Golfech produit l’équivalent de près de 50 % des besoins électriques de l’Occitanie

Seul site nucléaire d’Occitanie, la centrale EDF de Golfech occupe une place stratégique dans l’équilibre énergétique régional et national. Cyril Hisbacq, directeur de la centrale nucléaire EDF de Golfech, revient sur le rôle industriel du site, ses retombées économiques, le Grand Carénage, les enjeux de sûreté et les perspectives ouvertes par la relance du nucléaire en France.

Cyril Hisbacq, directeur de la centrale nucléaire EDF de Golfech. (Photo EDF)

Cyril Hisbacq, directeur de la centrale nucléaire EDF de Golfech. (Photo EDF)

Mise en service à la fin des années 1980, la centrale de Golfech s’est imposée comme un pilier énergétique en Occitanie. Pouvez-vous revenir sur les grandes étapes de son développement et sur la manière dont le site s’est progressivement inscrit dans le paysage économique et industriel du territoire ? 

Cyril Hisbacq : Les premiers travaux de construction de la centrale nucléaire EDF de Golfech ont eu lieu à partir de 1982 sur une zone de plus de 200 hectares, choisie pour ses caractéristiques hydrologiques et géologiques. Le chantier a mobilisé plusieurs milliers d’ouvriers, ingénieurs et sous‑traitants. Cette arrivée massive a entraîné un essor rapide de l’activité locale : logements, commerces, restauration… La région connaît alors un véritable boom économique.

Les deux tours aéroréfrigérantes de la centrale d’une hauteur de 178,5 mètres, parmi les plus hautes d’Europe, sont devenues rapidement un symbole du chantier et de la centrale. Ainsi, le paysage local s’est transformé mêlant nature, agriculture et industrie stratégique.

Le démarrage du processus de fission dans le cœur du réacteur, appelée divergence, a eu lieu en avril 1990 pour l’unité n°1 et en mai 1993 pour l’unité n°2. Quelques mois après a été réalisée la mise en service industrielle, moment à partir duquel le réacteur produit de l'électricité en fonction des sollicitations du réseau, c'est-à-dire de la consommation des clients.

Depuis sa mise en service, la centrale nucléaire de Golfech a ainsi produit beaucoup d’électrons. Ce sont au total plus de 560 TWh d’électricité qui ont alimenté le réseau national, un chiffre supérieur à la consommation électrique de la France sur une année et l’équivalent de la consommation de 120 millions de foyers.

Au fil du temps, la centrale nucléaire de Golfech est devenue un acteur industriel majeur de la région. Au-delà de son impact positif sur l’emploi et le développement économique, EDF a aussi participé à maintenir l’attractivité du territoire au-travers de sa contribution significative à la fiscalité qui a, en partie, permis de financer des équipements publics et des infrastructures de qualité. En 2025 par exemple, les taxes et impôts payés par EDF pour le compte de la centrale a représenté la somme de 66 millions d’euros, dont 9,6 millions d’euros pour la seule taxe foncière.

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Alors que la France relance sa politique nucléaire, la centrale de Golfech poursuit sa modernisation après ses troisièmes visites décennales. Le site, dont l’exploitation pourrait se prolonger jusqu’à 60 ans, fait également partie des emplacements étudiés pour accueillir de futurs réacteurs EPR2. (Photo EDF)

Dans un contexte de tensions sur l’énergie en Europe et de relance du nucléaire en France, quel rôle stratégique joue aujourd’hui la centrale de Golfech dans la souveraineté énergétique nationale et l’équilibre du réseau en Occitanie ? 

Cyril Hisbacq : La centrale de Golfech est le seul site nucléaire de production d’électricité en région Occitanie et son positionnement n’a pas été décidé au hasard. Au cœur du Sud-Ouest, ces deux réacteurs de forte puissance de 1 300 MW sont pilotables, capables de moduler leur puissance rapidement (jusqu’à 80 % en moins de 30 minutes) ce qui permet au gestionnaire du réseau RTE d’assurer l’équilibre instantané offre/demande. Et puis via ces gros équipements, Golfech dispose d’une forte inertie mécanique qui stabilise naturellement la fréquence. Ainsi, dans un contexte de fort développement de nouveaux moyens de production renouvelable en France et en Europe, la centrale de Golfech joue un rôle de stabilisateur majeur pour la fréquence et la sécurité d’alimentation en électricité des consommateurs à l’échelle de la région.

La production moyenne annuelle des deux réacteurs de la centrale représente l’équivalent de près de 50% des besoins électriques de l’Occitanie. Cette production contribue directement à réduire les importations d’électricité et de combustibles fossiles, renforçant l’autonomie stratégique française, conformément aux objectifs de la Programmation Pluriannuelle de l’Energie (PPE 3 / 2025–2035) qui acte une relance du nucléaire dans notre pays.

Avec plusieurs centaines d’emplois directs et indirects, comment la centrale de Golfech participe-t-elle au dynamisme économique de l’Occitanie, notamment en matière d’emplois, de sous-traitance et de retombées locales ? 

