OSMOS X a franchi, le 15 septembre 2026, la revue de définition préliminaire de sa démonstration spatiale, préparée avec SpaceLocker. Prévu en 2027, ce premier vol doit éprouver sa technologie de propulsion HPCR en conditions réelles. Pour l’entreprise, installée à Bruz et à Toulouse, l’enjeu est aussi commercial : acquérir une première référence en orbite pour accompagner le développement de son véhicule multi-mission Thorus.
Derrière ce test de propulsion, une ambition : développer un véhicule capable de prolonger la vie des satellites et de retirer des débris spatiaux. (Photo OSMOS X)
Passer des résultats de laboratoire à une démonstration dans l’espace : c’est la prochaine échéance d’OSMOS X. Dans un communiqué, la société française annonce avoir conclu positivement, une semaine auparavant, la revue de définition préliminaire de son premier vol spatial. Cette étape, appelée Preliminary Design Review (PDR), permet d’engager la conception détaillée du propulseur destiné à être mis en orbite en 2027.
La démonstration sera hébergée par SpaceLocker, opérateur français d’infrastructure spatiale. Elle portera sur une version à échelle réduite de l’architecture de propulsion électrique à forte autonomie développée par OSMOS X pour sa future flotte de véhicules orbitaux. L’objectif est d’obtenir un premier historique de vol, ou flight heritage, qui documentera le comportement de la technologie dans son environnement d’utilisation.
Une étape de conception avant les essais
La PDR sert à examiner l’adéquation entre les choix de conception préliminaire et les exigences de la mission. Celle du 15 septembre a porté sur le concept et les objectifs du vol, les opérations envisagées, le prédimensionnement mécanique de la charge utile et ses interfaces électriques. Les équipes ont également passé en revue le calendrier ainsi que le programme d’essais environnementaux, mécaniques et sous vide thermique.
Aux côtés de SpaceLocker, OSMOS X était représentée par Antoine Rescourio, directeur du programme propulsion, Julien Le Romancer, PMO, Arnaud Masson, CEO, et Michel Courtois, ancien directeur général adjoint de l’Agence spatiale européenne et membre du comité scientifique.
Le travail se poursuit désormais avec la conception détaillée. Une Critical Design Review (CDR), ou revue de conception détaillée, devra valider cette phase avant l’intégration et les essais. Le calendrier annoncé maintient un lancement en 2027.
Adapter une source d’ions aux contraintes du vol
Pour construire le démonstrateur, les ingénieurs sont partis d’une source d’ions employée en recherche fondamentale. Son adaptation aux conditions spatiales a nécessité une refonte importante, notamment du système d’extraction et de l’antenne.
« Nous sommes partis d’une source d’ions de laboratoire, et il a fallu en reprendre l’essentiel pour la rendre compatible du vol », explique Antoine Rescourio. Le directeur du programme propulsion souligne une contrainte thermique déterminante : « Au sol, une partie de la source est refroidie par convection naturelle, ce qui n’existe pas en orbite, où chaque watt injecté en excès doit être évacué par rayonnement thermique. Rendre l’antenne sensiblement plus efficiente était donc une condition de la mise en vol. »
À ce chantier technique s’ajoute celui des approvisionnements. « Une partie des équipements que demande ce type de propulsion reste rare en Europe. Nous avons construit cette chaîne d’approvisionnement en même temps que le propulseur », précise-t-il.
La technologie propriétaire HPCR, pour High Power Cyclotron Resonance, s’appuie, selon l’entreprise, sur trente-cinq années de recherche du CNRS ICARE. Le vol doit permettre d’en évaluer les performances en orbite, au-delà des résultats obtenus au sol.
Thorus vise plusieurs métiers du service en orbite
Les enseignements de cette démonstration alimenteront le développement de Thorus, le véhicule de transfert orbital multi-mission d’OSMOS X. Conçu pour intervenir de l’orbite basse à l’orbite géostationnaire, il doit pouvoir acheminer des satellites jusqu’à leur orbite définitive, corriger les conséquences d’une erreur d’injection ou pallier une panne de propulsion.
L’entreprise vise également la prolongation de la durée de vie de satellites déjà en service et les inspections de proximité. Ces dernières permettraient de diagnostiquer l’état d’un satellite ou de caractériser un objet spatial potentiellement dangereux. Le retrait actif de débris, désigné par l’expression Active Debris Removal, figure aussi parmi les missions envisagées.
Les clients ciblés sont les opérateurs de satellites, les agences spatiales et les acteurs institutionnels de la défense, à l’échelle internationale. Pour ces opérations, OSMOS X présente la sobriété en ergols de la propulsion plasma comme un levier de réduction des coûts, alors que la quantité de matière propulsive embarquée limite les possibilités d’intervention.
Ces développements s’inscrivent dans deux projets européens coordonnés par OSMOS X. Le premier, TAC, a été sélectionné par le Fonds européen de défense, dans le cadre de l’appel SMERO. Il rassemble sept partenaires dans cinq pays. Le second, ALBATOR, bénéficie d’un financement du programme Horizon Europe. Il porte sur l’interaction avec un débris spatial au moyen d’un faisceau d’ions, sans contact.
Une implantation toulousaine et des recrutements annoncés
Fondée en 2022, OSMOS X compte plus de 25 collaborateurs, répartis entre Bruz, près de Rennes, et Toulouse. Son second site, ouvert dans la capitale occitane en 2026, l’ancre dans l’écosystème spatial local. L’entreprise prévoit de doubler ses effectifs d’ici deux ans.
Elle a également renforcé son encadrement avec les nominations d’Emily Brageot Mattei à la direction du programme véhicule, d’Antoine Rescourio à celle du programme propulsion et de Jean-Michel Orriols-Soler à la direction qualité.
Une première référence attendue sur le marché
L’échéance de 2027 doit aussi servir les démarches commerciales de la société. « Dans notre métier, la première question qu’on nous pose à l’international porte sur le flight heritage. Tant qu’une technologie n’a pas volé en conditions spatiales réelles, elle reste une hypothèse », déclare Arnaud Masson. Pour le dirigeant, cette démonstration doit valider les performances de la propulsion sur laquelle repose le projet de flotte d’OSMOS X.
Son partenaire SpaceLocker, également fondé en 2022, propose un modèle d’hébergement partagé : plusieurs missions prennent place sur des véhicules spatiaux existants, afin d’éviter le développement de satellites dédiés et de mieux utiliser les capacités disponibles. L’entreprise entend ainsi réduire les délais et les coûts d’accès à l’orbite, tout en répondant à la congestion croissante de l’environnement spatial.
« Le passage d’une revue est une étape majeure de toute mission spatiale », rappelle Théophile Lagraulet, CEO de SpaceLocker. Il met en avant « des outils adaptés, un accompagnement dédié et une préparation rigoureuse de chaque élément avant le vol », avec un objectif : « permettre à nos utilisateurs de se concentrer sur l’essentiel, leur charge utile ».
La revue préliminaire franchie, OSMOS X doit désormais mener son propulseur jusqu’à l’intégration, aux essais puis au vol. C’est cette démonstration en conditions réelles qui constituera la première référence spatiale de sa technologie.