Santé au travail : face à 49 000 accidents avec arrêt, l’Occitanie déploie sa feuille de route jusqu’en 2030

Dévoilé le 22 septembre à Montpellier, le nouveau Plan régional santé au travail (PRST) Occitanie 2026-2030 entend faire de la prévention un levier plus concret pour les entreprises. Accidents graves et mortels, exposition des jeunes, usure professionnelle, risques psychosociaux, changement climatique, santé des femmes ou violences sexistes et sexuelles : cette feuille de route pilotée par la DREETS s’accompagne d’outils destinés notamment aux TPE-PME. Un enjeu d’autant plus prégnant que près de 49 000 accidents du travail avec arrêt ont été recensés dans la région en 2024.

Le constat donne immédiatement la mesure du sujet. En 2024, près de 49 000 accidents du travail avec arrêt ont été recensés en Occitanie. Près de 40 000 ont provoqué une interruption supérieure à trois jours et 83 accidents ont été mortels, soit près de deux décès liés au travail chaque semaine. Autre signal d'alerte : un accident du travail sur cinq concerne un jeune de moins de 25 ans. Dans le même temps, 16 342 salariés ont été déclarés inaptes au cours de l'année.

Les maladies professionnelles complètent ce tableau : 2 874 ont été reconnues en 2024, un chiffre en hausse de 31 % en un an. Les troubles musculosquelettiques concentrent à eux seuls 92,6 % des maladies professionnelles reconnues.

C'est dans ce contexte que le Plan régional santé au travail 2026-2030 a été présenté le 22 septembre à Montpellier. Piloté par la DREETS Occitanie, il rassemble partenaires sociaux, organismes de sécurité sociale, professionnels de la prévention, acteurs de l'emploi, du handicap et de la formation au sein du Comité régional d'orientation des conditions de travail (CROCT). Sa préparation est le résultat de près d'un an de travail entre les acteurs régionaux.

Du plan national à une déclinaison adaptée à l’Occitanie

Le PRST constitue la déclinaison régionale du Plan Santé au Travail 2026-2030, présenté le 5 juin 2026 aux partenaires sociaux par le ministre du Travail et des Solidarités, Jean-Pierre Farandou. Le cadre national place notamment parmi ses priorités la prévention des accidents graves et mortels, la santé au travail des femmes, les risques liés aux fortes chaleurs et aux conduites addictives, la prévention de l'absentéisme ou encore la santé mentale.

En Occitanie, cette stratégie se traduit par une feuille de route qui cherche avant tout à rapprocher la prévention des réalités quotidiennes des entreprises. Le document s'articule autour de plusieurs grands champs : prévention des accidents et des expositions aux risques, anticipation des transformations du travail et des enjeux sociétaux, lutte contre l'usure professionnelle, action ciblée dans certains secteurs et renforcement de la capacité d'action des acteurs régionaux. Le risque routier, les poussières comme l'amiante, le plomb ou la silice, les risques psychosociaux, la QVCT, les addictions, le BTP ou le médico-social figurent notamment parmi les sujets traités.

Accidents graves et mortels : analyser pour éviter la répétition

L'un des changements mis en avant concerne les accidents du travail graves et mortels. Le PRST prévoit de systématiser davantage l'analyse de leurs causes et le partage des enseignements tirés de ces événements afin d'éviter leur répétition. La démarche ne se limite pas à l'accident lui-même : elle prévoit également un accompagnement des victimes mais aussi des collectifs de travail touchés.

Cette logique de retour d'expérience doit progressivement nourrir une culture de prévention qui ne repose plus uniquement sur la réaction après un incident. Pour les entreprises, l'enjeu consiste à identifier les risques en amont, à agir sur l'organisation du travail et à intégrer les salariés eux-mêmes à la démarche.

Les jeunes particulièrement exposés dès leurs premiers pas

Avec 20 % des accidents du travail avec arrêt concernant les moins de 25 ans, la prévention auprès des jeunes devient l'un des marqueurs du nouveau plan. Le PRST renforce pour cela sa coopération avec les deux rectorats d'Occitanie et la DRAAF pour l'enseignement agricole, avec une attention particulière portée aux métiers et secteurs les plus accidentogènes.

L'objectif est d'installer les bons réflexes avant même l'entrée durable dans l'emploi. Accueil au poste, présentation des règles de sécurité, tutorat et accompagnement constituent ainsi des étapes décisives. Le magazine publié à l'occasion du lancement insiste sur cette période charnière : la présentation des équipes et des locaux, la remise des équipements de protection ou encore la présence d'un référent peuvent contribuer à inscrire les pratiques de prévention dans la durée.

Chez Sévigné Travaux Publics, entreprise aveyronnaise d'environ 240 salariés dont 14 apprentis, plus de 130 Sauveteurs Secouristes du Travail ont notamment été formés. L'entreprise associe également les futurs utilisateurs, la maintenance et les équipes Santé Sécurité Qualité Environnement lors de l'acquisition de nouveaux équipements afin d'intégrer sécurité et ergonomie dès la conception.

