Les 20 et 21 juin 2026, Amnesty International France tiendra son Assemblée générale nationale au Centre de congrès Pierre Baudis, à Toulouse. Un rendez-vous démocratique interne, mais aussi un temps de mobilisation ouvert sur la ville, dans un contexte mondial que l’ONG décrit comme un changement d’époque, marqué par la peur, l’instabilité, la violence et l’affaiblissement du droit international. Co-secrétaire du groupe Amnesty International de Toulouse, Thierry Galvez insiste sur la nécessité de “résister”, d’informer avec rigueur et de replacer les droits humains au cœur des décisions politiques, citoyennes et économiques.
Au centre : Anne Savinel-Barras, présidente d’Amnesty International France. (Photo Amnesty International France)
Toulouse deviendra, le temps d’un week-end, un point de ralliement national pour les défenseurs des droits humains. Les 20 et 21 juin 2026, Amnesty International France organisera son Assemblée générale nationale au Centre de congrès Pierre Baudis, un rendez-vous qui réunira plusieurs centaines de militantes et militants venus de toute la France, en présentiel comme à distance. Pour l’organisation, l’événement revêt une importance particulière : il s’agit à la fois d’un temps de débat interne, d’orientation stratégique, d’élection de ses instances, mais aussi d’un moment de visibilité publique dans une ville où la vie associative et militante occupe une place importante.
Pour Anne Savinel-Barras, présidente d’Amnesty International France, le moment dépasse largement le seul cadre associatif. L’organisation estime que la situation mondiale actuelle marque “un changement d’époque”, avec l’entrée dans “une nouvelle ère faite de peur, d’instabilité et de violence”. Dans cette lecture, Amnesty International alerte sur la remise en cause de ce qui a été construit depuis près de 80 ans, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale : les mécanismes internationaux de protection des droits, de la paix et de la sécurité. “Des dirigeants prédateurs cherchent à détruire les fondements des droits humains et les fondements du droit international”, prévient Anne Savinel-Barras, en citant notamment Donald Trump, Benjamin Netanyahou et Vladimir Poutine, accusés de prendre pour cible les populations civiles, de multiplier les discriminations, de creuser les inégalités, de détruire la planète et d’étendre l’impunité.
Pour Thierry Galvez, co-secrétaire du groupe Amnesty International de Toulouse, cette Assemblée générale est d’abord “un moment important de la vie démocratique” de l’organisation. “Nous sommes un grand mouvement, une grosse ONG, et toutes les décisions stratégiques, les décisions de positionnement et d’orientation passent aussi par une vie démocratique. Les membres prennent part à cette vie démocratique, notamment par le vote de résolutions”, explique-t-il. À Toulouse, la section française d’Amnesty International devra ainsi débattre de son cadre stratégique, dans un contexte international et national jugé particulièrement préoccupant.
Une Assemblée générale pour décider des orientations d’Amnesty International France
L’Assemblée générale d’Amnesty International France change chaque année de ville. Pour 2026, le choix de Toulouse répond à la candidature portée par les équipes locales. “C’est une grande ville, avec une richesse de la vie militante et des infrastructures importantes. Cela donne de la visibilité à la ville, mais aussi au mouvement dans la ville”, souligne Thierry Galvez.
Le rendez-vous toulousain doit permettre aux membres de l’ONG de débattre de la situation des droits humains en France et dans le monde, mais aussi de déterminer les moyens d’action à privilégier pour les années à venir. Le programme prévoit notamment une conférence intitulée “Orienter notre stratégie pour entrer en résistance”, avec des représentantes d’Amnesty International Espagne, Royaume-Uni et Tunisie. Une table ronde sera également organisée sur le thème “Quand l’État de droit est attaqué : comment s’opère la bascule, comment résister ?”, en présence de Magali Fourcade, secrétaire générale de la Commission nationale consultative des droits de l’Homme, et de Wiem Pousse, directrice générale d’Amnesty International Tunisie.
