Occitanie : face à la retraite, l’épargne progresse mais les inégalités restent profondes

En Occitanie, la préparation financière de la retraite s’impose comme une préoccupation majeure. Selon le nouvel Observatoire régional de l’épargne dévoilé par Harmonie Mutuelle, 81 % des habitants interrogés redoutent une baisse de leurs revenus une fois sortis de la vie active. Si 57 % disposent déjà d’au moins un produit d’épargne, les freins financiers, le déficit de compréhension et le besoin d’accompagnement humain continuent de peser lourdement sur les comportements.

Aurélien Darras (à gauche), expert épargne et retraite Harmonie Mutuelle, Frédéric Malfilatre (au centre), directeur régional Occitanie Harmonie Mutuelle et le groupe Tesseract ont présenté les résultats de l’Observatoire de l’Epargne Retraite en Occitanie 2026. (Photo Dorian Alinaghi)

Aurélien Darras (à gauche), expert épargne et retraite Harmonie Mutuelle, Frédéric Malfilatre (au centre), directeur régional Occitanie Harmonie Mutuelle et le groupe Tesseract ont présenté les résultats de l’Observatoire de l’Epargne Retraite en Occitanie 2026. (Photo Dorian Alinaghi)

L’inquiétude liée à la retraite prend une ampleur particulière en Occitanie. L’étude menée en ligne du 28 au 30 janvier 2026 auprès de 1 000 personnes âgées de 35 à 65 ans, qu’elles soient salariées, indépendantes, en recherche d’emploi ou retraitées, met en évidence un climat de forte incertitude autour des revenus futurs. Dans la région, 81 % des répondants se disent préoccupés par leur niveau de vie à la retraite, tandis que seulement 19 % se déclarent sereins sur ce sujet.

Cette anxiété n’est pas abstraite. Elle se traduit par une attention croissante portée aux solutions d’anticipation, mais aussi par une forme de désarroi face à des dispositifs jugés complexes ou insuffisamment lisibles. Dans son éditorial de présentation, Frédéric Malfilatre, directeur d’Harmonie Mutuelle Occitanie, résume ce déplacement du sujet dans le débat social : « L’épargne retraite ne peut plus rester un sujet technique », insistant sur sa dimension de pouvoir d’achat, de confiance et d’appropriation concrète par les ménages comme par les entreprises.

Une pratique déjà installée, mais loin d’être homogène

L’un des enseignements majeurs de l’Observatoire tient dans ce paradoxe : l’épargne retraite est bien présente dans la région, mais elle demeure très inégalement répartie. 57 % des personnes interrogées déclarent détenir au moins un produit dédié, quand 43 % n’en ont mis en place aucun. L’assurance-vie reste de loin la porte d’entrée la plus répandue, devant les produits plus spécifiquement orientés retraite comme le Plan d’épargne retraite individuel ou le Plan d’épargne retraite collectif.

La durée de détention confirme cette antériorité. L’assurance-vie est souvent installée depuis longtemps dans les habitudes patrimoniales, avec 65 % des détenteurs qui la possèdent depuis plus de cinq ans, et même 53 % des retraités depuis plus de dix ans. À l’inverse, les produits retraite plus récents apparaissent encore davantage liés aux trajectoires professionnelles, à l’âge et au type d’employeur.

L’étude montre également que, lorsqu’un dispositif d’épargne existe, il s’inscrit souvent dans les usages. Parmi les personnes équipées, 73 % déclarent épargner activement, soit tous les mois, soit de façon occasionnelle. Mais là encore, les écarts sociaux restent marqués. Les cadres apparaissent plus réguliers et plus fortement dotés que les ouvriers ou les employés, ce qui rappelle que la question de la retraite se joue aussi très concrètement dans la capacité immédiate à dégager un reste à vivre suffisant.

