Toulouse. Dans les coulisses de Cablelec, ces « orfèvres du cerveau électrique » qui équipent métro, universités et grandes infrastructures

À Colomiers, près de Toulouse, un atelier discret participe pourtant à certains des projets les plus structurants du territoire. Au sein de l’entité Cablelec, intégrée à Ineo – marque d’Equans France, filiale du groupe Bouygues – des spécialistes appelés tableautiers conçoivent et fabriquent des armoires électriques sur mesure. Ces équipements, au cœur du fonctionnement des bâtiments et des infrastructures, pilotent et protègent les installations électriques de sites aussi variés que les universités, les hôpitaux, les transports ou les installations industrielles. Un savoir-faire industriel rare, ancré dans le tissu local et mobilisé notamment pour des projets comme Téléo ou les futures lignes du métro toulousain.

Charles Vaz Pinto, dirigeant de Cablelec (Ineo – Equans France) à Colomiers. (Photo Dorian Alinaghi)

Charles Vaz Pinto, dirigeant de Cablelec (Ineo – Equans France) à Colomiers. (Photo Dorian Alinaghi)

Dans l’atelier de Cablelec, les armoires électriques ne sortent pas d’une chaîne de production standardisée. Chaque tableau est conçu pour une installation précise, avec ses contraintes techniques, ses normes et ses usages propres.

Le métier de tableautier consiste précisément à traduire un schéma électrique en une armoire fonctionnelle capable de distribuer, protéger et piloter l’énergie d’un bâtiment ou d’une infrastructure.

« Chaque armoire électrique est unique. Elle est conçue pour une installation spécifique et fabriquée sur mesure à partir des besoins exprimés dans le schéma électrique », explique Charles Vaz Pinto, dirigeant de Cablelec.

Ces équipements constituent un élément central du système électrique. On les retrouve au cœur des bâtiments pour assurer la protection des biens et des personnes, couper l’alimentation en cas de défaut et organiser la distribution de l’électricité vers les différents équipements.

« Le tableau électrique est le cœur de l’installation. C’est là que se trouvent toutes les protections et les dispositifs qui sécurisent les équipements et les usagers », précise-t'il.

Ce rôle stratégique explique pourquoi les professionnels du secteur parlent parfois des tableautiers comme des « orfèvres du cerveau électrique des bâtiments ».

Des armoires électriques de plus en plus intelligentes

Au fil des années, les armoires électriques ont considérablement évolué. Loin de se limiter à la distribution de puissance, elles intègrent aujourd’hui des dispositifs d’automatisation, de pilotage énergétique et de remontée d’informations.

« Aujourd’hui, les armoires électriques intègrent de plus en plus d’intelligence. Elles permettent de piloter des installations, de mesurer les consommations et de remonter des données pour améliorer la performance énergétique », explique le dirigeant.

Dans certains environnements sensibles, comme les hôpitaux ou les data centers, les tableaux doivent même permettre des interventions sans couper l’électricité. Des systèmes de tiroirs ou d’extensions permettent ainsi d’ajouter ou de remplacer des composants tout en maintenant l’alimentation des installations.

Ces innovations s’inscrivent dans un contexte où les exigences réglementaires et les technologies évoluent rapidement, obligeant les équipes à adapter en permanence leurs méthodes de conception et de fabrication.

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Dans l’atelier Cablelec de Colomiers, près de 9 600 heures d’études techniques sont réalisées chaque année pour concevoir les armoires électriques sur mesure avant leur fabrication. (Photo Dorian Alinaghi)

Un savoir-faire industriel installé à Colomiers depuis plusieurs décennies

L’activité de fabrication de tableaux électriques existe au sein d’Ineo depuis plusieurs décennies. L’entreprise est installée à Colomiers depuis 1985, héritière d’une tradition industrielle remontant aux années 1940.

Aujourd’hui, l’atelier rassemble 27 salariés permanents, auxquels s’ajoutent régulièrement des alternants et intérimaires. Ensemble, ils réalisent environ 1 400 tableaux électriques par an, soit près de six équipements par jour ouvré.

Chaque projet nécessite une phase d’ingénierie approfondie. Les équipes du bureau d’études consacrent ainsi près de 9 600 heures d’études par an à concevoir ces équipements sur mesure.