Pour Thierry Galvez, la période impose à l’organisation de conjuguer vision de long terme et capacité de réaction rapide. “Nous avons besoin d’un cadre stratégique parce qu’il faut une vision à long terme pour aller tous dans la même direction. Mais nous avons aussi besoin de beaucoup de flexibilité, parce que le monde va vite”, analyse-t-il. Cette réflexion s’inscrit dans un contexte que la présidente d’Amnesty International France qualifie de particulièrement grave. Sous l’influence de dirigeants considérés comme des “prédateurs” des droits humains, les pratiques autoritaires se propagent à travers le monde, y compris dans des pays de tradition démocratique. “La France ne fait pas exception”, alerte Anne Savinel-Barras, qui évoque, à un an d’une échéance électorale décisive, des “signes avant-coureurs d’une bascule possible vers des pratiques autoritaires”. Face à ce moment “historique” et “extrêmement difficile”, Amnesty International France entend faire le choix de la mobilisation, de la résistance et de l’action. “Nous avons besoin d’être préparés, d’avoir des éléments solides pour contrecarrer tout cela et résister. L’orientation, c’est résister, défendre nos droits et libertés et travailler à un monde plus juste et solidaire, pour nous et pour les générations futures”, résume Thierry Galvez.
À Toulouse, une vie militante dynamique mais traversée par le doute
Au-delà du cadre institutionnel de l’Assemblée générale, Amnesty International France entend aussi mesurer la vitalité de l’engagement citoyen. À Toulouse, Thierry Galvez observe une vie militante active, nourrie par des manifestations, des événements culturels engagés et un tissu associatif dense. “Il y a une émulsion, une envie de résister à des choses qui se passent”, constate-t-il. Mais cette mobilisation s’accompagne aussi, selon lui, d’un sentiment d’impuissance chez certains citoyens.
“Les personnes ont parfois l’impression que le militantisme ou les actions ne sont pas suffisamment significatifs pour agir dans un monde qui, selon eux et selon nous aussi, va dans une mauvaise direction”, poursuit-il. C’est dans cet espace de doute qu’Amnesty International entend jouer un rôle : produire une information documentée, fondée sur des enquêtes, des rapports et des faits vérifiés, loin de l’immédiateté des réseaux sociaux. “Nous écrivons des rapports, nous menons des enquêtes. Dans les conflits, nous cherchons à avoir des éléments solides, très factuels. C’est aussi ce qui manque parfois dans les réseaux sociaux, où l’information est très rapide, très courte, et où l’on ne sait plus toujours si c’est vrai ou faux”, estime le représentant toulousain de l’ONG.
Ce travail d’enquête et de plaidoyer est, selon lui, indissociable d’une mobilisation citoyenne forte. Amnesty International France revendique ainsi une méthode qui associe la documentation des violations des droits humains, l’interpellation des décideurs politiques et l’action locale des militants.
Droits de manifester, liberté d’expression, surveillance : les inquiétudes françaises
À l’approche des élections de 2027, Amnesty International France souhaite replacer les droits humains dans le débat public. L’organisation indique ne pas analyser les partis politiques en tant que tels, mais les programmes, les mesures proposées et leurs conséquences potentielles sur les libertés fondamentales. Thierry Galvez cite plusieurs sujets d’inquiétude : les violences policières, le droit de manifester, la liberté d’expression, la liberté d’information ou encore la vidéosurveillance algorithmique.
“Une manifestation est un droit, ce n’est pas un privilège. L’État doit protéger la tenue d’une manifestation, pas l’interdire au titre de la sécurité”, rappelle-t-il. À Toulouse, Amnesty International a notamment observé des tensions autour de la liberté d’expression, citant la censure d’une exposition de Médecins Sans Frontières sur Gaza comme un signal jugé préoccupant. L’ONG estime que la sécurité ne doit pas devenir un argument systématique pour restreindre les libertés publiques.