Cyril Hisbacq : La centrale nucléaire de Golfech occupe une place prépondérante dans le tissu économique régional, tant par son envergure que par les investissements considérables engagés par EDF pour prolonger la durée d’exploitation de ses installations dans le cadre du Grand Carénage. Il s’agit d’un programme industriel national visant à rénover et moderniser le parc nucléaire existant. A Golfech, le Grand Carénage a représenté un investissement d’un milliard d’euros sur 5 ans (2020 à 2025). L’objectif initial d’EDF était d’allouer aux entreprises du territoire 30% de ses dépenses, soit 300 millions d’euros sur 5 ans. Bonne nouvelle, cet objectif a été largement dépassé comme en témoigne les 490 millions d’euros de commandes à des entreprises du territoire sur la période. Au cours de l’année 2025, 89 millions d’euros de commandes ont été passées à des entreprises régionales.

Au-delà de son rôle en matière de développement économique, la centrale s’engage dans le domaine de l’emploi en tant que 1er employeur industriel du Tarn-et-Garonne avec plus de 1000 salariés permanents (plus de 800 salariés EDF et 250 partenaires). Lors des arrêts pour maintenance des réacteurs on peut compter jusqu’à 2000 salariés supplémentaires sur site. Ainsi, près de 1000 emplois indirects et 3000 emplois induits sont liés aux activités de la centrale. Dans le cadre du Grand Carénage du site, les besoins de recrutements des entreprises partenaires ont augmenté en particulier dans le domaine de la logistique. Notamment avec le concours de France Travail et de l’association régionale des partenaires de l’industrie nucléaire GIE Atlantique, ce sont plus de 350 personnes qui ont retrouvé une activité professionnelle à la centrale au cours des 6 dernières années.

Les centrales nucléaires françaises font l’objet de programmes de maintenance et de prolongation ambitieux. Où en est Golfech aujourd’hui dans ces enjeux de sûreté, de modernisation et de durée de vie des installations ? 

Cyril Hisbacq : La centrale est trentenaire. Nous avons terminé son programme Grand Carénage récemment avec la finalisation de la 3ème visite décennale du réacteur n°2, après avoir réalisée celle du réacteur n°1 en 2022. Une visite décennale est une étape importante dans la modernisation des installations, permettant d’atteindre les plus hauts standards de sûreté en s’appuyant sur le retour d’expérience accumulé tant au niveau national qu’international. C’est aussi un moment très important dans la vie d’une centrale car c’est à son issue que l’Autorité de Sûreté Nucléaire et de Radioprotection (ASNR) émet un avis de poursuite d’exploitation pour 10 années supplémentaires.

Les 2 réacteurs de Golfech sont donc aujourd’hui plus sûrs et plus robustes qu’il y a quelques années et notre volonté d’amélioration continue nous conduira à effectuer encore des améliorations, dans les années et décennies à venir. La volonté d’EDF étant de poursuivre l’exploitation du parc d’EDF, au moins jusqu’à 60 ans.

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Mise en service au début des années 1990, la centrale nucléaire EDF de Golfech est aujourd’hui le seul site nucléaire de production d’électricité en Occitanie. Ses deux réacteurs de 1 300 MW contribuent à l’équilibre du réseau électrique régional et national.  (Photo EDF)

Le nucléaire reste parfois mal compris du grand public. Concrètement, comment fonctionne une centrale comme Golfech, et quels sont les dispositifs qui garantissent la sécurité des installations au quotidien ? 

Cyril Hisbacq : Le fonctionnement d’une centrale nucléaire peut sembler complexe, mais il repose sur un principe simple. L’électricité est produite grâce à une turbine mise en mouvement par de la vapeur, qui entraîne à grande vitesse un alternateur. Cette vapeur est obtenue en chauffant de l’eau dans le réacteur. La chaleur nécessaire provient de la fission des noyaux d’uranium, qui constituent le combustible. L’installation fonctionne avec trois circuits d’eau séparés et s’appuie sur de nombreux dispositifs de sûreté, à la fois techniques et humains, prévus dès la conception des centrales et renforcés en permanence dans une logique d’amélioration continue.

La sûreté et la sécurité des centrales nucléaires sont des priorités permanentes qui s’inscrivent dans un cadre réglementaire particulièrement exigeant, dont le respect est vérifié par des contrôles réguliers. Pour exemple, des inspecteurs de l’Autorité de Sûreté Nucléaire et de Radioprotection (ASNR) se sont rendus à 27 reprises sur nos installations en 2025, dont 6 fois de manière inopinée.

La sûreté d’une centrale comme Golfech repose sur le principe de « défense en profondeur » qui représente plusieurs niveaux de protection qui se superposent. Il existe des barrières physiques successives (gaine du combustible, cuve en acier, enceinte en béton) qui empêchent toute dispersion de radioactivité. Des systèmes automatiques permettent de réguler ou d’arrêter immédiatement le réacteur en cas d’anomalie tandis que des dispositifs de secours redondants assurent en permanence le refroidissement du cœur du réacteur, même en situation dégradée. Le fonctionnement des équipements essentiels de la centrale est garanti par des alimentations électriques multiples (diesels, batteries).