Pour Émilie Mananet, responsable sécurité qualité environnement de l'entreprise, l'enjeu commence dès l'intégration : « L'accueil des nouveaux salariés est à privilégier, car il conditionne les bonnes pratiques et les bons réflexes » tout au long du parcours professionnel.

Climat et santé des femmes entrent davantage dans le champ de la prévention

Le dérèglement climatique fait également évoluer les risques professionnels. Le PRST consacre une action spécifique à ses conséquences sur les conditions de travail avec l'ambition de dépasser la seule gestion des épisodes estivaux pour inscrire l'adaptation dans la durée.

Depuis le décret du 27 mai 2025, les épisodes de chaleur intense doivent notamment être anticipés par les employeurs à travers l'évaluation des risques, l'accès à l'eau fraîche, l'adaptation des horaires ou des postes de travail et la protection des salariés vulnérables.

Autre axe renforcé : la santé au travail des femmes. Alors que l'évaluation différenciée des risques entre les femmes et les hommes constitue une obligation légale depuis plus de dix ans, le PRST constate qu'elle reste encore insuffisamment intégrée dans les pratiques. Des actions de sensibilisation et d'accompagnement doivent favoriser une meilleure prise en compte des différences d'exposition et de leurs conséquences sur la santé.

Cette approche s'accompagne d'un volet consacré aux violences sexistes et sexuelles au travail (VSST). Après le développement de réseaux départementaux dans le précédent plan, la prévention doit désormais intervenir plus tôt, notamment dès la formation professionnelle. Un partenariat avec le rectorat de Toulouse prévoit notamment une action auprès de jeunes se destinant aux métiers de la beauté.

Des outils directement mobilisables par les TPE-PME

Le changement de méthode réside aussi dans la volonté de fournir des solutions immédiatement utilisables. Le PRST 2026-2030 capitalise sur le travail engagé lors du précédent plan et met à disposition des TPE-PME, lycées et organismes de formation plusieurs kits et ressources consacrés aux accidents graves, à l'accueil des jeunes, à l'usure professionnelle, au climat ou encore aux conditions de travail.

Parmi ces ressources figurent un kit de prévention du risque routier professionnel, un parcours digitalisé dédié aux risques psychosociaux ainsi que des outils permettant aux entreprises d'évaluer leur niveau de prévention en matière de violences sexistes et sexuelles et de mieux traiter les signalements.

Les entreprises peuvent également s'appuyer sur les 19 Services de prévention et de santé au travail interentreprises d'Occitanie (SPSTI). Médecins du travail, infirmiers, ergonomes, psychologues, préventeurs ou assistants sociaux interviennent notamment sur le DUERP, les troubles musculosquelettiques, les RPS, l'adaptation des organisations et le maintien dans l'emploi. En 2024, plus de 56 000 recommandations d'aménagement de postes ont été formulées dans la région.

Prévenir l’usure et maintenir les salariés dans l’emploi

Avec l'allongement des carrières et le vieillissement de la population active, la prévention de l'usure professionnelle prend une place centrale. L'enjeu consiste à intervenir suffisamment tôt sur les contraintes physiques, l'organisation, la charge mentale ou les horaires atypiques afin d'éviter qu'elles ne débouchent sur une rupture durable avec l'emploi.

Le secteur sanitaire illustre cette recherche de solutions. Transports Sanitaires d'Occitanie (TSO), qui compte 200 salariés, environ 98 véhicules et réalise 190 000 transports par an, a notamment aménagé ses plannings, développé la semaine de quatre jours et adapté certaines organisations aux contraintes physiques des salariés. L'entreprise agit parallèlement sur les risques routiers, les TMS, les risques psychosociaux et les VSST.

Cette politique passe aussi par une détection rapide des difficultés. Maryline Alvarez, directrice des ressources humaines de TSO, résume cette nécessité de ne pas laisser s'installer les situations de mal-être : « Si quelqu'un n'est pas bien, je ne vais pas le voir plus tard, car plus tard, c'est trop tard ! » L'entreprise a également créé un baromètre interne de satisfaction avec la médecine du travail et les CSE et envisage de former des salariés aux Premiers Secours en Santé Mentale.

Avec ce nouveau PRST, la santé au travail est ainsi abordée au-delà de la seule conformité réglementaire. Pour les entreprises occitanes, la prévention touche désormais directement à l'organisation du travail, au maintien des compétences, à l'attractivité des métiers et à la fidélisation des salariés. À l'heure où les transformations climatiques, démographiques et organisationnelles modifient les conditions d'exercice de nombreux métiers, la feuille de route 2026-2030 entend surtout rapprocher les outils de prévention de ceux qui doivent les utiliser au quotidien.

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