Seconde main textile : Friptadium mise sur la vente en gros pour approvisionner les revendeurs en ligne

Fondée par les frères Thibault et Théo Pinsard, Friptadium lance cet été son activité de grossiste en vêtements de seconde main. Depuis la Seine-et-Marne, l’entreprise commercialise des box au kilo destinées aux vendeurs présents sur Vinted, Whatnot ou Leboncoin, mais aussi aux friperies et aux boutiques. Elle entend notamment approvisionner des revendeurs installés en Occitanie, sur un marché désormais suffisamment structuré pour dépasser le simple vide-dressing entre particuliers.

le grossiste français Friptadium lance cet été des box de vêtements triés à la main et vendus au kilo, destinées aux revendeurs en ligne, aux friperies et aux boutiques, notamment en Occitanie.

le grossiste français Friptadium lance cet été des box de vêtements triés à la main et vendus au kilo, destinées aux revendeurs en ligne, aux friperies et aux boutiques, notamment en Occitanie.

Longtemps associée aux friperies indépendantes, aux dépôts-ventes et aux vide-greniers, la seconde main textile repose désormais sur une chaîne économique plus large. Collecteurs, centres de tri, grossistes, logisticiens, plateformes numériques, vendeurs professionnels et créateurs de contenus participent à la circulation de vêtements qui peuvent connaître plusieurs propriétaires successifs.

En 2024, 65 800 tonnes de textiles d’habillement, de linge de maison et de chaussures ont été vendues en seconde main en France, soit 7,4 % des volumes consommés. Ce tonnage a progressé de 3,5 % en un an, tandis que près d’un tiers des achats d’occasion se substituent désormais à l’acquisition d’un produit neuf, selon l’éco-organisme Refashion.

L’usage des plateformes est devenu central dans cette transformation. Une étude publiée par l’Ademe indique que 42 % des Français ont recours à la seconde main pour leurs vêtements. Parmi les acheteurs et vendeurs concernés, 87 % utilisent au moins une plateforme numérique. Vinted occupe une place dominante, puisque l’application rassemble plus de 90 % des personnes réalisant leurs transactions de vêtements d’occasion sur Internet.

Cette progression ne signifie toutefois pas nécessairement une réduction mécanique de la consommation textile. L’Ademe observe que 66 % des vendeurs réutilisent les sommes gagnées pour consommer, dont 30 % pour acheter de nouveaux vêtements. La seconde main allonge la durée d’utilisation de certaines pièces, mais peut aussi accélérer leur rotation et encourager de nouveaux achats.

C’est dans cet environnement que Thibault Pinsard souhaite présenter « la seconde main textile comme une filière économique à part entière », avec ses circuits d’approvisionnement, ses coûts, ses marges et ses obligations réglementaires.

Des ventes sur Vinted à la création d’un grossiste

Friptadium est une société par actions simplifiée basée à Ozoir-la-Ferrière, en Seine-et-Marne. Dotée d’un capital de 1 000 euros, elle est présidée par Théo Pinsard, tandis que son frère Thibault Pinsard intervient comme cofondateur, responsable des approvisionnements et vendeur lors des sessions de live shopping.

Le projet trouve son origine dans une activité d’achat-revente commencée en brocante puis développée sur Vinted. Selon les données publiées par l’entreprise, son compte aurait enregistré 5 116 ventes entre 2022 et la fin mai 2026, pour un montant cumulé de 130 786,86 euros. La seule année 2025 aurait représenté 2 716 ventes et 73 503,56 euros de chiffre d’affaires, avec un panier moyen calculé à 25,56 euros sur l’ensemble de la période. Ces chiffres sont communiqués par Friptadium à partir de ses historiques de ventes et de ses relevés DAC7.

Les fondateurs ont ensuite diversifié leurs canaux en développant les enchères en direct sur Whatnot. Friptadium revendique plus de 9 600 ventes réalisées en live, avec une note moyenne de 4,9 sur 5 sur près de 1 000 évaluations. Cette expérience a conduit l’entreprise à se positionner non plus uniquement comme revendeur, mais comme fournisseur de stocks pour d’autres professionnels et indépendants.

Cette diversification répond également à une fragilité bien connue des vendeurs en ligne : leur dépendance aux décisions des plateformes. Suspension d’un compte, modification des règles de visibilité, baisse du nombre de vues ou concurrence accrue peuvent rapidement affecter le chiffre d’affaires. Friptadium défend donc une approche multicanale mêlant annonces classiques, live shopping, boutiques physiques et vente en gros.

Des vêtements français commercialisés en box de 3 à 10 kilos

Le modèle de Friptadium repose sur la commercialisation de lots de vêtements vendus au poids. Les clients peuvent commander des box de 3, 5, 7 ou 10 kilos, réparties entre une gamme « Basic », constituée principalement de marques de grande diffusion, et une gamme « Premium », orientée vers des marques davantage recherchées sur le marché de l’occasion.

Selon l’entreprise, les vêtements proviennent de boutiques et de friperies françaises. Ils sont contrôlés, lavés et majoritairement repassés avant leur expédition. Le stock présenté sur le site est composé à environ 90 % de vêtements pour femme, 7 % de vêtements pour homme et 3 % de vêtements pour enfant.

Les pièces sont annoncées en Grade A, une classification utilisée par le grossiste pour désigner des vêtements en très bon état, sans défaut notable pour plus de 90 % du contenu des lots. L’entreprise précise cependant que le tri demeure manuel et qu’une erreur ponctuelle reste possible.

