À Toulouse, 160 000 euros réunis contre le cancer et sept chercheurs distingués

Réunis le 17 septembre 2026 aux Espaces Vanel, 400 acteurs économiques, décideurs et partenaires ont participé au dîner de gala de la Fondation Toulouse Cancer Santé. La soirée a permis de collecter 160 000 euros, un record annoncé par la Fondation, et d’honorer sept scientifiques lors de la deuxième édition de ses Prix de la Recherche. Résistance aux traitements, réparation de l’ADN, immunité ou exposition aux pesticides : le palmarès témoigne de la diversité des travaux soutenus à Toulouse.

Sept chercheurs distingués lors de la deuxième édition de ses Prix de la Recherche. (Photo Fondation Toulouse Cancer)

Sept chercheurs distingués lors de la deuxième édition de ses Prix de la Recherche. (Photo Fondation Toulouse Cancer)

Le financement de la recherche en cancérologie se construit aussi dans les liens avec le monde économique. À Toulouse, le dîner de gala annuel de la Fondation Toulouse Cancer Santé en a donné une illustration, le 17 septembre, avec 400 participants réunis aux Espaces Vanel. Organisée depuis 2021 par les Entrepreneurs Haute-Garonne, en partenariat avec le Medef Haute-Garonne, son Comex40 et l’UIMM Occitanie, cette rencontre a permis de réunir 160 000 euros au bénéfice des projets accompagnés par la Fondation.

Ce rendez-vous a également accueilli la deuxième cérémonie des Prix de la Recherche, destinée à faire connaître les scientifiques derrière les avancées de la cancérologie toulousaine. Aux distinctions consacrées aux carrières, à l’innovation et aux thèses s’est ajouté un prix exceptionnel, décerné à l’occasion des vingt ans de la Fondation.

Donner un visage aux travaux de recherche

La Fondation sélectionne et finance chaque année, par appel à projets, des recherches en cancérologie. Avec ces prix, elle entend également reconnaître les parcours et le travail des équipes.

« La recherche toulousaine en cancérologie doit beaucoup à tous ceux qui la soutiennent et lui donnent les moyens de financer des projets de recherche innovants. Mais elle est aussi le fruit du travail, de l’engagement et de l’excellence des chercheurs qui lui consacrent leur existence. La cérémonie des Prix de la Recherche met des noms et des visages sur les succès et les avancées de notre combat contre le cancer », déclare son directeur, le Pr Gilles Favre.

Pour Philippe Douste-Blazy, président de la Fondation, cette reconnaissance permet aussi d’éclairer le sens du mécénat : « Qui mieux que ces chercheurs de grand talent pour incarner la recherche et donner tout son sens à l’engagement fidèle de nos partenaires dans la lutte contre le cancer ? »

Jean-Emmanuel Sarry distingué pour les vingt ans de la Fondation

Attribué en marge du palmarès officiel à l’initiative de Gilles Favre, le Prix Spécial 20 ans de la Fondation Toulouse Cancer Santé revient à Jean-Emmanuel Sarry. Chercheur principal en hémato-oncologie et métabolisme à l’Inserm, il dirige l’équipe METAML au Centre de recherches en cancérologie de Toulouse (CRCT).

Arrivé à Toulouse en 2010, après un postdoctorat à l’Université de Pennsylvanie, il a bénéficié d’un accompagnement régulier de la Fondation, qui a financé plusieurs de ses projets. Ses recherches portent sur la contribution du métabolisme cellulaire à la résistance aux traitements et aux rechutes chez les patients atteints de leucémies aiguës myéloïdes.

Auteur de plus de 107 publications scientifiques et intervenant dans de nombreuses conférences médicales internationales, le chercheur compte déjà plusieurs distinction dont le Grand prix Guy Lazorthes en 2022, un Prix d’Excellence de l’Université de Toulouse en 2017, le Prix Gallet & Breton de l’Académie nationale de médecine en 2016, ainsi qu’une distinction « Best of Oral Session » en 2009, lors d’un congrès de l’American Society of Hematology à La Nouvelle-Orléans.

