Toulouse. Donecle lève 10 millions d’euros pour changer d’échelle dans l’inspection aéronautique par drones et IA

La start-up toulousaine Donecle, spécialisée dans l’inspection automatisée d’aéronefs par drones autonomes et intelligence artificielle, boucle une nouvelle levée de fonds de 10 millions d’euros. Menée par IRDI Capital Investissement et SWEN Capital Partners, avec le soutien de GSO Innovation et ARIS Occitanie, cette opération doit permettre à l’entreprise d’accélérer son développement international, d’industrialiser davantage sa technologie et de renforcer son positionnement dans la maintenance aéronautique digitalisée.

Déjà adoptée par des acteurs de premier plan comme Lufthansa, United Airlines ou encore DHL, l’entreprise veut désormais changer d’échelle, renforcer son développement international et s’imposer dans un marché mondial de la maintenance aéronautique en pleine mutation. (Photo Donecle)

Déjà adoptée par des acteurs de premier plan comme Lufthansa, United Airlines ou encore DHL, l’entreprise veut désormais changer d’échelle, renforcer son développement international et s’imposer dans un marché mondial de la maintenance aéronautique en pleine mutation. (Photo Donecle)

Dans l’écosystème aéronautique toulousain, Donecle poursuit sa montée en puissance. Fondée en 2015 dans la Ville rose, l’entreprise a bâti son développement sur une promesse claire : transformer l’inspection extérieure des aéronefs grâce à une combinaison de drones autonomes, d’imagerie haute résolution et d’algorithmes avancés d’intelligence artificielle. Là où une large partie des opérations de contrôle reste encore effectuée manuellement, la société propose une solution conçue pour faire gagner du temps, réduire certains coûts opérationnels et améliorer les conditions d’intervention des techniciens.

L’ambition de Donecle ne se limite pas à automatiser une tâche technique. La société développe également une couche logicielle avancée destinée à convertir les images et données captées en informations immédiatement exploitables par les opérateurs de maintenance. Ces données ont vocation à être intégrées dans les systèmes MRO — pour maintenance, réparation et révision — afin de renforcer le suivi, la traçabilité et, à terme, d’ouvrir la voie à une forme de maintenance prédictive. À travers cette approche, Donecle entend se positionner non seulement comme un acteur du drone, mais aussi comme un futur acteur du logiciel appliqué à la maintenance aéronautique.

Une levée de fonds pour accélérer l’industrialisation et l’expansion internationale

Le nouveau tour de table annoncé par la start-up représente 10 millions d’euros. Il est mené conjointement par IRDI Capital Investissement et SWEN Capital Partners, aux côtés de GSO Innovation et d’ARIS Occitanie. Pour Donecle, cette opération doit financer une nouvelle phase de structuration, avec une double priorité : changer d’échelle sur le plan commercial et poursuivre la montée en puissance technologique de son offre.

Dirigée par Matthieu Claybrough, cofondateur et directeur général, l’entreprise compte aujourd’hui 35 collaborateurs en France et prévoit une dizaine de recrutements supplémentaires dans les prochains mois. Déjà implantée dans plus de quinze pays et au service de plus de quinze clients internationaux, elle souhaite désormais accélérer son développement en Europe et aux États-Unis, notamment grâce à des partenariats stratégiques et à des acquisitions ciblées.

« Nous sommes ravis de ce nouveau tour de table qui va nous donner les moyens de passer à l’échelle, en développant de nouveaux services digitaux et en accélérant notre déploiement à l’international », souligne Matthieu Claybrough, qui insiste également sur la capacité des nouveaux investisseurs à accompagner la société dans sa prochaine phase de croissance.

Une technologie déjà qualifiée par Airbus et Boeing

L’un des points les plus structurants du dossier réside dans le niveau de maturité atteint par la technologie développée à Toulouse. Selon l’entreprise, Donecle a conçu la seule solution drone du marché qualifiée à la fois par Airbus et Boeing sur les principaux types d’aéronefs. La société indique aussi disposer des certifications nécessaires pour adresser la quasi-totalité de la flotte commerciale mondiale.

Cette crédibilité technique a déjà permis à la jeune pousse de convaincre plusieurs acteurs de premier plan. Parmi ses clients figurent notamment Lufthansa, United Airlines, LATAM, DHL, Viva, Jet Aviation, ainsi que les armées françaises et britanniques. Donecle revendique à ce stade plus de 50 drones déjà déployés, avec un objectif affiché de déploiement de plusieurs centaines de drones dans les années à venir.

