Occitanie : une population toujours en hausse, mais un modèle démographique qui bascule

Au 1er janvier 2026, l’Occitanie compte près de 6,25 millions d’habitants. La région continue de gagner des résidents à un rythme soutenu, bien supérieur à la moyenne nationale. Mais derrière cette dynamique apparente, le bilan démographique 2025 de l’Insee met en lumière une transformation profonde : la croissance régionale ne repose plus sur les naissances, désormais insuffisantes pour compenser les décès, mais uniquement sur l’attractivité résidentielle.

Au sein de la région, le département de la Haute-Garonne fait exception : c’est le seul où le nombre de jeunes de moins de 20 ans est supérieur à celui des seniors. (Photo Pixabay)

Au sein de la région, le département de la Haute-Garonne fait exception : c’est le seul où le nombre de jeunes de moins de 20 ans est supérieur à celui des seniors. (Photo Pixabay)

Dans une étude de l'Insee, l’Occitanie poursuit sa progression démographique. Au 1er janvier 2026, sa population est estimée à 6 247 000 habitants, soit 9,4 % de la population de la France métropolitaine. En un demi-siècle, le poids démographique régional s’est nettement renforcé, puisqu’il n’était que de 7,7 % en 1975. La région se place désormais au 3e rang des régions métropolitaines les plus peuplées, derrière l’Île-de-France et l’Auvergne-Rhône-Alpes.

Sur la décennie 2016-2026, la population régionale a progressé de +0,7 % par an, soit un rythme près de deux fois supérieur à celui observé à l’échelle métropolitaine (+0,4 %). Concrètement, cela représente un gain annuel d’environ 43 000 habitants, soit l’équivalent d’une ville comme Castres chaque année. Cette dynamique confirme la place particulière de l’Occitanie dans la géographie résidentielle française.

Une croissance désormais portée uniquement par l’attractivité

Le moteur de cette hausse de population a toutefois changé de nature. L’Insee souligne que la croissance démographique de l’Occitanie repose désormais uniquement sur son attractivité résidentielle. Autrement dit, ce sont les arrivées de nouveaux habitants qui soutiennent la progression de la population, et non plus le solde naturel, c’est-à-dire l’écart entre les naissances et les décès.

Depuis 2017, les naissances ne suffisent plus à compenser les décès dans la région. Et ce déficit s’aggrave d’année en année. En 2025, le solde naturel atteint -14 100, contre -12 660 en 2024 et -11 050 en 2023. La Haute-Garonne fait figure d’exception : elle reste le seul département occitan à conserver un solde naturel positif, avec +3 500. Ce basculement intervient plus tôt en Occitanie qu’au niveau national, dans une région où le vieillissement de la population est plus marqué et la fécondité plus faible qu’ailleurs. À l’échelle française, 2025 marque d’ailleurs une rupture historique : le solde naturel devient négatif pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

En 2025, l’Occitanie a enregistré 64 400 décès, soit une hausse de 1,5 % par rapport à 2024, corrigée de l’effet année bissextile. L’Insee relie en partie cette augmentation aux épidémies grippales particulièrement virulentes observées en début d’année ainsi qu’aux fortes chaleurs qui ont touché la région au cours de l’année 2025.

Des naissances en recul continu sous l’effet de la fécondité

Le nombre de naissances continue lui aussi de s’éroder. En 2025, 50 300 enfants sont nés de mères domiciliées en Occitanie. Cela représente une baisse de 1,1 % par rapport à l’année précédente, après des reculs déjà marqués en 2024 (-3,0 %) et 2023 (-8,4 %). La tendance s’inscrit dans la durée depuis le pic atteint en 2012.

Fait marquant, cette diminution ne s’explique pas par une baisse du nombre de femmes en âge d’avoir des enfants. Au contraire, ce nombre continue d’augmenter dans la région. L’Insee montre que la baisse des naissances en 2025 provient entièrement du recul de la fécondité. D’une année sur l’autre, l’augmentation du nombre de femmes en âge d’être mères aurait théoriquement généré 320 naissances supplémentaires, mais la baisse de la fécondité a conduit à 1 007 naissances de moins, soit un solde de 687 naissances en moins au total.

