer des conduites à tenir. « On ne peut pas tout maîtriser », rappelle-t-il. Le cadre établi en amont réduit néanmoins l’incertitude et fournit des points d’appui lorsqu’un scénario ne se déroule pas comme prévu. Plusieurs hypothèses peuvent aider à retrouver une solution après l’échec du plan initial.
Le président d’Astra G porte un regard sévère sur la volonté de certaines entreprises françaises de se préparer aux risques géopolitiques. À la question de leur niveau de préparation, il répond : « Elles ne veulent pas l’être. » Pour expliquer ce jugement, il cite l’expérience de son cabinet, dont les clients comprennent des acteurs suisses, italiens, anglo-saxons et brésiliens, ainsi que des interlocuteurs institutionnels français. Il dit rencontrer, en France, une tendance à considérer la géopolitique comme une responsabilité relevant exclusivement de l’État.
Il compare cette attitude à celle d’une entreprise qui attendrait les secours face à un malaise grave sans effectuer les premiers gestes. L’intervention extérieure ne dispense pas d’une réaction immédiate. Dans le même esprit, les crises internationales peuvent avoir des conséquences sur l’activité d’une entreprise même si celle-ci estime, au départ, ne pas être concernée. Son propos invite les dirigeants à intégrer ces risques dans leurs décisions plutôt qu’à attendre d’en subir les effets.
Des procédures pour permettre aux équipes de prendre le relais
Pour Jean-Charles Antoine-Noirel, la continuité d’une organisation dépend aussi de sa capacité à fonctionner lorsque l’un de ses responsables n’est pas disponible. Un président doit pouvoir dormir, prendre des vacances ou traverser un problème de santé. Les procédures doivent permettre à une autre personne d’assurer la fonction nécessaire. Elles doivent être suffisamment solides pour éviter les défaillances dans l’urgence, tout en conservant la souplesse indispensable à l’adaptation.
Une professionnelle de la formation et du management présente dans le public interroge cette place donnée aux procédures. Comment les équipes peuvent-elles prendre le relais si les personnes qui les composent n’ont pas elles-mêmes été accompagnées ? Il demande notamment à Thomas Fantini ce qui avait permis à ses salariés d’assumer cette responsabilité au moment de son burn-out.
Le dirigeant souligne que le travail collectif existait avant son épuisement. Il décrit une relation de proximité et insiste sur l’importance des salariés dans des métiers en tension, notamment la restauration. Son expérience lui a ensuite permis de mieux reconnaître les forces, les caractères et les différences de chacun, puis de leur donner davantage de possibilités de se valoriser. Il explique aussi ajuster le fonctionnement de ses équipes lorsqu’il perçoit qu’une personne va moins bien, en la soulageant ou en réorganisant les relais.
Jean-Charles Antoine-Noirel rappelle, pour sa part, qu’il vient du renseignement humain. Dans cette activité, les personnes sont indispensables et leur capacité d’adaptation reste centrale. Les procédures constituent cependant une architecture qui sécurise leur action. La préparation collective peut accueillir des propositions et des débats ; en pleine urgence, la multiplication des avis risque de freiner l’exécution. « L’humain est primordial », affirme-t-il, tout en insistant sur la nécessité de savoir appliquer les décisions prises en amont.
La robustesse et la résilience mises en discussion
L’intervention du public introduit également la notion de robustesse. Jean-Charles Antoine-Noirel situe celle-ci avant la crise, dans la préparation de l’organisation, et la résilience dans la capacité à s’adapter une fois l’épreuve survenue. Cette distinction permet de préciser le rôle du cadre établi à l’avance, sans supposer que celui-ci puisse couvrir toutes les situations.
Maëlle Filopon en donne une illustration avec la préparation d’un match. L’analyse vidéo et les consignes anticipent des séquences de jeu, mais le terrain impose de réagir à ce qui se présente réellement. Une équipe peut avoir prévu de dégager le ballon depuis ses 22 mètres et devoir saisir une occasion offensive. Pour la joueuse, la résilience intervient donc aussi pendant le match, dans la manière de répondre à l’adversaire ou de repartir après une erreur. L’expérience aide à reconnaître ces situations et à adapter la réponse.
Rebondir à son rythme
Les intervenants questionnent enfin les idées reçues attachées au mot résilience. Jean-Charles Antoine-Noirel défend la simplicité lorsque les situations se compliquent. « Il faut mettre des mots simples sur des actes simples », estime-t-il. Employer le terme ne suffit pas si aucune action ne suit. Thomas Fantini considère, lui, que l’adaptation est devenue une exigence permanente pour les dirigeants. « C’est le quotidien, c’est l’adaptation », résume-t-il. Elle passe notamment par la capacité à changer de fonctionnement et à s’entourer de personnes compétentes dans leurs domaines.
Maëlle Filopon conteste l’idée qu’il faudrait se relever immédiatement après une difficulté. Le temps nécessaire varie selon les personnes et les épreuves. Il peut se compter en mois, voire en années. « C’est OK, chacun son chemin », rappelle-t-elle. Les échanges ont également relativisé l’injonction à ressortir systématiquement plus fort d’un événement : parvenir à se relever peut déjà constituer une étape suffisante.
Interrogés sur les moyens de mieux se préparer, les trois témoins prolongent leurs observations. Jean-Charles Antoine-Noirel recommande de simplifier l’action et de regarder au-delà de son environnement immédiat. Thomas Fantini insiste sur l’expérience, les enseignements des échecs et les ajustements de l’organisation. Maëlle Filopon invite à identifier ses forces, ses limites et ses rythmes personnels. « Apprenez à vous connaître », conseille-t-elle. Une attention à soi qui trouve sa traduction dans le travail, l’entraînement et la manière de répartir ses efforts.
Quatorze exposants sur le pavillon du Medef
La conférence s’inscrivait dans la participation du Medef Haute-Garonne à Serviciz, salon consacré aux services aux entreprises. Tout au long de la journée, ses équipes accueillaient les acteurs économiques du territoire pour échanger sur leurs projets et présenter les expertises du réseau.
Le pavillon réunissait 14 exposants : Armonia, Banque Populaire Occitane, Bras droits des dirigeants, CPA Sud Ouest, Gembaware, GL Events – Toulouse Événements, Harmonie Mutuelle, IDH Performance, I Feel Good by BBANG, La Cité des Formations et des Apprentissages Toulouse Blagnac, Marijul RH, Mutuelle Prévifrance, Ortetis et Samsic. Leur présence permettait de poursuivre les échanges au-delà de la conférence, au contact des entreprises et des organismes rassemblés sur le stand.
