Budget 2026 : dans l’Hérault, le Département cherche l’équilibre sous contrainte tout en sanctuarisant ses priorités

Dans un contexte financier encore tendu, le Département de l’Hérault adopte pour 2026 un budget de 1,821 milliard d’euros, construit autour d’un équilibre fragile, d’une vigilance revendiquée et de quatre priorités affichées : les solidarités, la jeunesse, l’environnement et les services publics de proximité. Derrière les grands équilibres comptables, la collectivité entend maintenir une action forte sur les publics les plus vulnérables, poursuivre ses investissements dans les collèges, soutenir la transition écologique et continuer d’accompagner les territoires.

Après une situation très difficile pour la collectivité en 2025 et des efforts importants, l’état de des finances s’améliore légèrement mais reste sous tension. (Photo Pixabay)

Après une situation très difficile pour la collectivité en 2025 et des efforts importants, l’état de des finances s’améliore légèrement mais reste sous tension. (Photo Pixabay)

Le ton est donné dès l’édito du président Kléber Mesquida. Après une année 2025 décrite comme particulièrement difficile, le Département assure voir sa situation financière s’améliorer « légèrement », sans pour autant sortir de la zone de tension. En cause, selon l’exécutif départemental, des dépenses obligatoires en hausse continue, insuffisamment compensées par les recettes. Pour préserver un service public jugé efficace et de proximité, la collectivité dit avoir dû réduire ou arrêter certains dispositifs, tout en poursuivant ses missions sociales essentielles.

Le budget 2026 est ainsi présenté comme un budget à l’équilibre, rendu possible grâce à la reprise anticipée des résultats 2025, à une légère reprise des droits de mutation à titre onéreux (DMTO) et à une recette exceptionnelle issue du Fonds de sauvegarde des départements. Mais le Département prévient déjà : ces ressources ne sont pas pérennes. Dans ce cadre, il annonce la poursuite des économies, des stratégies de rationalisation et de mutualisation, ainsi qu’un réexamen de certains investissements pluriannuels, avec des décalages de calendrier sur plusieurs projets.

Dans le détail, le budget global atteint 1,821 milliard d’euros, dont 1,585 milliard en fonctionnement et 235,7 millions d’euros en investissement. Les dépenses de fonctionnement s’élèvent à 1 585,4 millions d’euros, les dépenses d’investissement à 181,6 millions, tandis que l’emprunt d’équilibre est fixé à 61,7 millions d’euros. Côté recettes, le produit des DMTO est évalué à 310 millions d’euros, tandis que les autres recettes fiscales représentent 421,1 millions d’euros.

« Ce budget d’1,8 milliard d'euros répond à nos 4 priorités : les solidarités envers les plus vulnérables, l’avenir de notre jeunesse, l’environnement, et le maintien de services publics de proximité, partout dans l’Hérault », écrit Kléber Mesquida dans son édito.

Les solidarités, premier bloc budgétaire du Département

Sans surprise, la part la plus importante du budget est consacrée aux solidarités humaines, avec 1,085 milliard d’euros, soit près de 60 % des dépenses 2026. Le Département rappelle qu’il intervient sur un territoire en croissance démographique, devenu le deuxième département le plus peuplé d’Occitanie avec 1 252 900 habitants, mais aussi marqué par des fragilités sociales persistantes : un taux de chômage de 10,6 % contre 7,7 % au niveau national, un taux de pauvreté proche de 19,4 %, ainsi qu’une progression marquée du nombre de familles monoparentales, qui représentent désormais 33,2 % des familles héraultaises.

Le premier pilier de cet effort concerne l’enfance et la famille, avec 257,1 millions d’euros. Le Département entend poursuivre son accompagnement dès les premiers jours de la vie, en renforçant notamment la Protection maternelle et infantile (PMI) et en ouvrant en 2026 deux nouvelles Maisons des 1 000 jours, à Puisserguier et Lunel, après celles déjà déployées à Montpellier, Frontignan et Béziers. Ces lieux doivent proposer consultations gratuites, ateliers collectifs et accompagnement à la parentalité. En parallèle, les équipes de PMI poursuivront leurs missions de suivi médical, de prévention, de vaccination, de bilans de santé et de soutien aux familles dans 50 lieux d’accueil répartis sur le territoire.

Les chiffres avancés donnent la mesure de cette politique : 6 997 jeunes reçus en centres de santé sexuelle en 2025, 10 000 jeunes sensibilisés à la vie relationnelle, affective et sexuelle dans 50 établissements, 4 793 assistants maternels accompagnés, 52 lieux d’accueil enfants-parents soutenus, ainsi que le maintien du partenariat avec 40 crèches à vocation sociale.

