Nées à Toulouse en 2022, Les Halles de la Transition franchissent une nouvelle étape de leur développement. Le groupe fondé par Chloé Cohen et Mélanie Moresve vient de boucler une levée de fonds de près d’1 million d’euros afin d’accélérer le déploiement national de son concept mêlant restauration responsable, événementiel engagé, coworking et impact territorial. Après avoir éprouvé son modèle dans un lieu pilote de 350 m² en centre-ville de Toulouse, l’entreprise ambitionne désormais d’ouvrir 50 lieux en France d’ici cinq ans, avec trois premières implantations attendues dès début 2027.
Restauration engagée, événements éco-conçus, coworking, programmation citoyenne, circuits courts, impact social et environnemental… Les Halles de la Transition veulent prouver qu’un lieu peut conjuguer croissance économique et utilité collective. (Photo les Halles de la Transition)
À Toulouse, Les Halles de la Transition veulent démontrer qu’un lieu hybride peut conjuguer rentabilité économique, utilité sociale et engagement environnemental. Créée en 2022, la marque s’est d’abord construite autour d’un site pilote installé 46 rue de Bayard, en centre-ville. Sur 350 m², ce premier lieu rassemble plusieurs usages : une cantine engagée, des espaces événementiels, du coworking, une programmation citoyenne et culturelle, ainsi qu’un accueil régulier d’associations partenaires.
En quelques années, ce modèle toulousain a permis d’accueillir près de 30 000 personnes et d’atteindre la rentabilité dès la deuxième année. Ce passage par l’expérimentation locale constitue aujourd’hui le socle d’une ambition nationale : créer la première franchise française de lieux événementiels et de restauration à impact.
À l’origine du projet, deux entrepreneures aux parcours complémentaires portent cette vision. Chloé Cohen, ancienne consultante en stratégie et innovation, a cofondé un accélérateur de startups à impact en Australie. Mélanie Moresve, productrice événementielle, est également cofondatrice du festival Pulse, qui a rassemblé plus de 15 000 personnes. Leur constat est double. D’un côté, la France compte plus de 3 500 tiers-lieux, selon le recensement 2023 de France Tiers-Lieux, mais nombre d’entre eux restent dépendants de subventions et fonctionnent de manière isolée. De l’autre, les réseaux de franchise traditionnels placent rarement l’impact social et environnemental au cœur de leur modèle.
C’est précisément à cette intersection que Les Halles de la Transition veulent se positionner. Le groupe défend un modèle reproductible, économiquement viable, mais structuré autour d’une finalité forte : faire de chaque lieu un outil de transformation des territoires.
« Notre pari c’est de prouver qu’un lieu peut à la fois générer de la croissance tout en étant porteur de sens. Nous avons passé quatre ans à faire la preuve du concept à Toulouse. Aujourd’hui le modèle est validé et le temps est venu de le dupliquer partout en France via des franchisés qui souhaitent développer un projet entrepreneurial alliant performance économique et démarches d’impact », explique Chloé Cohen, cofondatrice et CEO du groupe Les Halles de la Transition.
Près d’1 million d’euros levés pour accélérer le déploiement
Pour franchir ce cap, Les Halles de la Transition viennent de finaliser une première levée de fonds de près d’1 million d’euros. L’opération réunit plusieurs partenaires financiers engagés, parmi lesquels la Banque des Territoires, le Crédit Coopératif, la Caisse d’Épargne, la NEF, ainsi que des investisseurs privés.
Cette levée doit permettre au groupe de structurer son modèle de franchise, de renforcer son organisation et de préparer son déploiement en France. L’objectif affiché est ambitieux : ouvrir 50 lieux d’ici 2030, principalement au cœur des centres-villes. Les premières ouvertures sont déjà annoncées pour début 2027, avec une première phase de développement en Occitanie, avant un passage à l’échelle nationale.
Pour la Banque des Territoires, cette opération s’inscrit dans une logique d’accompagnement des acteurs de l’Économie sociale et solidaire capables de changer d’échelle. « La Banque des Territoires accompagne le renforcement des fonds propres et quasi-fonds propres des acteurs de l’Économie Sociale et Solidaire, afin de soutenir leur changement d’échelle et la concrétisation de leurs projets. Notre intervention en prêt permettra aux Halles de la Transition de renforcer leur activité en concevant la première franchise de lieux à impact en France, en déployant le modèle en Occitanie et dès 2027 à l’échelle nationale. Cette initiative vise à générer des retombées positives à la fois économiques, sociales et environnementales », souligne Patrick Martinez, directeur régional de la Banque des Territoires Occitanie.
Autour des deux fondatrices, le projet s’appuie également sur des entrepreneurs et experts engagés. Parmi eux, Stéphane Gambier, cofondateur d’Abaques Audiovisuel, cédée en 2024, est actionnaire et membre du comité stratégique des Halles de la Transition. Son engagement traduit la volonté du groupe de s’entourer de profils expérimentés pour consolider sa trajectoire.
« L’énergie des Halles de la Transition c’est tout ce que j’ai essayé d’impulser au sein de mon entreprise pendant plus de 25 ans. C’est donc assez intuitivement que j’ai embarqué dans l’aventure entrepreneuriale de Chloé et Mélanie, nous avons un vrai alignement de valeurs. L’impact durable, ça ne s’improvise pas, ça se construit et le développement en franchise auquel se destine Les Halles de la Transition est ultra pertinent dans une société de plus en plus en quête de sens dans sa consommation au quotidien. Leur modèle ne se contente pas d’ajouter de la RSE, il en fait un vrai moteur », témoigne-t-il.
