Antoine Jouin : "Je suis un ardent défenseur de la mobilité"

Antoine Jouin, directeur général et associé de Syntony.

Antoine Jouin vient du monde des grands groupes. Il était précédemment Pdg de Continental Automotive France après être passé par Siemens Automotive et Bosch France, où il  a exercé dans des postes de haute responsabilité. Le voici aujourd’hui directeur général associé de Syntony, start-up de quarante personnes spécialisée dans le traitement de signal GPS /GSNN.  Antoine Jouin explique les raisons de son tournant professionnel et ce qu’il est venu trouver chez Syntony, entreprise au fort potentiel de développement à l’international. Fondée et présidée  par Joël Korsakissok, cette pépite toulousaine de la deep-tech annonçait il y a deux mois une levée de fonds de 6 millions d’euros auprès de Bpifrance (via le fonds Croissance Rail), de son investisseur historique Irdi et de l’équipe dirigeante de la société. Syntony prévoit de passer de 3,8 M€ de CA en 2017 (CA 2018 non communiqué) à 50 M€ en 2021, avec un effectif multiplié par 5, pour atteindre les 200 salariés.   

Informaticien de formation, vous êtes très vite passé à la gestion et au management. Etes-vous fait pour diriger ?
Ce n’était pas une vocation dès le départ mais c’est vrai que je me suis rapidement trouvé à la tête de grandes entreprises. Tout au long de ma carrière,  j’ai voulu apprendre et me bousculer pour découvrir de nouvelles compétences, de nouveaux milieux. Je suis passé de la gestion et de la recherche technique dans le domaine de l’IA dans une ESN (R2I à Caen) à un poste de responsable informatique chez Bosch. Il a fallu que j’apprenne rapidement l’allemand, pas si évident ! A 33 ans, je me suis retrouvé à la tête du service informatique de Bosch France avec six directeurs informatique seniors. Là aussi, c’était un challenge pour moi, mais tellement formateur.

Vous êtes aussi passé par les ressources humaines ?
Quand je suis entré chez Siemens VDO, qui a plus tard intégré  le groupe Continental, on m’a proposé de prendre la direction des ressources humaines. Pour un informaticien, ça peut paraître étonnant, mais j’avais acquis une bonne connaissance métiers, ce qui m’a aidé dans ces nouvelles fonctions. D’après moi, l’entreprise repose sur trois éléments : l’homme, le process et les outils. Aucun de ces éléments  ne peut fonctionner seul. Dans mes fonctions de manager, y compris en tant que Pdg de Continental Automotive, je me suis toujours appliqué à réunir ces trois domaines avec le pus d’harmonie possible, et en plaçant l’homme en premier.

Vous avez décidé de quitter l’univers des grands groupes. Pourquoi ?
Après huit années en tant que Pdg de Continental Automotive France, j’avais l’impression d’avoir fait le tour. Je suis un ardent défenseur de la mobilité, géographique, mais aussi dans une carrière professionnelle : changer de fonction et surtout s’ouvrir à de nouvelles compétences me semble essentiel. Cela permet une vision transversale de son activité.  Cette mobilité est finalement  plus facile à mettre en place dans les grands groupes. Il y a plusieurs sortes de managers, je me classerais davantage dans les managers « design and built », ce qui explique mon choix de rentrer dans l’aventure Syntony. Quand j’ai quitté Continental, je savais que voulais devenir entrepreneur. J’ai d’ailleurs cherché à racheter une société entre 200 et 1000 personnes. Je me suis finalement rapproché de Syntony, plus petite entreprise,  et que je connaissais très peu à l’époque !

