Hydroélectricité : à Toulouse, dix ans de formation au plus près des centrales

Ouvert en décembre 2016, le campus de formation hydraulique d’EDF à Toulouse a accueilli 1 674 stagiaires en 2025. Agrandi l’an dernier, le site associe maquettes industrielles, réalité virtuelle et apprentissage sur le terrain pour préparer les professionnels à l’exploitation et à la maintenance des ouvrages. Son activité s’étend aussi à la formation d’équipes à l’étranger.

Depuis dix ans, le campus de formation hydraulique d’EDF prépare les professionnels à exploiter et entretenir ces installations. Parti de huit stagiaires en décembre 2016, il en a accueilli 1 674 en 2025. (Photo TOMA, David Richard)

Depuis dix ans, le campus de formation hydraulique d’EDF prépare les professionnels à exploiter et entretenir ces installations. Parti de huit stagiaires en décembre 2016, il en a accueilli 1 674 en 2025. (Photo TOMA, David Richard)

Avant d’intervenir dans une centrale hydraulique, apprendre à reproduire un geste, repérer un risque ou réagir à une panne. À Toulouse, cette préparation s’effectue notamment sur des équipements reproduisant ceux des installations de production. Le campus hydraulique d’EDF, qui célèbre ses dix ans en 2026, accueille des agents, des techniciens et des ingénieurs venus acquérir les bases de leur métier ou approfondir leur pratique.

La première session, organisée le 6 décembre 2016, réunissait huit stagiaires. En 2025, le site a dispensé 205 sessions à 1 674 stagiaires. EDF indique une fréquentation moyenne d’environ 1 500 stagiaires par an sur les trois dernières années, un volume que le groupe rapproche de près de 30 % des salariés d’EDF Hydro.

L’implantation toulousaine répond à une logique géographique : rapprocher la formation des ouvrages du centre et de l’ouest de la France, à la jonction des Pyrénées et du Massif central. Elle complète le campus situé près de Grenoble, aux portes des Alpes. Tous deux relèvent de l’Unité de professionnalisation pour la performance industrielle (UFPI), l’organisme interne d’EDF chargé des formations techniques pour les métiers de la production nucléaire, hydraulique et thermique. Ce réseau compte 23 campus en France, dont ces deux sites consacrés à l’hydraulique.

Une progression marquée par plusieurs interruptions

Le bâtiment toulousain, dont la première pierre a été posée en 1993, a donc précédé de plus de vingt ans l’ouverture du campus hydraulique. Après son lancement fin 2016, l’activité s’est développée progressivement. En 2017, année de transition durant laquelle l’ensemble du catalogue n’était pas encore proposé, 95 sessions ont accueilli 676 stagiaires. Dès 2018, ces chiffres atteignaient 186 sessions et 1 252 stagiaires.

Le confinement a ensuite entraîné le report de formations vers la fin de l’année 2020, avec un bilan de 100 sessions et plus de 700 stagiaires. En 2021, le campus enregistrait 149 sessions et 1 042 stagiaires. Autre interruption en 2023 : l’incendie d’une entreprise voisine a imposé la suspension des formations pendant plus d’un mois. Le site a néanmoins accueilli 1 269 stagiaires lors de 159 sessions cette année-là, avant d’atteindre le niveau de fréquentation de 2025.

Au-delà des volumes, EDF met en avant le rôle du campus dans la transmission entre professionnels et entre générations. Dans le dossier de presse, Christophe Pillaud, directeur de l’organisme de formation technique d’EDF, évoque « une véritable transmission de savoir-faire et savoir-être, du formateur au stagiaire ou entre les générations de formateurs ». Il rattache cette mission à deux exigences : la sûreté des installations et la sécurité des personnes.

Des équipements industriels pour apprendre les gestes du métier

À Toulouse, la formation occupe près de 2 700 m². Les stagiaires y travaillent sur des maquettes conçues à partir des matériels présents dans les centrales. Ces supports permettent de répéter une intervention et d’acquérir les postures attendues avant de passer sur une installation en exploitation.

Les travaux d’agrandissement réalisés en 2025 ont apporté davantage d’espace aux équipes et une salle de formation de plus grande capacité. Ils ont également permis d’aménager des espaces pour la réalité virtuelle et de nouvelles maquettes de génie civil.

À l’échelle des deux campus hydrauliques, EDF annonce plus de 6 500 m² et environ 200 outils pédagogiques, avec un parc de près de 200 maquettes. La fiche de chiffres clés en attribue 80 au site toulousain. L’offre commune comprend 180 formations, couvrant l’électrotechnique, le contrôle-commande, l’hydromécanique, le génie civil, la prévention des risques et la sûreté hydraulique.

« La formation est au cœur de nos enjeux industriels », souligne Guillaume Mantes, directeur EDF Hydro Sud-Ouest, dans le même dossier. Il explique que l’entraînement sur des reproductions d’équipements doit permettre de maîtriser les gestes techniques et de réaliser des interventions de qualité, dans des conditions de sûreté adaptées.

La réalité virtuelle pour travailler les situations difficiles à reproduire

Les deux campus disposent chacun d’une salle de réalité virtuelle. Avec la réalité augmentée, ces outils permettent de simuler une installation en fonctionnement et d’y introduire des pannes ou des situations à risque difficiles à recréer physiquement sur les maquettes. Ils complètent ainsi l’apprentissage technique, notamment sur les questions de sécurité et de sûreté.

