REF Santé : Toulouse face au défi de son deuxième grand pilier économique

Cancer, vieillissement, souveraineté industrielle, intelligence artificielle et santé mentale des dirigeants : pour sa première REF Santé, le Medef Haute-Garonne a réuni, mardi 22 septembre au Pathé Labège, des acteurs qui ont beaucoup à construire ensemble. Derrière la richesse scientifique du territoire, les échanges ont révélé une même urgence : donner aux innovations les moyens de devenir des traitements, des entreprises et des emplois durables. Avec une conviction partagée : aucune ambition économique ne tient longtemps sans prendre soin des personnes qui la portent.

Réunis le 22 septembre 2026 au Pathé Labège à l’initiative du Medef Haute-Garonne, chercheurs, soignants, industriels et dirigeants ont confronté leurs regards sur l’avenir de la filière santé toulousaine. (Photo Lena Fontagne)

Réunis le 22 septembre 2026 au Pathé Labège à l’initiative du Medef Haute-Garonne, chercheurs, soignants, industriels et dirigeants ont confronté leurs regards sur l’avenir de la filière santé toulousaine. (Photo Lena Fontagne)

En 2013, Thomas Fantini pensait pouvoir tout gérer. Tout décider, tout absorber, tout faire seul. Jusqu’au moment où répondre aux questions les plus simples est devenu impossible. Devant les participants à la REF Santé, le président du Medef Haute-Garonne a raconté cet épisode d’épuisement professionnel, la perte de lucidité et la découverte brutale de ses propres limites. « Pour la première fois, on se rend compte qu’on n’est pas invincible. »

Le témoignage donne une portée très concrète au sujet de l’après-midi. La santé concerne les chercheurs qui développent un traitement, les industriels qui le produisent, les soignants qui l’administrent. Elle concerne aussi celui ou celle qui, à la tête d’une entreprise, continue d’avancer sans voir l’épuisement arriver.

C’est toute l’amplitude de cette première édition organisée par le Medef Haute-Garonne au cinéma Pathé Labège, mardi 22 septembre 2026. À l’initiative de Pierre-Olivier Nau, président de Manatour et ancien président de l’organisation patronale, dirigeants, médecins, chercheurs, entrepreneurs et financeurs ont confronté leurs expériences autour d’une ambition : faire de la santé un pilier plus puissant de l’économie toulousaine, aux côtés de l’aéronautique.

Le territoire possède déjà des établissements de soins, une recherche reconnue, des entreprises innovantes et des industriels. L’enjeu est désormais de mieux les faire travailler ensemble, puis de leur permettre de grandir. Pierre-Olivier Nau assigne au Medef un rôle de « force de coalition ». Les échanges montrent à la fois la pertinence de cette ambition et les obstacles qui restent à franchir.

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Thomas Fantini, président du Medef Haute-Garonne. (Photo Laura Chery Studio Marius)

L’hôpital, acteur économique à part entière

Dès l’ouverture, Jean-François Lefebvre déplace le regard sur l’hôpital. Le directeur général du CHU de Toulouse et vice-président de la FHF Occitanie rappelle le poids économique de son établissement : 17 000 professionnels et quelque 500 millions d’euros d’achats annuels, selon les chiffres présentés. Derrière l’activité médicale se trouvent des fournisseurs, des entreprises de maintenance, des équipements, du numérique et des emplois qui irriguent le territoire.

L’attractivité se construit aussi dans les deux sens. Recruter un soignant peut dépendre des perspectives professionnelles offertes à son conjoint. Attirer un salarié dans une entreprise suppose de lui offrir un environnement où il pourra se soigner. L’économie locale et le système de santé partagent donc des intérêts beaucoup plus étroits qu’il n’y paraît.

Cette interdépendance dépasse la métropole. Jean-François Lefebvre décrit les liens du CHU avec une cinquantaine d’hôpitaux de l’ouest de l’Occitanie et l’engagement d’environ 300 médecins à temps partagé. La question est celle de l’organisation des compétences : comment faire bénéficier davantage de patients d’une expertise concentrée dans les grands centres ?

Pour Delphine Balerdi, présidente de la FHP Occitanie, la réponse engage l’ensemble des acteurs. Établissements publics, cliniques et professionnels libéraux doivent pouvoir articuler leurs interventions pour orienter les patients vers les prises en charge adaptées. Elle souligne également la fragilité économique des établissements privés et les investissements qu’exigent la qualité des soins, les bâtiments, les équipements ou la cybersécurité.

