La REF 2026 : Patrick Martin appelle au « courage » et place l’entreprise au cœur de la présidentielle 2027

À moins d’un an de l’élection présidentielle, Patrick Martin a ouvert La REF 2026, mercredi 26 août à Roland-Garros, par un appel aux responsables politiques comme aux entrepreneurs. Devant un rendez-vous annoncé à 20 000 participants sur deux jours, le président du Medef a défendu une ligne centrée sur le redressement des comptes publics, la compétitivité, la simplification, l’emploi des jeunes et la réforme du modèle social. Son intervention s’appuie notamment sur une consultation menée avec OpinionWay auprès de 65 872 dirigeants, dont les résultats témoignent d’une forte inquiétude à l’approche de 2027.

Plus de 20 000 participants à la Ref 2026. (Photo Dorian Alinaghi)

Plus de 20 000 participants à la Ref 2026. (Photo Dorian Alinaghi)

Pour son édition des 26 et 27 août 2026, La Rencontre des Entrepreneurs de France a choisi un thème directement politique : « Le courage ». À Roland-Garros, Patrick Martin a ouvert les débats en appelant à dépasser les constats pour entrer dans le temps des décisions, dans un contexte qu’il juge marqué par la fragilisation économique de la France et de l'Europe.

Le président du Medef a d'abord dédié cette édition aux personnes engagées face aux catastrophes naturelles, en particulier aux sapeurs-pompiers, auxquels une séquence spécifique a été consacrée en fin d'après-midi. Il a ensuite présenté cette REF comme un espace de confrontation des idées, réunissant 140 intervenants français et étrangers, chefs de PME, d’ETI et de grands groupes, responsables politiques et intellectuels.

La mobilisation est également mise en avant : Patrick Martin annonce 20 000 participants sur les deux journées, un niveau présenté comme inédit par l'organisation. Le président du Medef entend profiter de cette audience pour adresser un message aux responsables politiques à l'approche de 2027 : les entreprises veulent prendre une place plus importante dans les choix économiques du prochain quinquennat.

Près de 66 000 dirigeants interrogés avant la présidentielle

Cette volonté de peser dans le débat repose notamment sur la consultation nationale « Mobilisation des Entreprises de France – Cap sur 2027 », réalisée avec OpinionWay. Entre le 15 avril et le 15 juillet 2026, 65 872 dirigeants ont répondu en ligne, issus d'entreprises de toutes tailles, de tous les secteurs et de toutes les régions, avec une forte représentation des TPE et PME.

Dans son discours, Patrick Martin arrondit ce résultat à 66 000 réponses et retient plusieurs indicateurs. 82 % des dirigeants interrogés se déclarent pessimistes quant aux effets de la politique économique du prochain président sur leur entreprise. Si aucun changement significatif n'intervient durant le prochain quinquennat, 66 % pensent que leur société pourrait se fragiliser, rencontrer de sérieuses difficultés ou faire faillite.

La question de l'attractivité entrepreneuriale française constitue un autre signal. 59 % recommanderaient encore à un jeune de créer une entreprise, mais seuls 20 % lui conseilleraient de le faire en France, contre 39 % à l'étranger. 32 % iraient jusqu'à lui conseiller de renoncer à entreprendre.

Patrick Martin y voit moins l'expression d'un renoncement qu'une frustration face à l'environnement économique et réglementaire. Son message aux pouvoirs publics est explicite : « Avancez avec les entrepreneurs, pas sans eux, et surtout pas contre eux ! »

Fiscalité, simplification et stabilité en tête des préoccupations

Les résultats de la consultation précisent les attentes des dirigeants pour le prochain quinquennat. 83 % demandent une réduction de la fiscalité et des charges pesant sur les entreprises, 81 % placent la réindustrialisation parmi les priorités, tandis que 75 % souhaitent une simplification des normes et procédures administratives. La réduction de la dette et de la dépense publique recueille également 75 %, devant la stabilisation des règles fiscales et sociales, citée par 74 % des répondants.

Dans leur activité actuelle, 79 % des chefs d'entreprise interrogés désignent le niveau des impôts et des charges comme une difficulté. Les démarches administratives sont citées par 59 %, les changements fréquents de règles fiscales, sociales ou environnementales par 50 %, le manque de visibilité économique par 49 % et le coût de l'énergie par 36 %.

À l'approche de 2027, 85 % redoutent par ailleurs une nouvelle augmentation de la fiscalité et des charges sur les entreprises. 63 % craignent un accroissement de la bureaucratie et des contraintes administratives, tandis que 62 % redoutent une hausse de la fiscalité touchant leurs revenus ou leur patrimoine.

Lorsque les dirigeants sont invités à désigner spontanément la réforme qui devra être engagée en priorité d'ici à 2032, 63 % mentionnent les charges et la fiscalité, devant le travail et l'emploi à 22 % et la réforme administrative à 21 %.

