Fondée en 2006 par Alexandra Pons et Claude Hélias, la compagnie Cœur et Jardin célébrera ses vingt ans le 30 septembre 2026. En résidence au Grenier Théâtre, elle totalise plus de 22 créations et plus de 250 000 spectateurs. Devenue professionnelle, cette troupe née d’une rencontre dans un cours de théâtre annonce sept spectacles pour la saison 2026-2027, dont deux nouvelles créations.
Depuis 2006, la compagnie a signé plus de 22 créations et donné près de 2 000 représentations. (photo Nicolas Barbarin Castanea)
Une compagnie professionnelle n’était pas, au départ, leur projet. Lorsque Alexandra Pons et Claude Hélias se rencontrent au début des années 2000 dans un cours de théâtre à Aucamville, leur ambition consiste d’abord à apprendre et à jouer. Vingt ans après la fondation de Cœur et Jardin, cette envie a pris une autre dimension : près de 2 000 représentations, un public constitué au fil des saisons et un lieu de résidence, le Grenier Théâtre, à Toulouse.
Selon les chiffres communiqués à l’occasion de cet anniversaire, la compagnie dispose d’un budget de fonctionnement de 300 000 euros, fait état de 40 000 euros de subvention, emploie deux salariés en CDI et compte dix mécènes. Derrière ce bilan, son histoire raconte le passage progressif d’une pratique partagée entre amis à une activité professionnelle.
Deux parcours venus de l’entreprise
Avant de fonder Cœur et Jardin, les deux partenaires multiplient les formations. Ils suivent des stages au Grenier de Toulouse, au Grenier Théâtre et au Théâtre du Pavé, notamment auprès de Laurence Roy et Francis Azéma. À Paris, ils se forment également auprès de Jean-Laurent Cochet, qui a notamment enseigné à Isabelle Adjani et Fabrice Luchini.
« Nous étions passionnés de théâtre. Au départ, il n’y avait pas le projet de devenir professionnels. Nous voulions simplement continuer à apprendre, à jouer et à faire du théâtre ensemble », se souvient Alexandra Pons.
Diplômée d’une école de commerce, celle-ci a travaillé plus de vingt ans dans le monde de l’entreprise, tout en développant sa pratique de comédienne. Cofondatrice de la compagnie, elle participe à son développement artistique, avec une attention portée au texte, à l’interprétation et à la relation avec les spectateurs.
Claude Hélias, expert-comptable et commissaire aux comptes, est un ancien dirigeant de BGH Experts et Conseil et président honoraire de l’Ordre des experts-comptables. Son parcours comprend aussi un engagement dans le rugby, au Stade Toulousain et à la Fédération française de rugby. Comédien et metteur en scène depuis plus de vingt ans, il assure la direction artistique de la compagnie et celle du Grenier Théâtre.
La comédie pour rencontrer le public
La compagnie est créée en 2006. L’année suivante, elle présente au Grenier Théâtre sa première production, George Dandin, de Molière, dans une mise en scène de Francis Azéma. Les proches constituent alors le premier cercle de spectateurs. D’autres pièces suivent, tandis que le bouche-à-oreille élargit progressivement l’audience.
Le répertoire initial privilégie Molière, Feydeau et Labiche. Ce choix répond à une volonté de rendre les premiers spectacles accessibles à un public qui ne connaît pas encore la troupe.
« Nous n’étions pas connus, nous n’avions pas de passé dans le milieu du théâtre. Nous nous sommes dit que la comédie était une bonne façon de rencontrer le public. Les gens viennent aussi au théâtre pour rire », explique Claude Hélias.
Les textes contemporains prennent ensuite leur place, avec des pièces de Ray Cooney, Marc Camoletti, Sébastien Thiéry, Gérard Sibleyras et Florian Zeller. En 2015, Le Repas des fauves, de Vahé Katcha, adapté par Julien Sibre, fait évoluer le registre de la compagnie vers une comédie plus sombre, où le rire accompagne des situations autrement inquiétantes.