Sur ce terrain, la formation occupe une place décisive. La traiter comme une variable d’ajustement reviendrait à fragiliser les capacités de soins futures. Le paradoxe traverse les premières discussions : les possibilités médicales progressent, tandis que l’accès aux soins et les moyens nécessaires pour les délivrer demeurent sous tension.

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Delphine Balerdi, présidente de la FHP Occitanie et Jean-François Lefebvre,directeur général du CHU de Toulouse et vice-président de la FHF Occitanie. (Photo Laura Chery Studio Marius)

Cancer : rapprocher la découverte du patient

La première « pulsation », consacrée au cancer et au vieillissement, donne à voir ce que produit la rencontre entre disciplines. À l’Oncopole, explique son directeur général Jean-Pierre Delord, les progrès reposent sur des assemblages de compétences : biologie, immunologie, analyse des données, technologies et pratique clinique.

Les travaux sur les vaccins thérapeutiques personnalisés contre le cancer illustrent cette évolution. Comprendre une tumeur, caractériser ses particularités et mobiliser la réponse immunitaire suppose une coopération continue entre chercheurs et médecins. La proximité devient alors un avantage très concret : elle accélère la circulation des questions, des résultats et des projets.

Jean-Pierre Delord évoque des situations où moins de six mois peuvent séparer une découverte fondamentale de l’inclusion d’un premier patient dans une étude. Ce délai concerne l’entrée en recherche clinique, pas la mise à disposition généralisée d’un traitement. Il témoigne néanmoins de la capacité du site à rapprocher deux mondes longtemps décrits comme éloignés.

La même logique apparaît dans le parcours de SmartCatch. Sa cofondatrice et dirigeante, Aline Cerf, raconte le développement d’une technologie issue de la recherche du CNRS et nourrie par les échanges avec les cliniciens et les biologistes. SmartCatch utilise la microfiltration pour capturer des cellules tumorales circulantes. Cette approche relève de la biopsie liquide, qui exploite les informations présentes dans les fluides biologiques, notamment le sang, pour mieux caractériser les cancers et contribuer à leur suivi.

L’intérêt est de compléter les outils dont disposent les équipes médicales. Mais entre une technologie prometteuse et son utilisation à plus grande échelle s’intercalent des étapes exigeantes : validation, réglementation, financement, industrialisation et accès aux marchés. Aline Cerf souligne le rôle de l’hébergement initial au sein de l’Institut universitaire du cancer : le contact direct avec les équipes médicales a permis d’orienter les produits en fonction des besoins. Un laboratoire commun prolonge cette coopération. La proximité avec les chercheurs et les soignants ne règle cependant pas, à elle seule, le financement de la croissance.

Benjamin Pradère, chirurgien urologue au sein de Ramsay Santé, apporte un autre éclairage : la recherche clinique peut aussi se développer dans les établissements privés, en lien avec les équipes universitaires et les entreprises. Son expérience toulousaine souligne l’intérêt d’une circulation des compétences entre secteurs. Pour le patient, l’enjeu reste l’accès à l’innovation, quel que soit le statut de l’établissement où il est pris en charge.

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Sur scène de gauche à droite : Jean-Pierre Delord, directeur général de l’Oncopole de Toulouse, Benjamin Pradère, chirurgien urologue à Ramsay Santé, Bruno Vellas, professeur, président et fondateur de l’IHU HealthAge, Aline Cerf, CEO et cofondatrice de SmartCatch et Emilie Royère, directrice générale d’Eurobiomed. (Photo Laura Chery Studio Marius)

Vieillir mieux : déplacer l’effort vers la prévention

Avec Bruno Vellas, président et fondateur de l’IHU HealthAge, la discussion change d’horizon. L’objectif est de préserver les capacités qui permettent de vivre de façon autonome : continuer à se déplacer, à interagir, à agir au quotidien.

Le professeur défend une approche davantage tournée vers la prévention et le repérage précoce des fragilités. Il présente notamment ICOPE, programme de l’Organisation mondiale de la santé déployé en France sous l’impulsion des équipes toulousaines. Bruno Vellas fait état de 150 000 personnes suivies de façon numérique en France, avec l’objectif d’atteindre 2 millions. L’enjeu est de détecter suffisamment tôt une évolution des capacités pour organiser une réponse adaptée.

Cette approche demande de revoir l’organisation du système. Repérer une baisse de capacité n’a d’intérêt que si une réponse peut suivre. Les outils numériques doivent donc s’inscrire dans des parcours associant professionnels de santé, acteurs de proximité et personnes concernées.