Le risque entrepreneurial mis en avant

Patrick Martin a également consacré une partie importante de son intervention à ce qu'il qualifie de « courage des chefs d'entreprise ». Le dirigeant rappelle son propre parcours à la tête d'une entreprise familiale passée du statut de PME à celui d'ETI et insiste sur le risque supporté quotidiennement par les entrepreneurs.

Il évoque notamment 70 000 chefs d'entreprise ayant connu une faillite au cours de l'année écoulée, avec les conséquences économiques et personnelles qui peuvent l'accompagner. Le président du Medef relie ces difficultés à l'incertitude sur les carnets de commandes, à la concurrence internationale et à l'évolution permanente des règles.

Pour illustrer cette complexité, il affirme que la France en est arrivée à sa 38e loi de simplification, tandis que MaPrimeRénov' aurait connu vingt versions en moins de trois ans. Il critique également les changements concernant la CVAE, la surtaxe d'impôt sur les sociétés et l'évolution du coût du travail.

Le dirigeant patronal revendique parallèlement l'unité du monde entrepreneurial. Il a salué la présence d'environ 60 mouvements patronaux, citant notamment l'AFEP, le METI, le CJD, les EDC, l'APM ou CroissancePlus. Il a aussi mis en avant le réseau Femmes du Meddef, le Comex40 ainsi que les 400 étudiants des Junior-Entreprises présents à Roland-Garros.

Patrick Martin rappelle à cette occasion le poids revendiqué par le réseau du Medef : 240 000 entreprises représentant 12 millions de salariés en France.

Dépense publique : Patrick Martin réclame un changement de méthode

Après le courage entrepreneurial, Patrick Martin a développé deux autres notions : la lucidité et la décision. Sur les finances publiques, le président du Medef considère le redressement des comptes comme un préalable à la souveraineté du pays. Sa ligne consiste à privilégier une diminution de la dépense plutôt qu'une nouvelle augmentation des prélèvements.

Le dirigeant patronal conteste ainsi l'idée d'une France « ultralibérale » et estime que le niveau de prélèvements obligatoires et de dépense publique démontre au contraire le poids particulièrement important de l'État dans l'économie. Il prend aussi position contre de nouvelles formes d'imposition du patrimoine, en citant notamment la taxe Zucman, et s'oppose à une remise en cause du pacte Dutreil, dispositif central dans la transmission des entreprises familiales.

Même prudence concernant une éventuelle réduction du crédit d'impôt recherche. Patrick Martin place cette question dans le contexte de la compétition internationale et compare l'effort français d'innovation, qu'il chiffre à environ 2 %, à l'objectif de 7 % figurant selon lui dans le dernier plan quinquennal chinois.

Plus largement, le président du Medef appelle à tenir compte des politiques de soutien conduites aux États-Unis et en Chine dans l'industrie, les technologies, l'automobile, le photovoltaïque, la sidérurgie, la chimie, les biotechnologies ou encore l'aéronautique.

Protection sociale : capitalisation et « TVA sociale » dans les propositions

À travers ses travaux « Cartes sur table » et son « Front économique », le Medef entend également avancer des propositions concernant la santé, les équilibres budgétaires, la protection sociale et les retraites.

Patrick Martin souhaite renforcer le rôle des partenaires sociaux sur les grands sujets liés au financement de la protection sociale, à la jeunesse et à l'évolution du modèle productif face à l'intelligence artificielle, la démographie et le dérèglement climatique.

Il estime que le système social français nécessite une transformation et défend une augmentation du temps consacré au travail et de l'investissement. Dans ce cadre, le président du Medef plaide notamment pour développer davantage la capitalisation dans les retraites. Il souligne que 13 millions de salariés ont déjà souscrit un plan d'épargne retraite (PER).

Le financement de la protection sociale constitue l'un des points les plus précis de son intervention. Patrick Martin évoque ce qu'il qualifie de « TVA sociale », rappelant que la TVA contribue déjà, selon les chiffres avancés dans son discours, à hauteur de 56 milliards d'euros par an au financement des régimes sociaux.

Le Medef propose d'aller plus loin dans cette logique afin de réduire le poids des prélèvements pesant sur le travail. L'organisation estime qu'un tel mécanisme pourrait améliorer la compétitivité et les salaires nets, soutenir la croissance, rééquilibrer la balance commerciale et générer près de 300 000 emplois, tout en permettant à l'État d'économiser 30 milliards d'euros par an.

Dans cette démonstration, Patrick Martin résume sa conception du modèle économique par une formule : « L'entreprise n'est pas un service public de l'emploi. » Pour le président du Medef, c'est d'abord la création de richesse économique qui permet ensuite de financer le progrès social.

L'emploi des jeunes érigé en priorité

L'emploi des jeunes occupe également une place centrale dans le discours d'ouverture. Patrick Martin en a fait l'une des priorités de son mandat et compare la situation française à celle de plusieurs voisins européens.