La Cantine des Halles, cœur battant du modèle
Au centre de ce dispositif, la Cantine des Halles occupe une place essentielle. Elle incarne la dimension la plus visible du projet : une restauration engagée, fondée sur une cuisine maison, des produits locaux, de saison et une attention particulière portée aux choix de consommation du quotidien.
Le groupe rappelle que l’alimentation représente une part significative de l’empreinte environnementale individuelle. À travers la Cantine, Les Halles de la Transition entendent donc proposer une réponse concrète et accessible : un café bio et fairtrade, un verre de vin nature respectueux du vivant, un plat végétarien ou encore du mobilier fabriqué en France. L’objectif n’est pas seulement de servir des repas, mais de faire de chaque acte de consommation une manière de réduire son impact écologique.
Cette dimension culinaire est complétée par une programmation événementielle à destination du grand public et des entreprises. Le lieu accueille des événements B2C et B2B, des ateliers de sensibilisation, ainsi que des associations partenaires comme Les Petits Frères des Pauvres, HopHopFood ou La Cloche. À cela s’ajoutent des espaces de coworking qui renforcent l’ancrage du modèle dans la vie économique et sociale locale.
Les Halles de la Transition ne se limitent donc pas à un restaurant responsable ou à un tiers-lieu classique. Le groupe construit un écosystème où la restauration, l’événementiel, le travail partagé, la culture et l’engagement citoyen se croisent dans un même espace.
Trois activités complémentaires pour structurer le groupe
Le développement de l’entreprise repose aujourd’hui sur trois activités principales. La première concerne l’exploitation de lieux en propre et, désormais, en franchise. La deuxième est portée par L’Agence Event des Halles, spécialisée dans l’éco-conception d’événements. La troisième s’appuie sur le Cabinet des Transitions, positionné comme cabinet d’Impact Operating Partners.
Cette organisation permet au groupe d’intervenir à plusieurs niveaux. D’un côté, Les Halles de la Transition exploitent des lieux ancrés dans les territoires. De l’autre, elles développent une expertise événementielle et stratégique autour de la transformation des pratiques, de l’impact et de l’accompagnement d’acteurs économiques.
Agréée Entreprise Solidaire d’Utilité Sociale, l’entreprise inscrit ainsi sa croissance dans un cadre plus large que la seule expansion commerciale. Le modèle vise à concilier développement entrepreneurial, transition écologique, ancrage local et création de lien social.
Une franchise pensée pour sécuriser les porteurs de projet
Le choix de la franchise marque une étape décisive. Là où beaucoup de tiers-lieux reposent sur des financements publics, associatifs ou hybrides, Les Halles de la Transition assument un modèle entrepreneurial structuré. L’objectif consiste à permettre à des porteurs de projet d’ouvrir un lieu à impact sur leur territoire, tout en bénéficiant d’un accompagnement complet et d’un concept déjà éprouvé à Toulouse.
Les conditions d’accès ont été définies pour garantir la viabilité des ouvertures. Le droit d’entrée est fixé à 30 000 euros, avec une redevance de 7 % du chiffre d’affaires. L’apport personnel demandé représente 30 % de l’investissement global, avec un coût d’investissement annoncé à partir de 800 euros par mètre carré.
Le franchiseur prévoit d’accompagner chaque porteur de projet dans la recherche du lieu, l’identification des partenaires financiers et techniques, mais aussi sur les volets communication et marketing. Cette méthodologie doit permettre aux franchisés de gagner du temps, de limiter les risques et d’éviter plusieurs années d’expérimentation isolée.
« Nous ne cherchons pas uniquement à ouvrir des lieux, nous cherchons à donner à des entrepreneurs engagés les moyens de créer du lien sur leur territoire et d’en vivre. Notre rôle de franchiseur, c’est de sécuriser chaque étape et de leur faire gagner des années d’expérimentation », ajoute Chloé Cohen.
Le réseau s’adresse à plusieurs profils. Les professionnels du secteur, comme les directeurs d’exploitation, les gérants de cafés-restaurants ou les chefs de cuisine, font partie des candidats naturels. Mais Les Halles de la Transition visent également des entrepreneurs engagés, désireux de porter un projet à impact dans leur ville.
Un rapport d’impact annuel pour chaque lieu ouvert
Pour conserver la cohérence du modèle dans le temps, chaque nouvelle franchise donnera lieu à un rapport d’impact annuel environnemental et social. Cette démarche doit permettre de mesurer les effets concrets des lieux sur leur territoire, mais aussi de maintenir un haut niveau d’exigence sur les pratiques mises en œuvre.
Ce suivi constitue un élément clé du positionnement des Halles de la Transition. Le groupe entend éviter que la croissance du réseau ne dilue la promesse initiale. L’impact doit rester au cœur du développement, depuis la restauration en circuits courts jusqu’à la programmation citoyenne, en passant par l’accueil d’associations, l’éco-conception des événements et la création de lien local.
En ouvrant les candidatures aux futurs franchisés, Les Halles de la Transition lancent désormais une nouvelle phase de leur histoire. Après Toulouse, le groupe veut faire émerger un réseau national de lieux capables de répondre à plusieurs attentes contemporaines : mieux consommer, travailler autrement, organiser des événements plus responsables, recréer du lien en centre-ville et donner une dimension concrète aux transitions.
Avec cette levée de fonds de près d’1 million d’euros, Les Halles de la Transition disposent désormais d’un levier financier pour transformer une expérimentation toulousaine rentable en réseau national. Le défi sera de conserver l’équilibre qui a fait la singularité du modèle : une croissance structurée, mais fondée sur des impacts sociaux et environnementaux mesurables.