Bruno Vellas évoque aussi les recherches sur l’âge biologique et les mécanismes du vieillissement. Mieux les mesurer et les comprendre pourrait ouvrir de nouvelles voies de prévention et de traitement. Ces perspectives restent un chantier scientifique. Elles posent néanmoins une question économique immédiate : quelle place donner à la prévention dans un système dont une grande partie des ressources est mobilisée une fois la maladie installée ? Préserver l’autonomie plus longtemps modifierait aussi les besoins d’accompagnement, les activités et la consommation, avec des conséquences pour la nutrition, l’assurance, les services et les biotechnologies.

Des entreprises prometteuses, mais un parcours de croissance à bâtir

Toulouse dispose d’une chaîne de compétences particulièrement riche. Émilie Royère, directrice générale d’Eurobiomed, en souligne la diversité, de la recherche aux activités cliniques, des jeunes entreprises aux industriels et à la bioproduction.

Cette densité ne garantit pourtant pas la réussite des prochaines étapes. « On a besoin d’avoir une stratégie de filière forte », insiste-t-elle. Une jeune société peut démarrer dans un laboratoire, puis rencontrer des difficultés lorsqu’elle cherche des locaux adaptés, des équipements ou un site pour développer sa production.

Incubateurs spécialisés, pépinières, hôtels d’entreprises, foncier industriel : il faut penser un parcours complet. Sans cette continuité, un territoire peut faire émerger des innovations sans parvenir à accueillir durablement les activités économiques qui en découlent.

Le financement suit la même logique. Les besoins changent lorsque l’entreprise passe de la preuve scientifique à la validation clinique, puis à l’industrialisation et à la commercialisation. Les ressources nécessaires augmentent, alors que les délais restent longs et les risques élevés. La coopération locale doit donc se prolonger par une capacité à mobiliser des capitaux et des partenaires au-delà du territoire.

Souveraineté sanitaire : décider ce qu’il faut savoir produire

La deuxième « pulsation » pose une question volontairement directe : la souveraineté industrielle et sanitaire est-elle un mythe ou une réalité à Toulouse ? Les réponses invitent d’abord à préciser ce que recouvre le mot.

Dominique Carlac’h, vice-présidente d’AGBi, met en garde contre une vision limitée au repli national. Les entreprises évoluent dans des chaînes de valeur et des rapports de force mondiaux. La souveraineté suppose de savoir identifier les dépendances critiques, préserver certaines capacités et construire des coopérations solides.

Éric Ducournau, directeur général de Pierre Fabre et membre du G5 Santé, distingue pour sa part plusieurs enjeux : l’accès aux soins de proximité, la disponibilité de produits essentiels et la capacité à développer des innovations de premier plan. Ces objectifs ne mobilisent ni les mêmes moyens ni les mêmes politiques.

Il cite un exemple concret : le rapatriement à Gaillac, depuis l’Allemagne, de la production d’un principe actif destiné à un médicament contre le cancer. Une décision industrielle de ce type engage des investissements, des compétences et une visibilité suffisante sur l’avenir.

Or les rythmes se heurtent. La recherche pharmaceutique s’inscrit sur de longues années, alors que les décisions budgétaires et les règles peuvent évoluer beaucoup plus vite. Les intervenants réclament une stabilité permettant de financer, de recruter et d’investir avec un horizon cohérent avec celui de leurs activités.

La comparaison avec un « Airbus de la santé » trouve ici ses limites. Éric Ducournau rappelle que l’industrie pharmaceutique affronte une multitude de concurrents et de marchés. L’expérience aéronautique peut inspirer la structuration d’une filière ; son modèle ne se transpose pas mécaniquement.

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Dominique Carlac’h, vice-présidente d’AGBi et Eric Ducournau, CEO de Pierre Fabre et membre du G5 Santé. (Photo Laura Chery)

Antibiotiques : quand l’utilité médicale se heurte au modèle économique

Le cas d’Antabio rend particulièrement visible la difficulté du financement. Son président fondateur, Marc Lemonnier, reconnaît l’efficacité des dispositifs français pour accompagner les premières étapes d’une entreprise issue de la recherche. Les difficultés s’accentuent lorsque les besoins atteignent plusieurs dizaines de millions d’euros.

Dans les antibiotiques, un obstacle supplémentaire apparaît : les nouveaux traitements doivent être utilisés avec discernement, alors que les revenus du développeur dépendent traditionnellement des volumes vendus. Le besoin de santé publique et les incitations économiques peuvent ainsi se contredire.

