Dans un communiqué daté du 1er octobre 2026, le Medef critique un cumul de prélèvements sur le travail et de taxes sectorielles estimé à près de 20 milliards d’euros. Tout en jugeant nécessaire le redressement des comptes publics, l’organisation patronale demande de revoir le projet de loi de finances pour 2027 afin de préserver la capacité des entreprises à investir et à embaucher.
Le Medef demande que le débat parlementaire modifie les mesures susceptibles d’alourdir les charges des entreprises. Son inquiétude porte sur les conséquences économiques de cet effort budgétaire : si les investissements et les recrutements ralentissent, la croissance pourrait manquer au rendez-vous, avec des recettes publiques inférieures aux attentes. Le mouvement considère que la France doit renforcer ses entreprises pour retrouver les marges de manœuvre financières nécessaires face à l’accumulation des crises.
Une reprise encore incertaine
Le scénario gouvernemental cité dans le communiqué prévoit une croissance de 1 % en 2027, après 0,5 % en 2026. Il repose également sur une hausse de 1,6 % de l’investissement des entreprises, tandis que l’emploi salarié reculerait encore de 0,3 %.
Ces hypothèses, dont le Medef souligne qu’elles restent à confirmer, dépendent notamment de l’évolution des tensions énergétiques et géopolitiques. Dans cette conjoncture, le patronat estime que des prélèvements supplémentaires pourraient pousser les entreprises à différer leurs projets. Le budget attendrait alors de leur activité un rebond que ses propres mesures rendraient plus difficile.
La reconduction de la surtaxe inquiète le patronat
La trajectoire présentée fait passer les prélèvements obligatoires de 43,9 % à 44,2 % du produit intérieur brut. Le MEDEF conteste en particulier la prolongation de la contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises, initialement instaurée pour la seule année 2025.
Même ramené de 7 à 5 milliards d’euros, ce prélèvement demeure, à ses yeux, une charge qui pèse sur les entreprises. Sa critique vise aussi la fiabilité des engagements fiscaux. Pour l’organisation, « une contribution exceptionnelle reconduite fragilise la parole donnée ». Elle estime que cette prolongation peut entamer la confiance des investisseurs, notamment étrangers, et réclame un cadre fiscal stable pour permettre aux entreprises de préparer leurs décisions.
Plusieurs secteurs mis à contribution
Le communiqué relève également la multiplication des prélèvements ciblés. Il mentionne la taxe sur les infrastructures de transport longue distance, la contribution sur les produits transformés sucrés et la contribution exceptionnelle sur le transport maritime. S’y ajoutent la hausse de la taxe sur les conventions d’assurance automobile et la contribution des complémentaires santé.
Pour le Medef, les effets de ces mesures se diffuseraient au-delà des activités directement concernées. En réduisant les ressources disponibles, elles limiteraient les investissements et dégraderaient la compétitivité. Le mouvement rappelle que les bénéfices servent aussi à moderniser les outils de production, à financer la décarbonation et à développer les entreprises. Il refuse qu’ils soient traités comme « une réserve budgétaire disponible ».
L’organisation porte toutefois une appréciation favorable sur les mesures de soutien à l’industrie et à la reprise d’entreprises par les salariés. Elle prévient que leur efficacité serait réduite si, dans le même temps, les prélèvements privaient les bénéficiaires d’une partie des moyens nécessaires pour les utiliser. Elle demande ainsi une politique budgétaire cohérente avec les objectifs d’investissement et d’attractivité du pays.
Le coût du travail au centre des critiques
Sur l’emploi, le Medef s’oppose au gel des allègements généraux et à l’élargissement de leur assiette de calcul. Il considère que ces dispositions exposeraient particulièrement les entreprises dont l’activité mobilise beaucoup de main-d’œuvre.
La diminution des allègements revient, selon son analyse, à accroître les prélèvements sur le travail. Lorsque les marges se réduisent, les entreprises peuvent reporter des embauches, revoir leurs investissements ou renoncer à des augmentations de salaire. Dans un contexte de recul de l’emploi, « renchérir le travail serait une faute économique », écrit le mouvement. Celui-ci estime qu’un effectif élevé ne doit pas devenir, en soi, un motif de pénalisation.
Le patronat souligne aussi les conséquences possibles pour les finances publiques. Une activité moins soutenue produirait moins de recettes fiscales et sociales que prévu, accentuerait les difficultés des comptes sociaux et pourrait imposer de nouveaux ajustements budgétaires. L’effet recherché sur les comptes risquerait donc d’être compromis par les répercussions des mesures sur l’économie.
La dette augmenterait malgré la réduction du déficit
Le Medef appuie son argumentation sur les chiffres de la trajectoire gouvernementale. Le déficit public diminuerait de 5,4 % à 5 % du PIB, mais la dette publique continuerait de progresser pour atteindre 121,7 % du PIB.
La charge de la dette de l’État s’élèverait à 72,9 milliards d’euros, soit 9,6 milliards de plus qu’en 2026, selon les montants repris dans le communiqué. Pour l’organisation, ces sommes réduisent les ressources disponibles pour financer d’autres priorités et rendent le retour de la croissance plus pressant.
Elle met en garde contre les effets conjugués d’une activité peu dynamique et d’un endettement plus coûteux. Une dégradation des perspectives économiques ou de la confiance des prêteurs pourrait encore compliquer le financement du pays. Préserver la production, l’investissement et l’emploi constitue ainsi, dans son analyse, une condition de la sécurité financière de la France.
Des économies structurelles attendues du Parlement
Le Medef attend du débat parlementaire que les dispositions augmentant le coût du travail soient écartées. Il demande également que la surtaxe sur les bénéfices conserve son caractère exceptionnel et que des réformes de la dépense publique permettent de réaliser des économies structurelles.
L’organisation reconnaît que le rétablissement des comptes impose des arbitrages difficiles. Elle juge néanmoins que solliciter davantage le travail et les secteurs productifs pourrait réduire les recettes futures pour couvrir les besoins du budget de l’année. Elle invoque aussi les performances françaises de 2026 en matière de croissance et d’emploi, qu’elle considère moins favorables que celles de pays voisins confrontés aux mêmes contraintes internationales, pour défendre la préservation des capacités de production.
Interlocuteur des décideurs et des pouvoirs publics, le Mouvement des entreprises de France indique réunir plus de 240 000 entreprises adhérentes, majoritairement des TPE et des PME. Son réseau comprend 118 organisations territoriales et régionales, en France hexagonale et dans les outre-mer, ainsi que 122 organisations professionnelles adhérentes regroupant plus de 400 syndicats professionnels couvrant l’ensemble des secteurs d’activité. Selon les données présentées dans le communiqué, plus d’un salarié du privé sur deux en France travaille dans une entreprise affiliée à ce réseau.