Au-delà des équipements, la sûreté repose aussi sur l’humain et la « culture de sûreté », fondée sur l’amélioration continue. À Golfech, cela se traduit notamment par la formation continue des salariés comme en témoigne les 60 000 h dispensées chaque année et par la prise en compte des retours d’expérience, en France comme à l’international, afin de maintenir un haut niveau d’exigence.

Dans une région très engagée sur les énergies renouvelables, comment le nucléaire s’inscrit-il dans le mix énergétique de demain ? Est-il complémentaire, concurrent, ou indispensable ? 

Cyril Hisbacq : Dans une région très engagée dans le développement des énergies renouvelables, le nucléaire ne s’oppose pas à ces filières : il les complète. À Golfech, la centrale nucléaire joue un rôle clé dans le mix énergétique de demain en produisant une électricité pilotable, décarbonée et disponible en continu. Aujourd’hui, le développement des moyens de production renouvelable en France et en Europe implique une plus grande manœuvrabilité des réacteurs. Historiquement, les baisses de puissance des réacteurs nucléaires intervenaient principalement la nuit et le week-end. Aujourd’hui, elles surviennent également au cours de la journée, lors des périodes de forte production solaire.  Le parc nucléaire d’EDF a toujours modulé pour assurer l’équilibre du système électrique. Cette souplesse de production d’électricité constitue aujourd’hui un élément déterminant pour réussir la transition énergétique.

Le secteur nucléaire fait face à d’importants besoins en recrutement. Quels profils recherchez-vous aujourd’hui à Golfech, et comment attirez-vous les talents dans un secteur parfois perçu comme complexe ou exigeant ? 

Cyril Hisbacq : Ici à Golfech, au sein d’EDF, se sont une cinquantaine de métiers qui se côtoient tous les jours. Les opportunités d’emplois sont donc bien présentes. En 2025, nous avons accueillis 59 nouveaux collaborateurs à la centrale dont 24 embauches.

Parce que l’on considère que l’alternance est un moyen utile pour accompagner les jeunes de la région et leur permettre de se professionnaliser plus rapidement, nous accueillons chaque année une cinquantaine de jeunes en alternance et en stage.

Aujourd’hui, il est important de continuer à développer les compétences pour la filière nucléaire qui sera guidée par la poursuite d’exploitation du parc d’EDF, au moins jusqu’à 60 ans, et la construction de futurs réacteurs de type EPR2.

Nous œuvrons donc activement sur le territoire pour faire connaître nos métiers, les formations qu’offrent le secteur du nucléaire ou encore les opportunités d’emplois. À titre d’exemple, nous nous sommes impliqués pour soutenir et promouvoir le Bac Pro Technicien en chaudronnerie industrielle dont le lancement au Lycée Jean Baylet de Valence d’Agen s’est fait à la rentrée de septembre 2025. Il y a plusieurs années déjà, nous avons aussi cofondé avec l’université Paul Sabatier de Toulouse un master dédié à l’industrie nucléaire. Et puis, régulièrement nous mobilisons également des salariés de la centrale pour renforcer nos liens avec les établissements d’enseignement supérieur.

La valorisation des métiers de l’industrie, notamment auprès des plus jeunes et de leurs familles, est essentielle. C’est pourquoi nous participons chaque année à des salons, organisons des visites pédagogiques de nos installations et menons des actions ciblées pour susciter des vocations et favoriser une plus grande féminisation de nos équipes, qui comptent aujourd’hui environ 20 % de femmes.

À l’heure où la France relance une politique nucléaire ambitieuse, quel rôle un site comme Golfech peut-il jouer dans les prochaines décennies, et comment imaginez-vous son évolution à horizon 2035-2050 ? 

Cyril Hisbacq : Nous avons tourné récemment la page des 3èmes visites décennales de nos deux réacteurs. Avant d’ouvrir le chapitre des 4èmes visites décennales prévues dès 2032, la centrale connaîtra bien entendu d’autres arrêts pour maintenance et remplacement du combustible comme c’est le cas actuellement sur l’unité n°1. L’occasion de renforcer de manière continue le niveau de sûreté des installations.

À plus long terme, Golfech est également évoqué comme site potentiel pour l’accueil de nouveaux réacteurs EPR 2. Concrètement, EDF travaille actuellement sur un dossier décisionnel pour l’Etat relatif à la construction de 8 réacteurs EPR2 supplémentaires implantés donc sur 4 sites pas avant 2040. Ce dossier devrait être remis en 2026 et Golfech fait partie des sites étudiés.

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Avec plus de 1 000 salariés permanents, jusqu’à 2 000 intervenants supplémentaires lors des arrêts pour maintenance et 490 millions d’euros de commandes passées aux entreprises du territoire dans le cadre du Grand Carénage, la centrale de Golfech occupe une place majeure dans l’économie locale. (Photo EDF)

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