Marc Lemonnier défend une évolution de ce modèle. Il cite l’approche britannique de l’abonnement, qui consiste à rémunérer la disponibilité de certains antibiotiques plutôt que leur seule consommation. Son argument est clair : demander aux investisseurs de prendre davantage de risques ne suffit pas si le marché lui-même ne permet pas de valoriser correctement l’innovation.

Le consortium ARPEGE, qui associe Antabio, bioMérieux, les Hospices civils de Lyon et Toulouse School of Economics, illustre également la nécessité de croiser les approches : développer un traitement, améliorer le diagnostic, prendre en compte les pratiques hospitalières et travailler sur les conditions économiques de son utilisation.

Les différences d’appréciation sur le rôle de l’argent public donnent du relief au débat. Éric Ducournau insiste sur la responsabilité des acteurs privés dans la prise de risque entrepreneuriale. Marc Lemonnier souligne les situations où une intervention publique est nécessaire pour corriger un fonctionnement économique défaillant. La question est donc aussi de savoir à quel endroit intervenir pour rendre l’investissement possible.

Financer les étapes, conserver les compétences

Carole Gautier, directrice du développement et du Pôle innovation de la Caisse d’Épargne Midi-Pyrénées, replace le rôle des financeurs dans cette succession d’étapes. Le capital qui permet de prendre un risque scientifique n’obéit pas aux mêmes critères que le financement bancaire d’une activité disposant de revenus plus prévisibles.

Il faut organiser la complémentarité entre aides, investisseurs et banques. Pour une entreprise qui souhaite industrialiser, des contrats et une visibilité commerciale peuvent changer les conditions du financement. La continuité des ressources compte autant que l’existence de dispositifs pris séparément.

Reste une autre ressource, plus difficile à reconstituer : les compétences. Techniciens, opérateurs, ingénieurs, spécialistes de la qualité ou des données sont indispensables au développement des activités. Éric Ducournau insiste notamment sur les besoins de formation liés à la chimie et à la production.

« Les compétences, c’est notre bien le plus précieux », résume Marc Lemonnier. Lorsqu’une équipe de recherche ou un site industriel disparaît, des savoir-faire collectifs se dispersent avec lui. Reconstruire des bâtiments ne suffit pas à les retrouver. La souveraineté se joue donc aussi dans la formation et la transmission, bien avant une décision de relocalisation.

Les témoignages vidéo de Pascal Descargues, fondateur de Genoskin, et d’Alexis Delbaere, dirigeant de Cell-Easy, donnent une autre dimension à ces enjeux. Le premier présente l’utilisation d’échantillons de peau humaine maintenus vivants pour évaluer des produits. Le second expose les exigences de la fabrication des thérapies cellulaires et la nécessité d’en réduire les coûts. Dans les deux cas, l’innovation dépend de sa reproductibilité, de sa qualité et de sa capacité à devenir accessible.

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Carole Gautier, directrice du développement et du Pôle innovation de la Caisse d’Épargne Midi-Pyrénées et Marc Lemonnier, président fondateur d’Antabio. (Photo Laura Chery Studio Marius)

Intelligence artificielle : la valeur se mesure dans l’usage

Avec Jean-Louis Fraysse, cofondateur de BOTdesign, et Carole Zisa-Garat, dirigeante de Telegrafik, les « battements croisés » explorent le rôle du numérique dans la santé de demain. Aide au diagnostic, recherche clinique, prévention, suivi à domicile : les possibilités sont nombreuses, mais leur utilité dépend de leur intégration au travail des professionnels et à la vie des patients.

Jean-Louis Fraysse insiste sur la place du contrôle humain. L’intelligence artificielle doit soutenir les décisions sans provoquer une perte de compétences chez ceux qui l’utilisent. La formation, la compréhension des limites des outils et la protection des données font partie du développement lui-même.

Il présente également les travaux sur les patients artificiels, construits à partir de données de patients réels pour contribuer à la recherche clinique. Ces méthodes ouvrent des possibilités, tout en exigeant une validation scientifique et un cadre d’évaluation adapté. Leur développement demande donc un travail conjoint entre entreprises, chercheurs et autorités sanitaires.

Les échanges sur les solutions destinées à l’autonomie et au maintien à domicile rendent l’exigence très concrète. Détecter une situation inhabituelle ou émettre une alerte ne suffit pas : encore faut-il qu’une personne puisse intervenir. L’acceptation par les usagers, la fiabilité du service et l’organisation de la réponse conditionnent la valeur de la technologie.

La réglementation, la cybersécurité et la gestion des données représentent par ailleurs des coûts importants pour les entreprises. Leur capacité à mutualiser certaines fonctions peut peser dans leur développement. Là encore, le passage à l’échelle dépend autant de l’organisation et des moyens que de la performance technique.