Cette activité représente un chiffre d’affaires d’environ 7 millions d’euros, dont près de 30 % sont réalisés en Occitanie, témoignant de l’importance du tissu économique régional dans le développement de l’entreprise. L’atelier travaille par ailleurs avec des distributeurs et partenaires locaux pour l’approvisionnement en matériel, participant ainsi à l’économie industrielle du territoire.

Des infrastructures majeures en Occitanie et au-delà

Les armoires électriques conçues à Colomiers équipent une grande diversité de projets. En Occitanie, l’atelier intervient notamment sur des infrastructures emblématiques comme Téléo, le téléphérique urbain de Toulouse, ou encore sur les futures lignes B et C du métro toulousain. Les équipes participent également à des projets liés aux universités, aux bâtiments tertiaires ou aux installations industrielles.

« Nous travaillons sur de nombreux chantiers liés au transport, à l’industrie ou aux bâtiments publics. Les tableaux fabriqués ici peuvent équiper aussi bien des universités que des infrastructures de transport ou des sites industriels », explique Charles Vaz Pinto.

Au-delà de l’Occitanie, l’atelier intervient sur des projets répartis dans plusieurs régions françaises, notamment en Île-de-France, en Aquitaine ou dans le Centre.  Certains équipements sont également destinés à des secteurs exigeants comme les transports ferroviaires, les installations hospitalières, les centrales photovoltaïques ou encore certaines infrastructures de défense.

Un métier qui se transmet principalement sur le terrain

Malgré sa technicité, le métier de tableautier ne dispose pas d’une filière de formation dédiée. Les professionnels arrivent généralement avec une formation en électrotechnique, souvent issue d’un CAP, d’un bac professionnel ou d’un BTS, avant de se spécialiser dans l’entreprise.

« Il n’existe pas d’école de tableautier. Les bases viennent de l’électrotechnique, mais le métier s’apprend essentiellement sur le terrain », souligne-t'il.

Cette transmission progressive des compétences demande du temps, car les tâches sont variées et souvent très spécifiques. L’atelier s’appuie ainsi sur l’alternance, la formation interne et parfois la reconversion professionnelle pour recruter et former ses collaborateurs.

Des parcours professionnels variés au sein de l’atelier

La diversité des parcours se reflète aussi dans les profils des salariés. Certains arrivent du secteur électrique traditionnel, d’autres de l’industrie ou même de l’aéronautique.

C’est le cas de Sarra Taghouti, arrivée en France en 2016 après une formation en électricité en Tunisie. Elle travaille aujourd’hui sur le montage et le câblage des armoires électriques.

« Je voulais montrer que ce métier n’est pas réservé aux hommes. Les femmes peuvent aussi exercer ces métiers techniques », explique-t-elle.

Pour elle, la compréhension des armoires électriques constitue un élément clé pour maîtriser les bases de l’électricité. « Comprendre les tableaux électriques permet de mieux saisir le fonctionnement global des installations électriques », souligne-t-elle.

Son parcours prouve l’évolution progressive d’un secteur qui cherche à attirer de nouveaux profils dans des métiers techniques encore peu connus.

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Arrivée en France en 2016, Sarra Taghouti travaille aujourd’hui au montage et au câblage d’armoires électriques chez Cablelec. Formée à l’électricité en Tunisie, elle souhaite démontrer que les métiers techniques de l’électricité sont pleinement accessibles aux femmes. (Photo Dorian Alinaghi)

Equans, un acteur mondial de la transition énergétique

L’activité de Cablelec s’inscrit dans l’organisation d’Equans, filiale du groupe Bouygues et acteur international des services liés à l’énergie et aux infrastructures. Présent dans 20 pays et employant près de 90 000 collaborateurs, le groupe a réalisé 19,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2024.

En France, Equans France rassemble notamment les marques Ineo, Axima et Bouygues Energies & Services, et mobilise 35 000 collaborateurs pour accompagner les entreprises, collectivités et industriels dans les défis liés aux transitions énergétique, industrielle et numérique.

L’entreprise intervient sur l’ensemble du cycle de vie des projets, depuis la conception jusqu’à la maintenance des installations, avec des expertises couvrant le génie électrique, le génie climatique, la réfrigération, la sécurité incendie, les télécommunications ou encore les solutions digitales.

Avec ses 7,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2024, Equans France accompagne des projets dans près de 30 pays, contribuant à améliorer la performance énergétique et la sobriété des infrastructures.

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