Il affirme que la France compte sept fois plus de jeunes au chômage que la Suisse, pays dans lequel 70 % d'une classe d'âge passe par l'apprentissage. Selon les données citées dans son intervention, le taux d'emploi des jeunes Français demeure également 35 points inférieur à celui des Pays-Bas et 16 points inférieur à celui de l'Allemagne.

Le président du Medef s'oppose dans ce contexte à une nouvelle réduction du soutien à l'apprentissage et estime que le redressement économique français doit passer par une augmentation du taux d'emploi, des plus jeunes jusqu'aux seniors.

Patrick Martin évoque également les 1,4 million de NEET, ces jeunes qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation. Il établit un lien entre leur insertion professionnelle et de nombreux enjeux : logement, natalité, santé mentale, productivité, recrutement, financement de la protection sociale et cohésion nationale.

Cette question fera l'objet d'un livre annoncé pour une publication dans quinze jours, consacré à ce qu'il appelle une « jeunesse empêchée ».

Réindustrialisation : « croissance ou décroissance » avant 2027

La réindustrialisation constitue l'autre grande bataille économique avancée à Roland-Garros. Patrick Martin appelle l'État à davantage de constance dans les politiques concernant l'énergie, les infrastructures, la gestion de l'eau, le grand âge, les lycées professionnels et l'apprentissage.

Sur le plan européen, le président du Medef demande une accélération de la mise en œuvre des recommandations du rapport Draghi. Il indique avoir abordé le sujet avec Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, attendue à La REF le jeudi 27 août.

À l'approche de la présidentielle, Patrick Martin souhaite que les candidats se positionnent sur une alternative qu'il formule ainsi : « croissance ou décroissance ». Le Medef défend pour sa part une croissance responsable, conciliant objectifs environnementaux et sociétaux avec autonomie stratégique, compétitivité, emploi et pouvoir d'achat.

Le discours se veut également favorable à des accords de libre-échange « raisonnés et équitables », afin de diversifier les débouchés et sécuriser les chaînes de valeur. Patrick Martin rappelle que 20 % des salariés français travaillent pour l'export et considère l'attraction des talents comme des capitaux comme un enjeu de compétitivité.

L'organisation de l'État également dans le viseur

Le président du Medef appelle parallèlement à revoir l'organisation de l'action publique. Il souhaite réaffirmer l'autorité du pouvoir politique sur l'administration et les agences publiques, simplifier la répartition des compétences et diminuer ce qu'il décrit comme un enchevêtrement générateur de délais et de surcoûts.

Patrick Martin cite notamment l'existence de 50 000 employeurs publics, nombre qu'il juge excessif. Il appelle également à rouvrir le débat sur le cumul des mandats, estimant que son interdiction peut contribuer à éloigner les élus des réalités économiques locales.

En matière de simplification, il propose de s'inspirer de ce qu'il nomme la « jurisprudence Notre-Dame », en référence à la capacité des pouvoirs publics à raccourcir certaines procédures pour permettre la reconstruction de la cathédrale. L'objectif affiché serait d'étendre cette logique à l'investissement, à l'emploi et aux projets industriels.

Retraites : le Medef critique la suspension des réformes

Le sujet des retraites revient également dans l'intervention. Patrick Martin critique la suspension des réformes Borne et Touraine et souhaite rapprocher davantage les régimes sociaux français de ceux appliqués dans plusieurs pays voisins.

Cette position s'intègre dans un raisonnement plus large sur le financement du modèle social français : l'organisation patronale veut augmenter le taux d'emploi, développer une part de capitalisation, réexaminer le financement reposant sur le travail et réduire les déficits publics.

Le Medef annonce ainsi son intention d'être particulièrement présent dans les débats politiques et sociaux qui précéderont l'élection présidentielle et les budgets 2027.

Un message directement adressé aux candidats à l'Élysée

La conclusion de Patrick Martin prend la forme d'un avertissement à l'ensemble de la classe politique. Il décrit des Français comme des entrepreneurs devenus plus prudents dans leurs comportements de consommation, d'épargne, d'investissement et d'embauche et estime que plusieurs indicateurs économiques et sociaux doivent provoquer une réaction.

À ses yeux, les électeurs n'attendent pas seulement de nouvelles promesses, mais davantage de « sincérité, loyauté, efficacité et courage ». À moins d'un an de la présidentielle, le Medef réclame donc un cap économique lisible et des arbitrages assumés.

« Il est minuit moins le quart », lance Patrick Martin à destination des candidats, avant d'assurer que les entreprises accompagneront ceux qui proposeront selon lui une stratégie permettant de redresser le pays. Une formule résume finalement la ligne choisie pour cette REF 2026 : « les entrepreneurs n'hésiteront jamais entre le courage et la mort lente. »

Avec 20 000 participants annoncés, une consultation auprès de 65 872 dirigeants et deux journées consacrées aux grands choix économiques, sociaux, industriels et politiques, La REF entend ainsi installer la voix des entreprises au cœur d'un débat présidentiel qui ne fait que commencer.

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