Autre sujet de vigilance : la vidéosurveillance algorithmique. Amnesty International avait déjà alerté sur ces dispositifs lors des Jeux olympiques. À Toulouse, Thierry Galvez évoque une délibération municipale récente visant à expérimenter ce type d’outil. “Nous pensons que les mairies ne sont pas forcément formées aux conséquences que peut avoir l’utilisation de la vidéosurveillance algorithmique sur les droits humains, ni aux biais et discriminations qui peuvent exister derrière”, explique-t-il. Le groupe local d’Amnesty International a déjà mené des actions de sensibilisation et de plaidoyer sur ce sujet, en organisant notamment une table ronde avec des acteurs concernés.
Rendre concrets des combats parfois perçus comme lointains
L’un des défis majeurs d’Amnesty International reste de mobiliser localement sur des crises internationales qui peuvent sembler éloignées du quotidien des citoyens. Thierry Galvez le reconnaît : les violations des droits humains commises dans d’autres pays peuvent parfois paraître abstraites. Mais l’enjeu, selon lui, est précisément de montrer les dynamiques à l’œuvre. “On peut se dire que cela se passe dans tel ou tel pays, mais jamais en France. Or il faut regarder la dynamique. Si l’on accepte des comportements de dirigeants qui sont indifférents au droit international, il existe un risque que cela donne aussi des idées ailleurs”, avertit-il.
Pour Amnesty International, la solidarité internationale n’est donc pas seulement une affaire morale. Elle permet aussi de rappeler aux États leurs propres engagements et d’éviter une banalisation progressive des atteintes aux libertés. “Il ne faut pas attendre que cela nous impacte directement pour agir. La meilleure façon d’agir, c’est de se mobiliser, d’alerter au plus tôt”, insiste Thierry Galvez. À ses yeux, l’érosion des droits n’intervient pas toujours brutalement. Elle peut s’installer par petites étapes, jusqu’au moment où il devient plus difficile de réagir.
Cette logique sera au cœur de la programmation toulousaine. La présence de responsables d’Amnesty International Espagne, Royaume-Uni et Tunisie doit permettre de croiser les regards, de comparer les situations et de comprendre comment les fragilités démocratiques apparaissent dans différents contextes nationaux. Dans un monde traversé par les conflits, l’impunité et les atteintes au droit international, Amnesty International France entend rappeler que les droits humains ne sont pas un supplément moral, mais un socle de protection collective.
Une déambulation inter-associative pour raconter l’exil
L’événement toulousain ne se limitera pas aux débats internes de l’Assemblée générale. Le samedi 20 juin à 18h30, une déambulation inter-associative se tiendra à Compans-Caffarelli dans le cadre de la Journée mondiale des réfugié·es. Amnesty International y participera aux côtés de plusieurs organisations, dont Médecins du Monde, SOS Méditerranée, RESF 31, ALDA, Lesbiennes de Toulouse, Le Cercle des voisins, Avocats pour la défense des étrangers et le collectif Grain de sable, engagé sur les questions de justice climatique et d’environnement.
L’objectif sera de rendre visible le parcours d’une personne exilée à travers une mise en scène accessible au public. “Nous allons faire des tableaux-théâtres, quelque chose de très visuel, une expression scénique. Nous allons raconter l’histoire d’un personnage fictif, Charmin, qui doit quitter le Bangladesh à cause de la montée des eaux”, détaille Thierry Galvez. Le personnage passera par la Libye, traversera la Méditerranée, rencontrera des problèmes de santé, puis devra faire face en France aux démarches liées au droit d’asile, au titre de séjour, aux études, au travail et aux discriminations.
À travers ce récit, chaque association interviendra à un moment du parcours, en fonction de son champ d’action. SOS Méditerranée permettra d’évoquer le sauvetage en mer, Médecins du Monde les enjeux de santé, les associations spécialisées les questions de droit d’asile, de titres de séjour ou de discriminations liées à l’orientation sexuelle. “Ce qui est intéressant dans cette manifestation, c’est que nous sommes plusieurs associations. Nous avons le même cadre, les droits humains, mais chacune a sa fonction, ses objectifs et son périmètre d’action. Nous nous complétons”, explique le co-secrétaire du groupe Amnesty International de Toulouse.