Qu’est-ce qui vous a attiré chez Syntony ?
Travailler dans la deep tech, à l’international, sur une solution positive pour l’homme (dans le sens où les solutions de Syntony permettent d’améliorer la sécurité, voir même de sauver des vies). Et puis je me suis entendu avec Joël Korsakissok, le dirigeant fondateur, que j’ai rencontré par l’intermédiaire de Christian Bec (vice-président de Syntony, NDLR). Nos tâches sont bien définies au sein de l’entreprise et le fait d’être entré dans le capital me permet de participer aux réflexions stratégiques, ce qui est très motivant.  Syntony détient une invention unique, mondiale et même si la solution proposée correspond à un marché déjà défini, il nous faut nous imposer vite et dans le monde entier, malgré notre petite taille aujourd’hui.  C’est un challenge qui me passionne. Notre force, c’est notre agilité mais aussi le fait que 80 % de notre produit est en software et 20 % en hardware, ce qui nous permet d’être très compétitifs. Autres chiffres forts de Syntony : l’entreprise exporte à 70 % et la R&D représente près de 50 % de l’activité. Ma connaissance du milieu politique, des grands groupes, de l’écosystème local et des grands projets en cours peut être utile pour accompagner le développement de l’entreprise.

Les équipements de réception et de simulation GNSS pour les secteurs aéronautique et spatial sont les métiers de base de Syntony. Mais vous visez  d’autres leviers de croissance ?
L’entreprise s’est déjà diversifiée vers la géolocalisation dans les milieux souterrains avec son service SubWave qui vise le marché des métros, des tunnels routiers, des mines. Nous avons déjà équipé des métros à l’international (New York, Stockholm) et nous sommes en train de valider des partenariats pour le tunnel de Fourvière à Lyon, le tunnel de l’A86  à la sortie de Paris et un autre à Marseille. Notre solution permet de maintenir l’accès à la géolocalisation en un temps record et avec une très grande précision dans ces espaces confinés. Autre service : le SoftSpot qui consiste en un  récepteur logiciel pouvant être embarqué dans le métro en indoor ou outdoor et qui permet le développement d’applications de services comme par exemple la prédiction des arrivées de train. Cela existe déjà, mais via des capteurs espacés les uns des autres. Et donc pas toujours fiable et précis.

Visez-vous aussi l’IoT et les véhicules autonomes ?
Les objets connectés sont aussi un de nos leviers de développement, les solutions  de Syntony permettant de limiter l’activité de l’objet à son strict minimum et donc d’économiser les batteries. Sur le véhicule autonome, nous pourrions aussi nous positionner mais à notre petite taille, face à des constructeurs, je préfère ne pas m’avancer aujourd’hui. Par contre, Syntony a effectivement des solutions concrètes et adaptées à apporter pour améliorer la géolocalisation, y compris dans les espaces souterrains…
 

Parcours
Après des études universitaires en informatique à Orsay et à Caen, Antoine Jouin démarre sa carrière dans une ESN (SSII à l’époque) où il travaille dans le domaine de l’IA. Il entre ensuite chez Bosch en tant que responsable informatique pour finir responsable de Bosch France (10 000 salariés, 26 sites) à tout juste 33 ans. En 1999, il est chassé par Siemens VDO et arrive à Toulouse. Il prend la responsabilité France puis celle du secteur de l’Europe de l’Ouest (en tant que CIO). En 2007, lors du rachat par Continental, il prend en charge les ressources humaines. En 2010, il devient Pdg de Continental Automotive France (8000 salariés, 14 sites dont 7 sites de production) puis président France. Il quitte le groupe et rejoint Syntony (40 salariés ; CA non communiqué) en 2018. Il est aujourd’hui associé et directeur général de cette entreprise toulousaine spécialisée dans les solutions de géolocalisation. A Toulouse depuis une vingtaine d’années, Antoine Jouin s’est aussi impliqué dans l’écosystème local. Il a été vice-président d’Aerospace Valley entre 2014 et 2017 et au comité de Bic Montpellier (Business Innovation Center). Au sein du Cercle Stratégique des Entreprises d’Occitanie, il anime, aux côtés de Christian Desmoulins et d’autres dirigeants de grands groupes, la réflexion régionale autour de la mobilité du futur.