Sur le volet de la protection de l’enfance, le Département met en avant une logique d’intervention précoce et de prévention. En 2025, 4 517 informations préoccupantes concernant des enfants en danger ou en difficulté ont été signalées, dont 1 773 qualifiées et évaluées. La collectivité recense également 1 232 mesures administratives d’aide éducative en cours et 31 actions de soutien à la parentalité. Après l’ouverture de 283 places d’accueil en 2025, elle prévoit encore 14 places supplémentaires au foyer de l’enfance et 30 places en MECS sur 2026-2027. Le dispositif des contrats jeunes majeurs doit, lui, continuer à accompagner l’accès à l’autonomie de 825 jeunes sortant de l’aide sociale à l’enfance.

Autre axe fort, l’action sociale et le logement, dotés de 29 millions d’euros. Le Département revendique une logique de proximité, avec un maillage renforcé entre ses services et les acteurs locaux. Plus de 80 actions territorialisées ont été mises en œuvre, dont 115 permanences d’accès aux droits et de médiation numérique portées par 30 associations, pour accompagner 38 500 personnes. La collectivité compte également poursuivre sa lutte contre les violences intrafamiliales, avec notamment un Plan départemental 2026-2028 de lutte contre les violences faites aux femmes, signé le 6 mars 2026, ainsi que des dispositifs d’hébergement d’urgence, de permanences d’accueil et d’accompagnement social. En 2025, 173 familles ont ainsi été prises en charge pour ce motif.

L’insertion représente à elle seule 308,3 millions d’euros. Le Département souligne la hausse du nombre de bénéficiaires du RSA et rappelle que plus de 37 500 allocataires sont aujourd’hui engagés dans une démarche d’insertion. Il met en avant les résultats enregistrés en 2025, avec 4 975 allocataires ayant repris une activité, dont 3 887 via un contrat de travail ou une création d’activité, 518 employés en chantier d’insertion et 570 entrés en formation. L’offre santé destinée aux allocataires du RSA sera reconduite en 2026, avec 3 460 places d’accompagnement déployées par 10 opérateurs.

Enfin, les politiques d’autonomie et de handicap mobilisent 490,6 millions d’euros. Le Département veut préparer le vieillissement annoncé de la population, alors que le nombre de personnes de plus de 85 ans pourrait passer de 40 000 en 2020 à 93 000 en 2050. En 2026, il prévoit le déploiement des téléservices de la MDPH, un renforcement des solutions pour les situations complexes, ainsi que la poursuite de son accompagnement des aidants. Sur le terrain, 89 accueillants familiaux sont agréés pour 219 places, et 1 386 élèves en situation de handicap ont bénéficié d’un transport scolaire adapté en 2025.

La jeunesse et les collèges, deuxième grande priorité politique

Avec 69,1 millions d’euros consacrés à la jeunesse et à l’éducation dans l’édito, et plus précisément 67,9 millions d’euros pour les collèges auxquels s’ajoutent 1,2 million d’euros pour les actions jeunesse, le Département place clairement l’avenir des jeunes parmi ses axes majeurs. L’objectif affiché est de créer les conditions de la réussite, de l’épanouissement et de l’engagement citoyen.

En 2026, l’Hérault comptera 56 565 collégiens, répartis dans 84 collèges, avec 852 agents techniques, 41 halles de sport et 10 collèges équipés d’un gymnase. Le Département poursuit son Plan Collèges 2021-2028, avec à la fois des opérations de construction, de rénovation, d’extension et d’équipement. Le collège de Maraussan, labellisé Bâtiment durable Occitanie niveau Or, reste l’un des symboles de cette stratégie, avec des matériaux biosourcés, une orientation optimisée, la géothermie et une gestion des eaux de pluie intégrée au projet. D’autres opérations sont prévues à Baillargues, Bessan, Montarnaud, Cazouls-lès-Béziers, Montpellier, Castelnau-le-Lez, Saint-Gély-du-Fesc, Clapiers, Lunel ou encore Saint-Gervais-sur-Mare.

Le Département entend aussi faire du numérique un levier de transformation éducative. En 2026, il annonce l’augmentation du débit internet dans tous les collèges, le déploiement du wifi pédagogique dans 56 établissements, la poursuite du programme GSIC 2.0 et la consolidation de l’Espace numérique de travail renouvelé. L’Hérault se présente par ailleurs comme l’un des premiers territoires numériques éducatifs de France, dans le cadre d’une expérimentation nationale liée au Plan France 2030. À Maraussan, un Fablab doit ouvrir en septembre 2026 pour proposer un espace d’innovation, de fabrication et de partage autour des outils numériques.

L’autre marqueur fort de cette politique concerne la restauration scolaire. Le Département gère la compétence restauration pour 59 collèges publics et met en avant des assiettes bio à 75 %, une politique de lutte contre le gaspillage, ainsi qu’une démarche de suppression progressive du plastique. L’aide à la restauration bénéficie à 10 445 élèves, avec une participation comprise entre 0,30 euro et 3,60 euros par repas selon les ressources. Le coût réel de production d’un repas est estimé à 10,50 euros, pour un tarif maximal facturé aux familles plafonné à 4,60 euros.