Des modules de formation à distance interviennent également en amont ou en aval des sessions. Ils servent à acquérir les prérequis nécessaires, puis à prolonger les apprentissages. Certaines formations sont, par ailleurs, organisées directement sur les sites de production hydraulique. Les formateurs peuvent alors adapter leur intervention aux besoins locaux tout en limitant les déplacements des stagiaires.

Environ huit mois de formation initiale

Pour un nouvel arrivant, le parcours initial dure environ huit mois, selon l’emploi occupé. Il alterne des périodes de quinze jours de formation tous les mois et demi et des retours sur le lieu de travail, où les acquis sont mis en pratique dans le cadre d’une habilitation progressive.

Des cursus distincts sont prévus pour les agents et techniciens d’exploitation, les professionnels de la maintenance et les ingénieurs. Ils associent apprentissage technique, comportement professionnel et capacité à agir en situation. La formation se poursuit ensuite tout au long de la carrière, avec des recyclages et des perfectionnements adaptés aux outils, aux évolutions technologiques et aux exigences de sûreté, de sécurité, d’environnement et de performance.

Près de 60 salariés, répartis entre les deux campus, contribuent à la formation des personnels intervenant sur le parc hydraulique d’EDF. La plupart des formateurs sont issus de la production ; des recrutements externes complètent les équipes. Tous disposent de compétences pédagogiques et d’une habilitation à former dans leur domaine technique, qu’il s’agisse d’électronique, de mécanique, d’automatismes, d’électricité ou de génie civil. Au total, 120 000 heures de formation par an sont consacrées à EDF Hydro.

Deux partenariats avec les acteurs de la formation

Installé dans un complexe accueillant plusieurs activités et à proximité d’autres implantations d’EDF, le campus toulousain entretient aussi des liens avec les établissements de formation du territoire.

Deux partenariats ont été conclus : l’un avec l’ENSEEIHT, l’École nationale supérieure d’électrotechnique, d’électronique, d’informatique, d’hydraulique et des télécommunications, l’autre avec les Compagnons du Devoir. Ces accords portent sur le partage de maquettes et de savoir-faire. Ils participent au rapprochement du campus avec les jeunes et les écoles, au-delà de sa mission de formation des salariés et partenaires industriels d’EDF.

Du bassin toulousain aux chantiers africains

L’activité des équipes hydrauliques de l’UFPI dépasse les frontières françaises. En 2025, elles ont été en relation avec 16 pays, dont huit en Afrique. Ces échanges prennent la forme de visites de délégations étrangères, de formations en France ou de missions de quelques jours à plusieurs semaines à l’étranger.

Ces prestations s’inscrivent dans les coopérations du groupe avec ses filiales et des clients externes, pour l’exploitation de centrales existantes, l’apport d’une expertise ou la construction de nouveaux ouvrages. L’UFPI intervient lorsqu’un projet nécessite un accompagnement spécifique à la professionnalisation. Chaque année, une dizaine de salariés des campus hydrauliques partent ainsi animer des formations ou apporter un appui lors d’interventions techniques. Le dossier mentionne notamment le Cameroun, la Côte d’Ivoire et le Gabon.

Entre 2022 et 2024, une trentaine de salariés ont participé à des missions sur le chantier de la centrale de Nachtigal, au Cameroun. L’accompagnement couvrait plusieurs dimensions du métier du futur exploitant, des travaux en hauteur aux fonctions de chargé d’exploitation, en passant par l’habilitation électrique.

En 2026, plusieurs formateurs se sont également rendus au Gabon, sur le projet de Kinguélé Aval, pour préparer l’équipe du futur exploitant du barrage, qui ne venait pas du secteur hydraulique. Deux formateurs du campus de Toulouse étaient notamment présents auprès des équipes en août 2026.

Un enjeu de compétences à l’échelle du parc hydraulique

Ces formations accompagnent l’exploitation d’un parc qui compte, selon EDF, 424 centrales hydrauliques et plus de 600 barrages en France. En 2025, la production hydroélectrique du groupe en France continentale a atteint 42,6 TWh, soit 10,2 % de sa production totale d’électricité sur ce périmètre. EDF Hydro rassemble 5 600 salariés, alternants et stagiaires.

L’hydraulique s’inscrit dans un ensemble énergétique plus large, principalement fondé sur le nucléaire et les renouvelables. Présent dans la production, le transport, la distribution, le négoce, la vente d’énergie et les services énergétiques, EDF inscrit ses investissements dans un objectif de neutralité carbone conciliant préservation de l’environnement, bien-être et développement. Le groupe, qui célèbre ses 80 ans, indique contribuer à la fourniture d’énergie et de services à environ 41,5 millions de clients, dont 39,4 millions en France, pour un chiffre d’affaires de 113,3 milliards d’euros en 2025.

À Toulouse, cette activité industrielle se traduit par un besoin continu de formation : préparer les nouveaux professionnels, entretenir les compétences des équipes en poste et transmettre l’expérience acquise sur les ouvrages. Dix ans après les huit premiers stagiaires, le campus a élargi ses capacités pour répondre à ces besoins, sur le territoire comme à l’international.

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