Cette présence auprès de compagnies aériennes majeures, mais aussi dans l’aviation d’affaires et les usages militaires, témoigne d’un positionnement déjà large. L’entreprise adresse en effet l’aviation commerciale, son principal marché, sans exclure d’autres segments où les enjeux d’inspection, de sécurité et de disponibilité des appareils sont tout aussi stratégiques.

Un marché mondial de 119 milliards de dollars, sous tension et en quête de digitalisation

Donecle s’inscrit dans un contexte porteur. Le communiqué rappelle que le marché mondial de la maintenance aéronautique est estimé à 119 milliards de dollars en 2025 et devrait continuer à progresser dans les prochaines années. Or, malgré cette taille de marché, une grande partie de la maintenance demeure encore très peu digitalisée. Les opérateurs doivent composer avec une pénurie de techniciens qualifiés, une pression croissante sur les coûts et des exigences renforcées en matière de traçabilité.

C’est précisément sur ce terrain que Donecle veut faire la différence. En automatisant l’inspection extérieure des avions par drones autonomes et intelligence artificielle, la société entend couvrir l’ensemble de la chaîne, depuis la collecte d’images jusqu’à l’analyse, la documentation et l’intégration dans les systèmes de maintenance. En clair, il ne s’agit pas seulement de remplacer un geste humain par un drone, mais de faire émerger une nouvelle logique industrielle de l’inspection aéronautique, davantage structurée par la donnée.

Benjamin Lillo, directeur d’investissement chez IRDI Capital Investissement, résume cette thèse d’investissement en estimant que « la digitalisation des opérations de maintenance est devenue indispensable dans un contexte de raréfaction de la main-d’œuvre qualifiée ». Il met également en avant la capacité de Donecle à combiner digitalisation des inspections et structuration de la donnée, avec la perspective d’un modèle logiciel évolutif et créateur de valeur.

Un argument environnemental et opérationnel mis en avant

Au-delà du gain de productivité, Donecle insiste aussi sur la dimension environnementale de sa solution. Ses drones, d’un poids de 4 kg, remplacent des nacelles élévatrices de plusieurs tonnes, le plus souvent alimentées au diesel. L’entreprise affirme également réduire significativement les temps d’immobilisation des avions, en faisant passer certaines opérations de 8 à 16 heures à environ 2 heures. Cette accélération permettrait d’améliorer l’efficacité opérationnelle des compagnies, de limiter les besoins en espace hangar et de réduire le recours à des avions de réserve.

Donecle estime ainsi que son parc de drones a déjà permis d’économiser plusieurs milliers de tonnes de CO2. Un argument qui vient renforcer le discours d’une entreprise cherchant à articuler performance industrielle, amélioration des conditions de travail et réduction de l’empreinte environnementale.

Du côté de SWEN Capital Partners, cette dimension est clairement revendiquée. Jason Bigeard, directeur d’investissements au sein de l’activité VC Tech for Good, explique que cet investissement illustre le type d’innovations que le fonds souhaite soutenir : des solutions capables « d’améliorer concrètement les conditions de travail, de renforcer la performance opérationnelle et de réduire l’empreinte environnementale ».

Une entreprise toulousaine qui veut peser dans la maintenance prédictive

À travers cette levée de fonds, Donecle ne cherche donc pas uniquement à vendre davantage de drones. Le cap affiché est plus large : industrialiser une solution déjà reconnue par de grands donneurs d’ordre, enrichir ses services numériques, renforcer son empreinte internationale et consolider sa place dans un secteur où la donnée devient un levier aussi stratégique que l’outil d’inspection lui-même.

Le positionnement de la société toulousaine reflète aussi une évolution plus profonde de la filière. Dans un univers aéronautique soumis à des exigences accrues de sécurité, de disponibilité des appareils et de maîtrise des coûts, la promesse d’une inspection plus rapide, plus traçable et davantage intégrée aux systèmes de maintenance peut constituer un avantage compétitif décisif. C’est sur cette équation, à la croisée de la drone tech, de l’IA et du logiciel industriel, que Donecle entend désormais changer d’échelle.

A lire aussi