Pour choisir les spectacles, les fondateurs s’appuient sur leurs lectures et leurs sorties au théâtre. « Je lis énormément de pièces. Nous essayons aussi d’en voir beaucoup, notamment à Paris. Et puis il y a le feeling : il faut qu’à la lecture ou lorsqu’on découvre une pièce sur scène, quelque chose nous donne envie de la monter », précise Claude Hélias. La compagnie défend ainsi un théâtre populaire, tout en maintenant une exigence dans le travail des textes et leur interprétation.
Le Grenier Théâtre, un ancrage construit dans la durée
Le parcours de Cœur et Jardin rejoint celui de son lieu de résidence. Vers 2010-2011, alors que le Grenier Théâtre risque de fermer, Claude Hélias et Denis Guiseppin, président du théâtre, décident d’en reprendre la direction et d’entreprendre des travaux.
Le concours de mécènes et une aide de la Ville permettent de rénover progressivement le lieu. Au fil des aménagements, le théâtre développe aussi les espaces et les occasions de rencontre : les spectateurs peuvent boire un verre, se restaurer légèrement avant ou après la représentation et échanger avec les artistes.
La fréquentation a subi le ralentissement de la crise sanitaire, avant un retour progressif du public. La compagnie observe aujourd’hui la présence de nouvelles générations aux côtés de ses habitués.
« Notre public est majoritairement composé d’habitués, mais nous voyons aussi de plus en plus de jeunes venir. C’est l’une des forces de notre compagnie : proposer un théâtre qui rassemble, qui divertit, qui peut aussi questionner, mais qui donne surtout envie de revenir », souligne Alexandra Pons.
Une équipe réunissant scène, administration et technique
La professionnalisation s’est accompagnée de collaborations durables, enrichies par de nouvelles rencontres. Aux côtés d’Alexandra Pons et de Claude Hélias, la troupe réunit les comédiens Frank Biaggiotti, Laurent Berthier, Philippe Canizarès, Alissa Chalard, Philippe Cros, Denis Escadafals, Marc Faget, Angélique Infante, Emmanuelle Kalfon, Joris Laduguie et Robert Simon.
Plusieurs membres exercent aussi d’autres fonctions. Valérie Coré associe administration et jeu, Samuel Mattieu est comédien et metteur en scène, tandis que Lorenzo Salvaggio est comédien et formateur. Erwan Guillou intervient à la régie ainsi qu’à la création lumière, au son et aux décors.
Sept spectacles, dont deux créations, en 2026-2027
Le rythme de production est d’une à deux nouvelles pièces par saison, complétées par des reprises. Pour 2026-2027, la compagnie annonce sept spectacles, parmi lesquels deux créations : Un grand cri d’amour, de Josiane Balasko, et Vidéo Club, de Sébastien Thiéry.
La saison débutera avec Les Belles sœurs, du 7 au 22 octobre 2026, puis Dilemme, du 18 au 21 novembre. Un grand cri d’amour sera présenté du 3 au 31 décembre.
En 2027, Vidéo Club prendra le relais du 17 au 27 février, avant Le Repas des fauves, du 3 au 11 mars. Silence on tourne sera à l’affiche du 25 mars au 9 avril, puis Ramsès II, du 16 au 25 avril.
Transmettre au-delà des représentations
L’activité de Cœur et Jardin comprend également des actions auprès de publics spécifiques. La compagnie dispense des cours de théâtre à des jeunes en situation de handicap mental avec l’association Passiflore. Elle propose aussi des séminaires gratuits de prise de parole pour l’association Nos Quartiers ont du Talent et intervient auprès des scolaires.
Le Repas des fauves est notamment présenté régulièrement à des groupes d’élèves étudiant la Seconde Guerre mondiale, donnant au spectacle un prolongement pédagogique.
Pour qualifier ces vingt années, les fondateurs retiennent trois mots : « Passion - Travail - Amitié ».