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Jean-Louis Fraysse, cofondateur de BOTdesign et Carole Zisa-Garat, CEO de Telegrafik. (Photo Laura Chery Studio Marius)

Santé mentale : ce que les dirigeants taisent encore

L’atelier animé par l’avocate Margaux Piantoni revient à une réalité plus intime : l’état de santé de ceux qui portent les entreprises. La solitude dans la décision, la responsabilité des équipes et l’accumulation des contraintes peuvent s’installer sans être nommées.

Noah Lettinger, d’ESCadrille, présente les résultats d’une enquête menée auprès de jeunes dirigeants. Les répondants évaluent en moyenne leur santé mentale à 6,3 sur 10. Plus des trois quarts déclarent qu’elle a un impact sur leur fonctionnement quotidien. Et plus de 47 % disent avoir déjà vécu un burn-out ou se sentir à risque. Ce dernier chiffre rassemble deux situations différentes ; il ne correspond pas à une proportion de diagnostics médicaux. Les résultats décrivent les répondants à l’étude, sans pouvoir être étendus à l’ensemble des chefs d’entreprise.

Le témoignage de Sonia Paulhe, codirectrice de la Maison de la Peinture, donne un visage à ces difficultés. Absente, elle a autorisé Margaux Piantoni à relater son expérience. L’avocate raconte l’accumulation de fatigue et les alertes devenues impossibles à entendre. Jusqu’à cet épisode où la dirigeante tourne pendant une heure sur le parking de son lieu de travail sans parvenir à se garer pour rejoindre son poste.

De son propre épuisement, Thomas Fantini retient l’apprentissage de la délégation et de la confiance envers ses équipes. Parler de son épuisement l’a aidé à avancer, malgré les réticences suscitées à l’époque par cette parole publique.

Olivier Leprêtre, préparateur mental du Stade Toulousain, apporte le regard du sport de haut niveau. La recherche de performance exige des temps de récupération et une attention aux motivations profondes. « La récupération fait partie de l’entraînement », rappelle-t-il. Préserver une vie en dehors de son rôle professionnel contribue aussi à ne pas laisser toute son identité dépendre des résultats.

Céline Bon, présidente de Prevaly, présente les possibilités d’accompagnement des dirigeants, notamment avec le dispositif ADELE. L’enjeu est de rendre le recours à l’aide plus précoce. L’atelier doit également trouver un prolongement : un rendez-vous du Comex 40 est annoncé pour le 25 novembre, afin de travailler sur des réponses concrètes.

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Olivier Leprêtre, préparateur mental du Stade Toulousain et Céline Bon, directrice d'Acope Services à domicile et présidente de Prevaly. (Photo Laura Chery Studio Marius)

Une ambition qui doit maintenant trouver ses moyens

Dans un message enregistré, Philippe Douste-Blazy, ancien ministre de la Santé et président de la Fondation Toulouse Cancer Santé, replace les échanges dans une perspective plus longue. Il rappelle l’importance des liens entre recherche, soins et entreprises, ainsi que la nécessité de mieux financer le passage des découvertes à leurs applications. « Il n’y a pas de recherche clinique sans recherche fondamentale », souligne-t-il.

En clôture, Thomas Fantini confirme la place qu’il entend donner à la santé dans son mandat. Le Medef Haute-Garonne veut contribuer à rendre les acteurs plus visibles, faciliter leurs relations et accompagner le développement de cette filière aux côtés de l’aéronautique. Il relaie aussi les demandes exprimées pendant l’après-midi : davantage de visibilité, une formation adaptée et des conditions permettant d’investir sur la durée.

Cette première REF Santé a ainsi fait apparaître un agenda précis. Donner aux jeunes entreprises des lieux pour grandir. Relier les financements entre eux. Préserver les compétences industrielles. Faire circuler les connaissances entre établissements. Intégrer la prévention et la santé mentale aux décisions économiques.

Toulouse possède déjà une grande partie des acteurs nécessaires. La suite se mesurera dans les projets qu’ils parviendront à conduire ensemble : un traitement qui avance, une production qui s’installe, une entreprise qui franchit une étape, un dirigeant qui demande de l’aide avant de s’effondrer. C’est dans ces résultats que l’ambition d’un deuxième grand pilier économique prendra corps.

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Philippe Douste-Blazy, ancien maire de Toulouse, ancien ministre de la Santé et président de la Fondation Toulouse Cancer Santé. (Photo Laura Chery Studio Marius)

 

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