Manuel Rodriguez, de la recherche sur les protéines à la création d’entreprise

Le Grand Prix de la Recherche en Cancérologie, parrainé par la Fondation StellaGroup, récompense Manuel Rodriguez, directeur de recherche au CNRS au Laboratoire de chimie de coordination de Toulouse (LCC-CNRS). Cette distinction salue une carrière ayant contribué à faire progresser la prise en charge des patients.

Membre de l’équipe M, « Dendrimères et petites molécules thérapeutiques », le scientifique étudie les modifications des protéines après leur fabrication, notamment celles liées à l’ubiquitination. Ces mécanismes interviennent dans leur stabilité, leur localisation et leur fonction, y compris pour des protéines impliquées dans les cancers.

Installé à Toulouse en 2015, Manuel Rodriguez travaille sur l’ubiquitination et la résistance aux médicaments anticancéreux. Ses recherches portent également sur la dégradation ciblée des protéines, à travers des approches telles que les PROTAC et les AUTOTAC. Son parcours comprend plus de 130 publications et plusieurs brevets.

Il est aussi cofondateur et directeur scientifique de BMolecular, implantée au Centre Pierre Potier, à Toulouse. L’entreprise développe des outils moléculaires destinés à la recherche sur le cancer. Cette activité lui a valu le Prix de la création d’entreprise 2022 de Toulouse Tech Transfer.

Aline Marnef récompensée pour ses travaux sur la réparation de l’ADN

Parrainé par les Laboratoires Pierre Fabre, le Prix de l’Innovation & de la Recherche est attribué à Aline Marnef, chercheuse au CNRS, pour ses travaux sur l’origine des R-loops impliqués dans la réparation de l’ADN. Ce prix distingue des recherches susceptibles de déboucher sur une innovation importante pour la prise en charge des cancers.

Au Centre de biologie intégrative (CBI), au sein de l’équipe « Chromatine et réparation de l’ADN » dirigée par Gaëlle Legube, Aline Marnef étudie les mécanismes de réparation des cassures double brin de l’ADN, désignées par l’acronyme DSB. Ces lésions menacent l’intégrité du génome et peuvent contribuer à l’apparition de cancers.

La chimiothérapie et la radiothérapie exploitent cette vulnérabilité en augmentant ces cassures pour détruire les cellules cancéreuses. Comprendre leur réparation constitue donc un enjeu à la fois pour expliquer l’origine de la maladie et pour améliorer les traitements. La chercheuse a contribué à 14 articles scientifiques.

Carlos Gomez-Roca : mobiliser l’immunité intestinale contre les métastases

Le Prix de la Thèse en cancérologie, soutenu par TotalEnergies et le Groupe GB, distingue quatre chercheurs ou médecins en formation pour la qualité scientifique et l’originalité de leurs travaux.

Parmi eux, Carlos Gomez-Roca, oncologue à l’IUCT-Oncopole, spécialiste des essais cliniques précoces et du développement de médicaments, est également chercheur au CRCT. Son prix, parrainé par TotalEnergies, récompense sa thèse intitulée « Effet anti-métastatique à distance des lymphocytes du système immunitaire associé à la muqueuse intestinale dans des modèles murins et chez l’être humain ».

Menés dans l’équipe T2I – Immunité anti-tumorale, codirigée par Maha Ayyoub et Jean-Pierre Delord, ses travaux montrent que certains lymphocytes intestinaux, les T CD8+ α4β7+, peuvent rejoindre les métastases hépatiques du cancer colorectal, y exercer une activité antitumorale et améliorer la réponse à l’immunothérapie.

Ces résultats ouvrent des perspectives pour utiliser ces cellules comme biomarqueurs. Ils suggèrent également que leur mobilisation à des fins thérapeutiques pourrait contribuer à mieux contrôler les métastases, particulièrement dans les cancers colorectaux.

Jorge Honles Melara : cartographier l’exposition aux pesticides au Pérou

Médecin et épidémiologiste spécialisé dans les méthodologies statistiques, Jorge Honles Melara reçoit un prix parrainé par le Groupe GB pour sa thèse « Modélisation du risque de pollution par les pesticides à petite échelle géographique et relation avec la santé humaine : cas du Pérou ».