Le premier obstacle reste le niveau de revenu

L’Observatoire ne laisse guère de doute sur la nature du principal frein. Pour 54 % des répondants, la difficulté première est le manque de moyens financiers. Le sujet ne relève donc pas d’un défaut d’intérêt, mais d’une contrainte budgétaire directe. Cette proportion grimpe à 57 % chez les employés et à 61 % chez les célibataires avec enfants. Plus loin dans l’étude, ce frein économique ressort encore davantage avec 56 % des répondants qui le citent, devant l’incertitude sur l’avenir (33 %) et le manque de confiance (30 %).

Les montants placés chaque mois confirment cette tension. 74 % des épargnants consacrent moins de 200 euros mensuels à leur retraite, dont 41 % moins de 100 euros. Le fossé social est net : 50 % des ouvriers et 49 % des employés épargnent moins de 100 euros, contre 21 % des cadres. À l’autre extrémité, les versements de 400 euros ou plus restent très minoritaires, mais concernent proportionnellement davantage les catégories les plus favorisées.

Pour autant, l’étude ne décrit pas une région totalement empêchée. 52 % des personnes interrogées estiment que leur situation financière leur permet d’épargner relativement facilement pour la retraite, avec une nette variation selon les catégories socioprofessionnelles : 72 % des cadres partagent ce sentiment, contre 45 % des employés. Et surtout, 49 % des habitants d’Occitanie pensent pouvoir augmenter leur effort d’épargne dans les douze prochains mois. Ce potentiel d’action existe donc, à condition qu’il soit soutenu et accompagné.

Des produits connus, mais encore mal compris

L’autre grand enseignement de l’Observatoire concerne la compréhension des dispositifs. En apparence, les produits d’épargne sont identifiés. Dans les faits, leur fonctionnement reste flou pour une part importante de la population. À peine 47 % des répondants disent se sentir bien informés sur les solutions d’épargne. Les personnes en recherche d’emploi ou en transition, ainsi que les 35-44 ans, se révèlent encore moins à l’aise sur ce terrain.

Le détail est particulièrement éclairant. Si 85 % des personnes interrogées connaissent l’assurance-vie, 15 % disent ne pas vraiment en comprendre le fonctionnement. Pour l’épargne retraite individuelle, la part d’incompréhension grimpe à 36 %. Elle atteint 51 % pour l’épargne retraite collective et 57 % pour la fiscalité liée à l’épargne retraite, signe que la dimension fiscale demeure l’un des angles morts du sujet.

Frédéric Malfilatre insiste sur cet écart entre volonté d’agir et difficulté à décrypter les solutions existantes. Selon lui, « le vrai sujet, ce n’est pas la motivation », mais bien la compréhension, ce qui oblige les acteurs concernés à revoir leur manière d’informer et de rendre ces outils plus accessibles.

La relation humaine demeure centrale

Alors même que l’univers financier se digitalise rapidement, les habitants d’Occitanie expriment une préférence très nette pour un accompagnement incarné. 78 % des répondants déclarent privilégier le rendez-vous physique pour souscrire un produit d’épargne retraite, loin devant la souscription sur internet, la visio ou le passage par une application. Ce chiffre dit beaucoup de la perception du sujet : la retraite reste associée à une décision engageante, complexe, qui appelle une médiation humaine et personnalisée.

Cette attente se retrouve dans la hiérarchie des qualités recherchées chez un acteur de confiance. Les personnes interrogées citent d’abord la clarté des explications (42 %), puis l’accompagnement personnalisé (16 %) et la transparence des frais (14 %). La sécurité arrive également parmi les critères importants. Harmonie Mutuelle en tire une lecture claire : la confiance ne repose pas d’abord sur la sophistication technique, mais sur la lisibilité, la pédagogie et la sécurisation des parcours.

Dans ce paysage, les banques dominent largement comme acteurs de référence, citées par 56 % des répondants. Viennent ensuite les conseillers en gestion de patrimoine (15 %), les assurances (11 %), les employeurs (9 %) et les mutuelles (6 %). Si ces dernières apparaissent encore en retrait, l’Observatoire suggère néanmoins qu’elles disposent d’une légitimité à développer, notamment auprès de publics en recherche d’un accompagnement rassurant.

