À Campsas, Liebherr-Aerospace investit plus de 40 millions d’euros pour accompagner les cadences et préparer les futurs avions

Liebherr-Aerospace Toulouse inaugure, le 15 octobre 2026, un centre consacré aux échangeurs de chaleur aéronautiques sur son site de Campsas, dans le Tarn-et-Garonne. Avec 12 000 m² supplémentaires, cet investissement de plus de 40 millions d’euros double la surface du site, qui vise 400 salariés à la fin de l’année. Derrière l’extension se joue aussi la préparation des systèmes de gestion thermique des prochaines générations d’aéronefs.

Inauguré ce 15 octobre dans le Tarn-et-Garonne, son nouveau centre dédié aux échangeurs de chaleur double la surface du site, avec 12 000 m² supplémentaires. L’objectif est d’atteindre 400 salariés sur place à la fin de 2026. (Photo Dorian Alinaghi)

Inauguré ce 15 octobre dans le Tarn-et-Garonne, son nouveau centre dédié aux échangeurs de chaleur double la surface du site, avec 12 000 m² supplémentaires. L’objectif est d’atteindre 400 salariés sur place à la fin de 2026. (Photo Dorian Alinaghi)

Produire davantage pour les avions actuels, tout en développant les équipements de leurs successeurs : à Campsas, Liebherr-Aerospace Toulouse engage ses moyens industriels sur ces deux fronts. Le centre inauguré le 15 octobre 2026, consacré à la fabrication et à la réparation des échangeurs de chaleur aéronautiques, représente le plus important investissement industriel jamais réalisé par l’entreprise, selon sa direction. Plus de 40 millions d’euros ont été consacrés à ce projet, soutenu par la Région Occitanie et l’agence de l’eau Adour-Garonne.

Les 12 000 m² de nouveaux espaces industriels permettent de doubler la surface du site tarn-et-garonnais. Celui-ci conserve son activité historique d’usinage de précision et accueille désormais une production jusqu’alors implantée à Toulouse. L’opération associe une extension immobilière, le déploiement de nouveaux équipements et une réorganisation industrielle menée sans interrompre les livraisons, indique l’entreprise.

« Cet investissement nous donne les moyens d’être au rendez-vous des attentes de nos clients aujourd’hui comme demain », souligne Mathieu Tournier, directeur général de Liebherr-Aerospace Toulouse.

Une troisième extension depuis l’implantation de 2001

L’histoire de Liebherr-Aerospace à Campsas commence en 2001, avec le rachat des actifs de la société Gambelin et la reprise de ses 70 salariés. Le site s’agrandit une première fois en 2004, avec 2 300 m² supplémentaires pour les ateliers. L’année suivante, les activités d’usinage de Toulouse y sont transférées. En 2009, les activités relatives aux paliers à air et aux sous-ensembles rejoignent à leur tour Campsas.

Une deuxième extension, de 3 300 m², accompagne l’agrandissement de la zone d’usinage en 2016. Le centre consacré aux échangeurs de chaleur constitue donc le troisième grand projet d’extension depuis l’intégration du site à Liebherr-Aerospace Toulouse.

Lancé en 2022 avec les premières études, le projet entre dans une phase de construction et d’installation progressive des équipements sur la période 2023-2025 indiquée dans le dossier de presse. La première pierre est posée en mars 2024. Le transfert de la production des échangeurs intervient en 2025, avant la montée en puissance du site et son inauguration en 2026.

Des équipements pour augmenter les capacités de production

Le nouveau centre réunit des lignes de traitement de surface, un robot de dépose de brasure, des fours de brasage, des équipements de soudure et des moyens de contrôle des faisceaux. Une presse de formage à intercalaires conçue par Liebherr complète cet ensemble. L’entreprise entend ainsi accroître ses capacités, gagner en souplesse de production et faciliter l’industrialisation de nouveaux procédés.

Les volumes communiqués donnent une mesure de cette activité. En 2025, Liebherr-Aerospace Toulouse a produit près de 1,3 million d’intercalaires, réalisé plus de 21 000 faisceaux et fabriqué plus de 16 000 échangeurs de chaleur, dont plus de 9 000 à Campsas. Ces chiffres décrivent la production de l’année précédente ; ils ne constituent pas les objectifs de capacité du nouveau centre, que les documents ne chiffrent pas.

L’investissement intervient alors que les programmes existants doivent encore mobiliser les industriels pendant plusieurs années. Dans leur dossier de presse, Liebherr-Aerospace évoque une perspective de plus de 42 000 avions commerciaux à produire dans le monde d’ici à 2045, sous l’effet de la progression du trafic et du renouvellement des flottes. Cette projection place la capacité à livrer, la formation et la maîtrise de la qualité au centre des préoccupations industrielles.

La gestion thermique prend du poids dans les futurs aéronefs

Peu visibles des passagers, les échangeurs de chaleur participent au fonctionnement des systèmes d’air et de gestion thermique. Ils permettent des transferts thermiques entre différents flux d’air et contribuent au conditionnement de l’air, à la pressurisation de la cabine, au refroidissement des équipements ainsi qu’à la protection contre le givre.

Leur rôle devrait s’accroître avec des appareils davantage électriques et connectés. Ces architectures produisent plus de chaleur et demandent une gestion plus fine de l’énergie à bord. Pour Liebherr-Aerospace, l’enjeu consiste donc à disposer des moyens de production nécessaires aux avions actuels, mais aussi des procédés et des compétences adaptés aux futurs besoins.

