Après le succès d’une première édition de foulards écoulée en quelques jours, la maison gardoise Saint Loup dévoile une nouvelle collection capsule en édition limitée. Baptisé « Le Bandou », ce bandeau de soie 100 % française rend hommage à la légende du Pic Saint-Loup et accompagne l’accélération d’un projet industriel porté depuis Monoblet, dans les Cévennes, autour de la relocalisation d’un savoir-faire textile historique.
Alexandre Lourié, fondateur de Saint Loup. (Photo Saint Loup)
À Monoblet, dans le Gard, Saint Loup poursuit son pari : faire renaître une filière de soie française en Cévennes, là même où ce savoir-faire a longtemps façonné l’histoire économique et textile du territoire. Créée en 2025 par Alexandre Lourié, entrepreneur social de 34 ans, la jeune maison de création textile et filature de soie franchit une nouvelle étape avec le lancement de sa collection capsule « Le Bandou ».
Cette nouvelle pièce intervient après une première réussite commerciale remarquée. La précédente édition de 300 foulards, présentée comme les premiers foulards de soie française depuis le siècle dernier, s’est écoulée en quelques jours. Forte de cet accueil, Saint Loup revient avec une création plus confidentielle encore : 200 exemplaires numérotés, chacun accompagné d’un certificat d’authenticité signé.
Avec « Le Bandou », la marque confirme son positionnement à la croisée de la mode, du patrimoine et de la réindustrialisation. Le lancement de cette nouvelle pièce coïncide également avec la labellisation « Fabriqué en Occitanie » attribuée par la région Occitanie, une reconnaissance qui vient renforcer l’ancrage régional d’une maison déjà engagée dans la renaissance d’une filière textile locale.
La légende du Pic Saint-Loup revisitée par Manon Diemer
Conçu comme un hommage au territoire occitan, « Le Bandou » s’inspire de la légende qui donne son nom au Pic Saint-Loup. Pour cette collection, Saint Loup a confié la création graphique à l’artiste Manon Diemer, qui en propose une relecture contemporaine et féminine.
Selon le récit populaire, trois frères chevaliers, Loup, Clair et Guiral, étaient épris de la même femme. À leur retour des Croisades, apprenant sa disparition, ils se seraient retirés en ermites sur trois sommets devenus emblématiques : le mont Saint-Clair à Sète, le Pic Saint-Loup dans l’arrière-pays montpelliérain et le rocher de Saint-Guiral, près du mont Aigoual. Cette mémoire régionale devient ici un récit visuel, traversé par les paysages d’Occitanie et des territoires voisins.
Sur la pièce, le regard se déplace entre le Pont d’Arc en Ardèche, la draille de Lozère, les moutons cévenols, un château cathare dans l’Aude, le rocher de Saint-Guiral dans le Gard, le mont Saint-Clair dans l’Hérault et le Pic Saint-Loup. La composition mêle nature, imaginaire et références au patrimoine millénaire de la soie.
« L’artiste a joué avec la légende : contrairement au récit populaire, la dulcinée est toujours vivante au retour des chevaliers, elle a fait le choix d’être libre », détaille Alexandre Lourié.
Une pièce de mode réversible, pensée pour l’été
Avec ses 5,5 centimètres de hauteur et ses 90 centimètres de longueur, « Le Bandou » prend la forme d’un accessoire de mode multifonction. Il peut se porter autour du cou, dans les cheveux, noué autour d’un chignon, en bracelet ou encore sur l’anse d’un sac. La maison en fait un accessoire signature de l’été, notamment grâce aux qualités de la soie, une fibre naturellement thermorégulatrice, adaptée aux périodes de fortes chaleurs.
La pièce se distingue également par sa conception réversible. Les deux faces ont été pensées comme un dialogue entre le jour et la nuit. D’un côté, une face diurne aux couleurs solaires, où l’héroïne parcourt un territoire qui produisait encore 26 000 tonnes de soie au XIXe siècle. De l’autre, une face nocturne dominée par un bleu profond, où les sommets s’illuminent à la lueur des feux des trois ermites.