Le PERCOL, un levier encore trop peu diffusé dans les entreprises

Le Plan d’épargne retraite collectif occupe une place particulière dans l’étude. Son attractivité est réelle, mais sa diffusion demeure limitée. Seuls 18 % des salariés du secteur privé déclarent disposer actuellement d’un produit d’épargne collectif, tandis que 60 % indiquent n’y avoir jamais eu accès. Le dispositif reste surtout présent dans les trajectoires professionnelles les plus stables et dans les structures de grande taille, avec une présence plus marquée dans les entreprises de plus de 250 salariés.

Pourtant, lorsqu’il est proposé, le produit convainc. 75 % des bénéficiaires le jugent attractif. Ses principaux leviers d’adhésion sont le rendement (47 %), la fiscalité avantageuse (45 %), un abondement plus élevé (38 %) et la simplicité (35 %). Autrement dit, le PERCOL semble répondre à une attente réelle, mais souffre encore d’un déficit d’exposition, de pédagogie et parfois d’incitation dans les entreprises.

Le témoignage de Sarah Nanema, directrice des ressources humaines du Groupe Tesseract à Toulouse, vient illustrer cet enjeu à l’échelle d’une organisation. Elle explique que la mise en place d’un dispositif d’épargne retraite pour les collaborateurs, dans un groupe dont la moyenne d’âge est de 28 ans, a favorisé une meilleure compréhension des enjeux financiers, renforcé l’intérêt pour la préparation de l’avenir et contribué à un sentiment de valorisation. Pour elle, proposer un PER collectif ou un PERCOL constitue désormais un levier stratégique d’attractivité et de fidélisation.

Une épargne d’abord pensée comme un outil de protection

Au-delà des mécanismes techniques, l’Observatoire éclaire aussi le sens que les habitants de la région donnent à leur effort d’épargne. La logique dominante n’est pas d’abord patrimoniale ou successorale. Elle relève avant tout de la protection individuelle. Les deux premières raisons d’épargner sont le fait de maintenir son niveau de vie ou de compléter sa pension (75 %) et de sécuriser son avenir personnel (69 %). Les motivations liées à la transmission d’un capital, à l’optimisation fiscale ou aux droits de succession arrivent nettement derrière.

Cette hiérarchie se retrouve dans les incitations jugées les plus efficaces. La sécurité financière arrive très nettement en tête, citée par 73 % des répondants, devant l’avantage fiscal (45 %), le conseil d’un professionnel (30 %) et l’abondement de l’employeur (27 %). L’idée de performance existe, mais elle ne domine pas. Ce qui ressort surtout, c’est la recherche de stabilité dans un contexte de fragilisation des repères économiques.

Pour les entreprises, un sujet social devenu stratégique

À travers cette photographie régionale, Harmonie Mutuelle défend une lecture élargie de l’épargne retraite. L’enjeu dépasse le cadre strict de la finance personnelle. Il touche à la politique sociale de l’entreprise, à la qualité du dialogue interne, à l’attractivité employeur et, plus largement, à la capacité des organisations à accompagner leurs salariés dans la durée. Le communiqué souligne ainsi que, dans un marché du travail sous tension, aborder sérieusement l’avenir financier des collaborateurs peut devenir un marqueur de responsabilité et de modernité managériale.

La conclusion de l’Observatoire est à ce titre limpide : les habitants d’Occitanie épargnent déjà, mais de façon inégale ; ils attendent avant tout de la sécurité, de la clarté et un accompagnement humain dans la durée. Harmonie Mutuelle affirme vouloir se positionner non comme l’acteur le plus technique, mais comme le plus rassurant, pédagogique et accessible. Une manière de dire que, sur la retraite, la confiance pèsera sans doute autant que les performances affichées.

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