Au-delà des collèges, la politique jeunesse vise aussi l’orientation, la découverte des métiers, la participation citoyenne et l’insertion. Le Département diffuse chaque année 120 offres de stage de 3e, accueille des classes pour des journées de sensibilisation civique, soutient les associations de jeunesse et poursuit son partenariat avec les 7 Missions locales de l’Hérault. À l’Espace Jeunes citoyens de Pierresvives, 2 920 jeunes bénéficient chaque année d’une offre d’information de proximité. Le Fonds départemental d’aide aux jeunes, destiné aux 18-25 ans en situation de précarité, a aidé 700 personnes en 2024.

Environnement : protéger les ressources et adapter le territoire

Le troisième pilier du budget 2026 concerne l’environnement, avec 62,4 millions d’euros. Dans un contexte de contrainte budgétaire, le Département veut maintenir les actions jugées essentielles à l’attractivité du territoire tout en poursuivant la transition écologique. Il met en avant la protection des espaces naturels, la gestion de l’eau, l’adaptation du littoral et le soutien aux filières agricoles, maritimes et touristiques.

Sur la ressource en eau, le Département rappelle son engagement historique. En 2026, la priorité sera donnée au renforcement de la sécurité de deux barrages départementaux majeurs, le Salagou et les Olivettes, considérés comme stratégiques pour l’irrigation, l’eau potable, le soutien d’étiage et les loisirs. La collectivité relancera également le suivi de la qualité des eaux superficielles, dans la continuité d’une démarche engagée depuis 23 ans, avec un financement possible à hauteur de 70 % par l’Agence de l’eau.

L’Observatoire départemental de l’environnement, de l’eau, de la climatologie et du littoral doit lui aussi évoluer. Plus de 90 millions de données y sont déjà traitées, et le portail doit être refondu en 2026 pour offrir plusieurs niveaux d’accès, du grand public aux experts. En parallèle, le Département rappelle avoir acquis près de 9 500 hectares d’espaces naturels sensibles, dont plus de 70 % de forêts ou de zones humides, pour protéger durablement la biodiversité et mieux faire connaître les milieux aquatiques et humides.

La politique environnementale se prolonge jusque dans les filières économiques. Sur l’agriculture, le Département poursuit sa stratégie Hérault Irrigation 2018-2030, avec la préparation de retenues hivernales sur les sites de Pouzolles l’étang et Florensac, en vue de sécuriser les productions et de renforcer la résilience face à la sécheresse et aux incendies. Il reconduit également le dispositif REAGIR, destiné aux exploitants agricoles en difficulté, dont 70 % des bénéficiaires retrouvent, selon la collectivité, une activité viable.

Sur le littoral et les activités maritimes, l’année 2026 doit aussi être marquée par la poursuite de la stratégie Hérault Littoral, l’observation citoyenne du trait de côte et l’accompagnement des filières conchylicoles, fragilisées par la crise liée au Norovirus. Le Département rappelle que 380 entreprises ont été touchées autour du bassin de Thau et qu’un plan de soutien a été déployé avec les collectivités partenaires, comprenant notamment des aides d’urgence, des exonérations de redevances portuaires et des mesures de relance de la consommation.

Maintenir la proximité et soutenir les territoires

Quatrième grande priorité, les services publics de proximité concentrent 192,2 millions d’euros. Dans cette enveloppe, le Département entend assurer l’entretien des routes, soutenir la culture, le sport, les loisirs, mais aussi maintenir son accompagnement financier et technique auprès des communes et intercommunalités.

Sur le terrain, cet effort passe notamment par l’aide au bloc communal. Le Programme de sauvegarde de cofinancement territorial (PSCT), mis en œuvre en 2025, est maintenu en 2026 afin de soutenir les projets structurants locaux, en particulier dans les territoires ruraux et les communes aux ressources modestes. La collectivité défend une logique d’ingénierie territoriale, de proximité et de dialogue continu avec les élus locaux.

Cette approche s’incarne aussi dans les politiques de l’eau potable et de l’assainissement, dans lesquelles le Département et Hérault Ingénierie poursuivent leur appui technique auprès des collectivités, en particulier sur la surveillance des stations d’épuration, les captages et la préservation des masses d’eau souterraines.

Une ligne politique : tenir, adapter, préserver

Au fond, le Budget 2026 du Département de l’Hérault raconte moins une relance spectaculaire qu’une stratégie de tenue. Tenue des équilibres financiers, d’abord, dans un cadre jugé de plus en plus contraint. Tenue des solidarités, ensuite, alors que les besoins sociaux continuent de progresser. Tenue, enfin, d’un cap politique qui veut maintenir l’investissement dans la jeunesse, la transition écologique et la cohésion territoriale malgré un environnement budgétaire resserré.

« Comme l’année passée, notre majorité départementale est résolue à continuer de défendre nos services et leur avenir », écrit Kléber Mesquida. Une formule qui résume l’esprit de ce budget : un budget de prudence, de continuité et d’arbitrages serrés, conçu pour préserver l’essentiel sans masquer la fragilité du modèle financier départemental.

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