L’indicateur conjoncturel de fécondité s’établit ainsi à 1,43 enfant par femme en Occitanie en 2025, contre 1,46 un an plus tôt. Il se situe également en dessous de la moyenne de la France métropolitaine, à 1,54. Selon l’Insee, il s’agit du niveau le plus bas mesuré au niveau régional depuis que cet indicateur est calculé.

Des maternités plus tardives, reflet d’évolutions profondes

Le recul de la fécondité s’accompagne d’un autre mouvement de fond : le report de la maternité. En Occitanie, l’âge conjoncturel moyen à l’accouchement est passé de 26,8 ans en 1975 à 31,0 ans en 2025. Sur le temps long, la fécondité baisse nettement chez les femmes les plus jeunes, tandis qu’elle avait progressé chez les femmes de 35 ans ou plus, avant de ralentir à son tour ces dernières années. En 2025, l’indicateur de fécondité atteint 0,17 pour les 14-24 ans, 0,87 pour les 25-34 ans et 0,38 pour les femmes de 35 ans ou plus.

L’Insee replace cette évolution dans un contexte plus large de transformation des comportements familiaux et des rapports à la maternité, sous l’effet de facteurs sociaux, économiques, professionnels, sanitaires et environnementaux. L’allongement des études, les mises en couple plus tardives, les arbitrages entre carrière et parentalité, ainsi que certaines fragilités sociales ou de santé, participent à redessiner les trajectoires familiales.

Une région plus âgée, où les seniors dépassent désormais les jeunes

L’autre enseignement majeur de ce bilan démographique concerne le vieillissement de la population. Au 1er janvier 2026, un habitant sur quatre en Occitanie a 65 ans ou plus. Les seniors y sont désormais plus nombreux que les jeunes de moins de 20 ans. Pour 100 jeunes, la région compte désormais 117 seniors, alors que la situation était inversée vingt ans plus tôt, avec 82 personnes âgées de 65 ans ou plus pour 100 jeunes en 2006.

Cette bascule s’explique à la fois par l’arrivée aux âges élevés des générations du baby-boom et par la baisse de la natalité. La situation régionale apparaît plus marquée qu’au niveau métropolitain, où l’on compte 101 seniors pour 100 jeunes. Là encore, la Haute-Garonne se distingue, puisqu’elle demeure le seul département de la région où les moins de 20 ans restent plus nombreux que les 65 ans ou plus.

Plusieurs départements affichent, à l’inverse, un profil nettement plus âgé. Le Lot se classe même au premier rang métropolitain pour la part des habitants âgés d’au moins 65 ans, avec 33 % de sa population. Le Gers, l’Aveyron, les Hautes-Pyrénées, l’Aude, l’Ariège, la Lozère et les Pyrénées-Orientales présentent eux aussi une forte présence de seniors, autour de 30 % de leur population.

Une espérance de vie en hausse, avec un écart femmes-hommes qui se réduit

Dernier enseignement notable : l’espérance de vie continue de progresser en Occitanie. En 2025, elle atteint 80,6 ans pour les hommes et 85,8 ans pour les femmes, des niveaux très proches des moyennes métropolitaines.

Surtout, l’écart entre les sexes se resserre sensiblement. Il est passé de 7,1 ans en 2000 à 5,2 ans en 2025. En un quart de siècle, l’espérance de vie des hommes a progressé de 4,6 ans, contre 2,7 ans pour les femmes. Cette convergence tient notamment aux progrès réalisés dans la prévention et la prise en charge de certaines pathologies, mais aussi à une évolution progressive des modes de vie.

Une région attractive, mais confrontée à une recomposition démographique profonde

Le bilan dressé par l’Insee montre ainsi une Occitanie toujours dynamique sur le plan démographique, mais dont les ressorts ont profondément changé. La région continue d’attirer, de gagner des habitants et de peser davantage dans l’ensemble national. Mais cette croissance masque une réalité plus structurelle : moins de naissances, davantage de décès, une population plus âgée et un équilibre démographique de plus en plus dépendant des migrations résidentielles.

Derrière les 6,247 millions d’habitants recensés au 1er janvier 2026, c’est donc un nouveau visage de l’Occitanie qui se dessine, celui d’une région toujours attractive, mais entrée de plain-pied dans les grands bouleversements démographiques qui traversent désormais l’ensemble du pays.

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