Les premières box sont proposées à partir de 24,99 euros, sans minimum de commande. Elles sont préparées sous 24 à 48 heures, puis livrées en France, généralement en point relais. Le dispositif vise aussi bien les personnes qui testent l’achat-revente que les vendeurs plus expérimentés, les friperies, les dépôts-ventes et les commerçants souhaitant renouveler régulièrement leurs rayons.

Le nombre de pièces varie fortement selon la nature des vêtements. Friptadium estime qu’un kilo peut contenir environ trois à cinq articles pour un mélange basique, contre deux à quatre pièces pour des vêtements premium ou structurés. Un kilo de jeans ou de manteaux peut ne représenter qu’une à deux pièces, tandis que les vêtements pour enfants ou les articles légers permettent d’obtenir un volume supérieur.

De 300 euros de complément à une activité à temps plein

Friptadium présente un potentiel de chiffre d’affaires pouvant atteindre trois à cinq fois le coût d’achat du stock, selon la qualité des pièces, les prix pratiqués, les photographies, la saison et la plateforme utilisée. Ce coefficient correspond toutefois à un rapport entre les recettes espérées et le prix du lot, et non à un bénéfice net garanti.

« Le chiffre d’affaires n’est pas le bénéfice », rappelle ainsi l’entreprise. Le vendeur doit encore déduire le coût du stock, les cotisations sociales, les éventuelles commissions des plateformes, les emballages, les déplacements, les invendus et le temps consacré à l’activité. Le simulateur développé par Friptadium retient d’ailleurs une hypothèse prudente de 30 % de pièces non revendues, même si le taux réel dépend de la composition du lot et du travail commercial réalisé.

À partir de ses propres historiques de ventes, la société avance plusieurs ordres de grandeur. Un objectif mensuel de 300 à 500 euros nets nécessiterait environ 25 à 35 ventes par mois, soit près d’une transaction quotidienne et entre 8 et 12 heures de travail par semaine.

Pour atteindre 1 000 à 1 500 euros par mois, le volume passerait à environ 75 à 100 ventes mensuelles, avec une charge de travail évaluée entre 20 et 30 heures par semaine. Une activité visant 2 000 euros ou davantage nécessiterait entre 125 et 170 ventes par mois, soit quatre à six transactions quotidiennes et jusqu’à 35 à 50 heures de travail hebdomadaire.

Ces estimations reposent sur le panier moyen et les coûts d’approvisionnement constatés par les fondateurs. Elles ne constituent ni une moyenne nationale ni une promesse de revenus. À mesure que le volume augmente, la revente implique une gestion structurée du stock, des séances régulières de photographie, la rédaction des annonces, le suivi des messages, la préparation quotidienne des colis et le traitement des éventuels litiges.

DAC7 : transmettre des informations ne signifie pas automatiquement payer un impôt

La professionnalisation de la revente textile s’accompagne également d’un encadrement fiscal renforcé. En application du dispositif européen DAC7, une plateforme doit communiquer à l’administration fiscale les informations concernant un vendeur lorsque celui-ci réalise au moins 30 transactions au cours d’une année civile ou lorsqu’il encaisse plus de 2 000 euros. Un seul de ces deux critères suffit à déclencher la transmission.

Le franchissement de ces seuils ne signifie pas que toutes les sommes encaissées deviennent automatiquement imposables. Ils concernent l’obligation déclarative de la plateforme, et non la qualification fiscale de chaque vente.

Un particulier qui revend ponctuellement des vêtements lui appartenant et qu’il ne souhaite plus conserver n’est, en règle générale, pas imposé sur ces transactions. En revanche, une personne qui achète des vêtements dans le but de les revendre exerce une activité commerciale : les recettes correspondantes sont imposables et doivent être déclarées.

Le Service public distingue clairement la vente entre particuliers de la vente professionnelle : dès lors que des biens sont acquis pour être revendus, l’activité relève d’une entreprise commerciale et doit être déclarée dans un cadre adapté.

Pour les vendeurs approvisionnés auprès d’un grossiste, DAC7 ne représente donc pas un seuil à attendre avant de se déclarer. L’achat-revente constitue déjà, par sa nature, une activité professionnelle. Comme le résume Friptadium, il s’agit d’« un vrai business, avec un vrai cadre ».

Un débouché potentiel pour des indépendants occitans

Bien qu’implantée en Seine-et-Marne, Friptadium entend travailler avec des revendeurs répartis dans toute la France. Thibault Pinsard indique viser notamment des clients en Occitanie, qu’il s’agisse de personnes développant une activité complémentaire sur Vinted, de vendeurs spécialisés dans les enchères en direct ou de professionnels exploitant une friperie physique.

L’achat de lots à distance peut permettre à ces entrepreneurs de constituer un stock sans disposer immédiatement d’un réseau local de collecte ou d’un entrepôt important. Il ne supprime cependant pas les principaux risques du métier : immobilisation de trésorerie, erreurs de sélection, invendus, évolution des tendances, temps consacré à la préparation des annonces et dépendance envers les plateformes.

La qualité du tri représente justement l’un des enjeux identifiés par Refashion. L’éco-organisme souligne encore l’insuffisance des capacités de collecte et de tri, la dégradation de la qualité de certains gisements textiles ainsi que le manque de standards suffisamment développés pour permettre au marché de changer véritablement d’échelle.

En proposant un stock segmenté, contrôlé et livré en petits volumes, Friptadium cherche à occuper l’espace situé entre la chine artisanale en brocante et les balles industrielles de plusieurs dizaines de kilos. Son développement dépendra désormais de sa capacité à garantir la régularité des approvisionnements, la qualité annoncée des box et la rentabilité réelle obtenue par les revendeurs. Autant de conditions nécessaires pour transformer une pratique individuelle en une activité économique durable.

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