Présentée le 21 juillet 2026 au Salon aéronautique international de Farnborough, la famille AR6 marque l’arrivée de Tekever sur le marché du transport autonome de charges lourdes. Le groupe annonce une capacité d’emport de 200 kg sur une distance de 500 km, pour des applications civiles et militaires. Conçue au Royaume-Uni avec des PME britanniques, sa production doit débuter d’ici la fin de l’année 2026 à Swindon.
Une annonce qui résonne jusqu’en Occitanie, où Tekever renforce son implantation avec un site industriel de 4 500 m² à Cahors et un programme prévoyant 100 créations d’emplois en France. (Photo Tekever)
Spécialiste des systèmes autonomes et des plateformes d’intelligence, de surveillance et de reconnaissance, Tekever élargit son offre avec une famille d’appareils destinée au transport de charges lourdes. Baptisée AR6, cette nouvelle gamme a été dévoilée à l’occasion du Salon aéronautique international de Farnborough.
Le groupe entend répondre à un besoin opérationnel qu’il résume par une formule : transporter davantage de poids sur des distances plus importantes. Selon les caractéristiques communiquées par l’entreprise, l’AR6 pourra ainsi acheminer 200 kg de charge utile sur 500 km.
Tekever compare ces performances annoncées à celles des plateformes électriques à décollage et atterrissage verticaux, ou VTOL, qui dominent actuellement ce segment. Ces appareils seraient généralement limités, d’après le groupe, à une charge utile d’environ 100 kg, transportée sur des distances comprises entre 1 et 5 km. L’AR6 s’appuiera notamment sur de nouvelles technologies de propulsion et des innovations hydrauliques pour étendre ce rayon d’action. Les caractéristiques publiées par Tekever restent toutefois des performances annoncées par le constructeur, la production en série n’ayant pas encore commencé.
Les plateformes sont également développées pour intervenir dans des environnements contraignants, aussi bien par fortes chaleurs que dans des conditions de grand froid. Tekever met en avant des besoins réduits en maintenance et une maîtrise des coûts associés au soutien opérationnel.
De la logistique civile aux opérations de secours
La famille AR6 a été pensée dès sa conception pour répondre à des usages civils et militaires. Dans le domaine civil, les appareils pourraient être employés pour la logistique, les interventions en mer, l’acheminement de matériel médical, la recherche de personnes, les opérations de sauvetage ou encore l’aide apportée aux territoires frappés par une catastrophe.
Cette capacité à transporter une charge importante sur plusieurs centaines de kilomètres pourrait notamment faciliter l’approvisionnement de zones isolées ou difficiles d’accès. Le drone serait alors en mesure d’acheminer du matériel sans exposer directement un équipage humain aux risques liés au terrain, aux conditions météorologiques ou à l’environnement opérationnel.
Dans le domaine militaire, Tekever évoque des missions d’évacuation de blessés, de ravitaillement en zone avancée et de coopération avec des aéronefs pilotés. L’AR6 pourrait ainsi remplir un rôle de drone « équipier », en évoluant aux côtés d’hélicoptères ou d’autres plateformes.
Une version militaire indépendante de la navigation par satellite
La déclinaison militaire de l’AR6 doit pouvoir fonctionner sans dépendre des systèmes mondiaux de navigation par satellite, regroupés sous l’acronyme GNSS. Cette caractéristique vise à maintenir la capacité opérationnelle de l’appareil dans des zones où les signaux satellitaires seraient brouillés, perturbés ou indisponibles.
La plateforme intégrera également des fonctions avancées d’autonomie de mission. Celles-ci doivent permettre à plusieurs drones d’opérer en essaim, mais aussi de coordonner leurs actions avec des aéronefs pilotés. Tekever prévoit par ailleurs des capacités de survivabilité renforcées pour les environnements contestés.
Le développement de l’AR6 mobilise plusieurs compétences déjà intégrées au sein du groupe : son offre d’exploitation sous forme de service, ses méthodes d’itération rapide, sa suite logicielle propriétaire dédiée à l’autonomie et les enseignements tirés de ses opérations en Ukraine.
Pour Ricardo Mendes, CEO de Tekever, cette nouvelle famille prolonge une évolution engagée depuis plusieurs années : « Depuis des années, nous aidons nos clients à transporter de l’information. » Le dirigeant estime que le passage au transport de charges ouvre une nouvelle catégorie de missions pour le groupe et ses clients.
Karl Brew, directeur de Tekever UK, insiste de son côté sur les résultats attendus sur le terrain : « l’avenir des systèmes autonomes réside dans leur capacité à produire des effets opérationnels. » L’AR6 doit ainsi permettre à l’entreprise de transposer à de nouveaux usages l’expérience accumulée en Ukraine et sur d’autres théâtres d’opérations.
TEKEVER engagé dans le projet britannique Nyx
Parmi les scénarios militaires envisagés figure la coopération avec les hélicoptères d’attaque Apache de l’armée britannique, dans le cadre du projet Nyx. Ce programme vise à développer des drones autonomes capables d’accompagner les équipages lors de missions de reconnaissance, d’acquisition de cibles, de guerre électronique ou de frappe de précision.
Tekever fait partie des quatre industriels sélectionnés, aux côtés d’Anduril Industries, BAE Systems et Thales UK. Le ministère britannique de la Défense a annoncé un investissement de 10 millions de livres sterling pour cette nouvelle phase. Jusqu’à deux entreprises doivent être retenues à l’automne 2026 pour construire des prototypes, avec l’objectif de disposer d’une version opérationnelle à l’horizon 2030. Les appareils pourront fonctionner sans être directement pilotés par les équipages des Apache, mais les décisions entraînant l’utilisation d’armes resteront prises par un humain, précise le gouvernement britannique.
Une production programmée à Swindon
L’AR6 sera conçu et fabriqué au Royaume-Uni, en partenariat avec des PME locales. Tekever présente ainsi cette nouvelle gamme comme une solution britannique souveraine dans le domaine des systèmes autonomes de transport lourd.
Le lancement de la production est annoncé pour la fin de l’année 2026 dans l’usine du groupe située à Swindon. Cette implantation doit renforcer les capacités industrielles britanniques de Tekever, alors que l’entreprise accélère simultanément son développement dans plusieurs pays européens.
Le groupe emploie près de 1 500 personnes et dispose d’installations en France, au Royaume-Uni, au Portugal, en Estonie, en Ukraine et aux États-Unis. Son modèle intégré couvre notamment l’ingénierie aérospatiale, la conception et la fabrication, les systèmes de propulsion, les charges utiles optiques et radio, les communications, l’avionique, les logiciels, la science des données et l’intelligence artificielle.
Un ancrage industriel en Occitanie
En France, Tekever est implanté à Toulouse depuis 2024 et développe parallèlement un site industriel de 4 500 m² à Cahors, dans le Lot. Ces installations doivent accueillir des activités d’assemblage, d’intégration et de test des drones AR3 et AR5, ainsi que des activités spatiales.
Ce développement s’inscrit dans un programme d’investissement de 100 millions d’euros sur cinq ans en France. Tekever prévoit la création de 100 emplois qualifiés, dont 20 à 40 postes à Cahors à partir de 2026. Cette implantation doit contribuer à renforcer les capacités françaises et européennes dans les systèmes autonomes à double usage, destinés aussi bien à la défense qu’à la sécurité civile. Le projet industriel de Cahors constitue désormais l’un des principaux points d’ancrage du groupe en Occitanie.