Le groupe toulousain, relais local d’un mouvement international
À Toulouse, Amnesty International s’appuie sur plusieurs groupes locaux. Thierry Galvez évoque cinq groupes dans le Grand Toulouse et dix-huit groupes dans la région Méditerranée, avec des antennes jeunes. Sur ce périmètre méditerranéen, l’organisation compte environ 250 membres actifs et près de 4 000 membres au sens large, c’est-à-dire des personnes ayant cotisé ou adhéré. Le groupe toulousain auquel il appartient rassemble, lui, environ 25 membres actifs.
Ce maillage local permet à Amnesty International de mener des actions de sensibilisation auprès du grand public, d’organiser des événements, d’interpeller les décideurs et de relayer les campagnes nationales ou internationales. À Toulouse, les sujets portés vont des réfugiés à la vidéosurveillance algorithmique, en passant par la liberté de manifester, le droit international, l’environnement ou encore les discriminations.
L’une des campagnes évoquées par Thierry Galvez concerne la simplification des procédures d’obtention et de renouvellement des titres de séjour. Amnesty International demande notamment à l’État et aux préfectures de rendre ces démarches plus accessibles et moins précaires. L’ONG alerte aussi sur les situations de dépendance dans lesquelles peuvent se retrouver certains travailleurs étrangers face à leur employeur, lorsque leur droit au séjour conditionne leur possibilité de travailler.
Les entreprises appelées à prendre leur part
Pour un média économique régional, la question des droits humains concerne aussi les entreprises. Thierry Galvez rappelle qu’Amnesty International travaille sur la responsabilité des acteurs économiques, notamment en lien avec des organisations syndicales. “La défense de l’environnement fait aussi partie de la défense des droits humains, puisque les dommages causés par le changement climatique ont un impact très direct sur les droits humains”, souligne-t-il.
Selon lui, les entreprises ont une responsabilité dans leurs choix de production, d’approvisionnement et de traçabilité. Il cite notamment les enjeux liés aux chaînes mondialisées, aux conditions de travail et aux risques de violations graves, comme celles concernant les Ouïghours en Chine. “C’est la responsabilité des entreprises de faire attention, d’avoir une vigilance et de démontrer la traçabilité de ce qu’elles font et des choix qu’elles prennent”, estime-t-il.
À ses yeux, le respect des droits humains ne relève donc pas seulement des États ou des ONG. Il concerne également les acteurs économiques, dès lors que leurs décisions peuvent avoir des conséquences sur l’environnement, les travailleurs, les sous-traitants ou les populations affectées par leurs activités. Dans ce domaine, la vigilance n’est pas seulement une exigence éthique : elle devient un enjeu de responsabilité, de cohérence et de confiance.
“Réfléchir droits humains pour chaque action”
Au terme de cette Assemblée générale, Amnesty International France entend adresser un message aux citoyens, aux élus et aux décideurs. Pour Anne Savinel-Barras, la période impose de mesurer la gravité du moment historique en cours. “Notre mouvement, comme nombre de personnes et d’associations à travers le monde, fait le choix de se mobiliser et de résister, d’agir avec ambition et courage pour dire non au monde que l’on cherche à nous imposer”, affirme la présidente d’Amnesty International France.
Pour Thierry Galvez, ce message tient aussi en une conviction : les droits humains ne doivent plus être perçus comme une abstraction ou une contrainte, mais comme un cadre de protection commun. “Nous sommes dans une dynamique très négative pour les droits humains. Depuis longtemps, on a parfois l’impression qu’ils sont jugés comme quelque chose de beau, mais qui ne sert à rien. Or, quand on s’y plonge, on voit que ce sont des choses universelles. Il faut que chacun prenne conscience que chacun doit faire sa part”, insiste-t-il.
À Toulouse, Amnesty International France veut rappeler que la protection et la défense des droits humains s’inscrivent dans une obligation à la fois morale et juridique, et ouvrent des leviers d’action essentiels. Dans un monde traversé par les conflits, les replis autoritaires, la désinformation, l’impunité et la fragilisation des libertés publiques, l’organisation défend une boussole simple : “Réfléchir droits humains pour chaque action.”