« Les échangeurs de chaleur sont déjà essentiels aux avions qui volent aujourd’hui. Ils le seront encore davantage pour ceux qui voleront demain », estime Mathieu Tournier.

L’entreprise identifie notamment les futurs monocouloirs comme un marché déterminant pour les prochaines décennies. Les choix techniques en préparation doivent répondre à des objectifs de performance, d’efficacité énergétique et de décarbonation du transport aérien.

DIGIFab pour connecter les étapes de fabrication

La préparation de ces futurs programmes concerne également l’organisation des ateliers. Liebherr-Aerospace Toulouse participe à DIGIFab, un projet collaboratif soutenu par le CORAC, le Conseil pour la recherche aéronautique civile, et financé par la DGAC, la Direction générale de l’aviation civile.

La fabrication d’un échangeur fait intervenir plusieurs opérations, de l’emboutissage au traitement de surface, puis au brasage, au soudage, au ressuage et au contrôle. Malgré leur maturité industrielle, ces procédés reposent encore largement sur des interventions manuelles, explique l’entreprise. Ils produisent aussi de nombreuses données qui restent peu exploitées.

Une ligne pilote installée à Campsas, sous la forme d’un démonstrateur industriel grandeur nature, doit permettre d’expérimenter la robotisation, le contrôle intelligent et la collecte de données en temps réel. L’objectif est de mieux repérer et comprendre les dérives de fabrication, d’améliorer la qualité des pièces et de fiabiliser la production.

Le projet associe également certains fournisseurs clés. L’amélioration recherchée porte ainsi sur la stabilité et la performance de l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement, avec la perspective de produire plus rapidement et de renforcer la compétitivité. Plus largement, l’entreprise inscrit ses travaux de recherche dans des coopérations avec ses clients, ses fournisseurs, des centres de recherche, des partenaires académiques, des établissements de formation et les acteurs publics.

Un transfert de 130 salariés sans arrêt de production

La réorganisation s’est concrétisée par l’arrivée à Campsas de 130 collaborateurs transférés depuis Toulouse entre juin et décembre 2025. L’installation progressive des équipements et l’adaptation des équipes devaient permettre de maintenir la production et les livraisons pendant toute la transition. Selon l’entreprise, cette continuité a été assurée. Des mesures d’organisation de la mobilité et le renforcement des fonctions support ont accompagné le changement. Une navette intersites desservant la zone Albasud a également été créée.

La transformation a mobilisé les équipes de production, d’industrialisation, de maintenance, de logistique, de qualité, d’achats, de méthodes et d’ingénierie, ainsi que les fonctions support. L’entreprise met en avant la formation continue, la transmission des savoir-faire et l’accompagnement des parcours professionnels pour soutenir cette évolution.

À Campsas, les effectifs sont passés de près de 300 salariés fin 2025 à 360 courant 2026, avec un objectif de 400 collaborateurs à la fin de l’année. Le groupe fait aussi état de la création d’une vingtaine de postes en production sur le site en 2026, notamment pour des opérateurs sur machines à commande numérique et des soudeurs. Ces recrutements sont distincts des transferts depuis Toulouse.

À l’échelle de Liebherr-Aerospace Toulouse, l’entreprise annonce plus de 100 emplois créés en 2026 et plus de 780 nouveaux collaborateurs accueillis depuis 2022. Ce dernier chiffre correspond aux arrivées communiquées par la société, et non à un solde net de créations d’emplois.

Le centre comprend aussi un restaurant d’entreprise, une salle de sport, une salle polyvalente et des locaux syndicaux. Les postes de travail ont été optimisés. Liebherr-Aerospace met par ailleurs en avant les performances énergétiques du nouvel environnement industriel, sans fournir d’indicateur chiffré dans les documents transmis.

Un investissement dans un ensemble industriel régional de 2 200 salariés

Liebherr-Aerospace Toulouse fournit des systèmes d’air et de gestion thermique pour les marchés civils et de défense. Rattachée à la division aéronautique et ferroviaire du groupe Liebherr, la société a réalisé 860 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025 et emploie 2 000 salariés sur ses sites de Toulouse et de Campsas.

Deux filiales régionales réunissent 200 salariés supplémentaires : Liebherr-Aerospace Montauban, spécialisée dans l’industrialisation d’ensembles métalliques, et Liebherr-Aerospace Coatings, implantée à Cugnaux, en Haute-Garonne, pour le traitement de surface. L’extension de Campsas renforce ainsi un ensemble industriel déjà réparti entre les deux départements.

Pour situer cet investissement, il rappelle que la filière aéronautique et spatiale française a enregistré en 2025, selon les chiffres qu’il rapporte, 85,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 88,6 milliards d’euros de commandes et plus de 305 600 emplois. Il fait également état d’un excédent commercial de 32,3 milliards d’euros, présenté comme la première contribution sectorielle à l’excédent commercial français.

L’ensemble s’inscrit dans le groupe familial fondé en 1949 par Hans Liebherr à Kirchdorf an der Iller, dans le sud de l’Allemagne. Présent notamment dans les engins de construction, le groupe compte plus de 150 sociétés à travers le monde. Il a employé près de 56 000 personnes en 2025 et réalisé un chiffre d’affaires de 14,772 milliards d’euros.

À Campsas, l’enjeu est désormais la montée en puissance du nouvel outil. La production des programmes existants doit y côtoyer l’expérimentation des procédés destinés aux futurs appareils. C’est sur cette articulation entre fabrication, recherche et compétences que Liebherr-Aerospace Toulouse entend asseoir le développement du site tarn-et-garonnais.

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