Au-delà de l’objet de mode, Saint Loup revendique une création porteuse de sens. « Les 200 exemplaires sont réalisés à partir d’un fil de soie unique, entièrement filé en Occitanie, des vers à soie jusqu’à la filature », poursuit Alexandre Lourié.
Une fabrication 100 % française, des Cévennes à Lyon
La force du projet repose aussi sur une chaîne de fabrication entièrement française. La soie naturelle utilisée provient de vers à soie élevés dans les Cévennes, nourris avec des feuilles de mûrier bio. Les différentes étapes de production sont ensuite réalisées sur plusieurs territoires français, dans une logique de relocalisation et de maîtrise du savoir-faire.
Les mûriers, les vers à soie et la filature sont situés à Monoblet, dans le Gard. Le moulinage est réalisé à Riotord, en Haute-Loire. Le tissage est confié à Fourneaux, dans la Loire. Le décruage et l’impression sont effectués à Balbigny, également dans la Loire. La confection finale est réalisée à Lyon, dans le Rhône.
Cette organisation illustre l’ambition de Saint Loup : démontrer qu’une filière textile d’excellence peut se reconstruire en France, après un siècle de délocalisations ayant fragilisé les territoires historiques de la soie, en particulier les Cévennes.
Une relocalisation qui prend une dimension industrielle
Le lancement de « Le Bandou » intervient dans une période d’accélération pour la jeune maison. Les bénéfices générés par le premier foulard ont été réinvestis dans une acquisition stratégique : la première machine neuve de dévidage de cocons de ce siècle en France. Cet équipement doit rejoindre en juillet la filature de Saint Loup, située à proximité immédiate de la principale magnanerie du Gard, au cœur de l’histoire séricicole cévenole.
« La machine rejoindra en juillet notre Filature, mitoyenne de la principale magnanerie du Gard, au cœur historique de la sériciculture cévenole », annonce Alexandre Lourié.
Cette étape marque un changement d’échelle. Saint Loup bénéficie également du soutien de Bpifrance, à travers le dispositif French Touch, pour accompagner le développement d’une entreprise qui associe création, mode et réindustrialisation.
« Nous avons été dépassés par le succès de nos premiers foulards. Alors nous avons mis le paquet dans l’élevage des vers à soie à Monoblet et dans cet équipement industriel pour tripler nos capacités de production. C’est une étape décisive dans la relocalisation du Savoir-faire et de la filière », insiste le fondateur.
L’entrepreneur défend un modèle à la fois industriel, social et écologique. « Nous démontrons qu’il est possible de relocaliser une activité textile d’excellence en France, à fort impact social et écologique, tout en bâtissant un modèle économique profitable et ambitieux », affirme-t-il.
Des recrutements et des plantations de mûriers à venir
Cette montée en puissance devrait s’accompagner de nouvelles étapes dans les prochains mois. Saint Loup prévoit des recrutements dédiés à la filature, afin de soutenir l’augmentation des capacités de production. La maison travaille également à des projets de plantation de mûriers blancs, élément essentiel pour consolider localement l’élevage des vers à soie et renforcer l’autonomie de la filière.
À travers ces investissements, la jeune entreprise entend inscrire son projet dans la durée. « Le Bandou » apparaît ainsi comme une pièce emblématique d’une stratégie plus large : faire dialoguer le patrimoine textile cévenol avec une création contemporaine, tout en reconstruisant les maillons d’une filière longtemps délocalisée.
Une édition limitée disponible à partir du 28 juin
« Le Bandou » sera accessible à la commande à partir du dimanche 28 juin 2026 sur le site de Saint Loup. Les livraisons sont prévues à partir du début du mois de juillet 2026.
Cette édition limitée 2026 est produite à 200 exemplaires numérotés. Chaque bandeau est accompagné d’un certificat d’authenticité numéroté. Réalisé en soie naturelle 100 % française, il mesure 5,5 x 90 centimètres et est proposé au tarif de 195 euros.
Créée à Monoblet, Saint Loup se définit aujourd’hui comme une maison de création textile et une filature de soie engagée dans la renaissance de la soie française. En associant création contemporaine, savoir-faire artisanal et relocalisation industrielle écologique, la jeune maison gardoise entend redonner à la soie cévenole une place dans le paysage textile français.