Ses recherches associent méthodes géospatiales et intelligence artificielle afin d’étudier la dispersion des pesticides et ses relations avec la répartition du risque de cancer. Elles s’appuient sur un cadre spatial national à haute résolution, avec un intérêt particulier pour les régions andino-amazoniennes.

L’objectif est notamment d’identifier les territoires où agir en priorité et d’aider à construire des politiques de régulation et de surveillance du cancer. La méthode proposée pourrait être transposée à d’autres zones géographiques et à d’autres expositions complexes, pour mieux comprendre et prévenir les cancers d’origine environnementale.

Ces travaux ont été conduits dans l’équipe CHIPS, codirigée par Agnès Aubouy et Valérie Jullian, au laboratoire PHARMADEV de l’Institut de recherche pour le développement (IRD).

Hussein Hamze : comprendre les premières étapes de fabrication des ribosomes

Également soutenu par le Groupe GB, le prix attribué à Hussein Hamze distingue sa thèse « Étude structurale et fonctionnelle des étapes précoces de la synthèse de la grande sous-unité ribosomique eucaryote ».

Chercheur postdoctoral dans l’équipe EUKARIBIO, dirigée par Yves Henry au CBI de Toulouse, il travaille sur la biogenèse des ribosomes. Ce processus permet la fabrication des structures responsables de la synthèse des protéines et joue, à ce titre, un rôle central dans la croissance cellulaire. Son dérèglement intervient dans la transformation tumorale et la progression des cancers.

Sa thèse a permis d’identifier de nouveaux mécanismes moléculaires à l’œuvre dans les toutes premières étapes de cette fabrication. Il a mené ces recherches au sein de l’équipe EUKARIBIO – Biogenèse du ribosome, codirigée par Yves Henry et Anthony Henras, au CBI.

Léa Goupille : explorer le métabolisme des leucémies résistantes

Quatrième lauréate du Prix de la Thèse, Léa Goupille est titulaire d’un doctorat en cotutelle entre l’Université de Toulouse et l’École nationale vétérinaire de Toulouse (ENVT). Parrainée par le Groupe GB, sa distinction récompense sa thèse « Impact du régime cétogène dans les résistances thérapeutiques des Leucémies Aigües Myéloïdes mutées pour FLT3-ITD ».

Malgré les progrès des traitements, les leucémies aiguës myéloïdes (LAM) restent marquées par un risque élevé de rechute. La chercheuse a étudié la possibilité de modifier le métabolisme des cellules tumorales pour les rendre plus sensibles aux thérapies ciblées. Son approche porte sur leurs ressources énergétiques, notamment à travers un régime cétogène, riche en lipides et pauvre en glucides.

Ces travaux ont été réalisés entre l’ENVT et le CRCT, au sein de l’équipe METAML de Jean-Emmanuel Sarry, sous l’encadrement de Fanny Granat (CRCT/ENVT) et Nathalie Bourges-Abella (ENVT). Léa Goupille a également obtenu le Prix Kerner, qui reconnaît la capacité des jeunes chercheurs à rendre leurs travaux en cancérologie accessibles au public.

Vingt ans de soutien à la recherche toulousaine

Créée sous l’impulsion de Philippe Douste-Blazy et reconnue d’utilité publique en 2006, la Fondation Toulouse Cancer Santé finance les projets de la communauté scientifique toulousaine, particulièrement sur le site de l’Oncopole. Elle accompagne aussi bien la recherche fondamentale que les travaux interdisciplinaires et les projets susceptibles d’avoir un impact sur la maladie, avec pour objectif la guérison des patients.

Ses appels à projets permettent notamment de financer des chaires d’excellence, de jeunes chercheurs et des plateformes technologiques. Un conseil scientifique international expertise ses actions et les projets soutenus.

Depuis janvier 2024, sa direction est assurée par le Pr Gilles Favre, directeur scientifique de l’Oncopole Claudius Regaud et ancien directeur du CRCT. Les 160 000 euros collectés lors du gala viennent alimenter cet effort de financement, tandis que le palmarès met en lumière les équipes qui le traduisent en travaux de recherche.

A lire aussi