Depuis Toulouse, Airbus Defence and Space vient d’être choisi comme partenaire technique de la “Coffee Canopy Partnership”, une initiative portée par JDE Peet’s pour bâtir la première cartographie mondiale, complète et ouverte, des plantations de café. En combinant imagerie satellitaire très haute résolution et intelligence artificielle, le groupe veut aider la filière à mieux prévenir les risques de déforestation, à accompagner le reboisement et à renforcer la durabilité des chaînes d’approvisionnement.
Un projet d’envergure qui relie technologie spatiale, enjeux agricoles mondiaux et savoir-faire développé en Occitanie. (Photo Pixabay)
Nouvelle illustration du potentiel des technologies spatiales développées en Occitanie, Airbus Defence and Space, basé à Toulouse, a été retenu comme partenaire technique de la Coffee Canopy Partnership, une initiative conduite par JDE Peet’s, l’un des poids lourds mondiaux du café, propriétaire notamment de marques comme L’Or, Senseo, Tassimo, Jacobs ou encore Douwe Egberts. L’ambition affichée est d’aboutir à une première carte mondiale exhaustive et ouverte des plantations de café, dans le but de soutenir une chaîne d’approvisionnement plus durable et davantage alignée avec les exigences de lutte contre la déforestation.
Le projet ne repose pas sur un seul acteur. Il fédère également plusieurs grands noms du négoce et de la torréfaction à l’échelle internationale, parmi lesquels Louis Dreyfus Company, Sucden, Neumann Kaffee Gruppe, Touton, Sucafina et Tchibo. L’initiative bénéficie en outre du soutien du ministère britannique des Affaires étrangères, du Commonwealth et du Développement (FCDO) ainsi que de la FAO, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture. Cette dimension collective donne au projet une portée bien plus large qu’un simple outil interne de traçabilité.
L’imagerie Pléiades et Pléiades Neo mobilisée pour repérer les plantations depuis l’espace
Au cœur du dispositif, Airbus met à contribution ses satellites Pléiades, capables de fournir des images à 50 centimètres de résolution, ainsi que Pléiades Neo, qui poussent la précision jusqu’à 30 centimètres. Associées à des modèles d’intelligence artificielle avancés entraînés par l’industriel sur de très vastes jeux de données, ces images permettent désormais d’identifier et de suivre les plantations de café depuis l’espace avec un niveau de finesse longtemps considéré comme hors de portée.
L’intérêt de cette approche réside notamment dans sa capacité à traiter des environnements agricoles complexes. Airbus précise que ses modèles ont déjà été déployés dans plusieurs pays d’Afrique de l’Est, sur plus de 1,2 million de km², incluant des paysages variés, avec notamment des systèmes de culture à l’ombre et des pratiques d’agroforesterie. Autrement dit, il ne s’agit pas seulement de repérer des parcelles visibles à ciel ouvert, mais de comprendre des territoires agricoles imbriqués dans des écosystèmes plus denses et plus difficiles à lire.
Ces données doivent ensuite permettre aux gouvernements, aux communautés locales et aux professionnels du café de mieux localiser les zones à risque, d’orienter les politiques de reboisement et de contribuer à la protection des moyens de subsistance de millions de petits exploitants agricoles. Derrière la dimension technologique, l’enjeu est donc aussi économique, social et environnemental.
Une logique de filière plutôt qu’une juxtaposition d’initiatives isolées
Dans le communiqué, Laurent Sagarra, Vice-président Engagement chez JDE Peet’s, insiste sur la philosophie du projet, qui entend dépasser les approches fragmentées : « Ce partenariat a pour vocation d’aller au-delà des initiatives de lutte contre la déforestation fragmentées et menées par des entreprises isolées, en favorisant la collaboration à l'échelle du continent ». Il précise également que la démarche ne vise pas à créer une nouvelle certification, mais bien à structurer une initiative sectorielle capable de renforcer l’action collective dans les régions productrices de café.
La déclaration va plus loin en affirmant que l’objectif consiste à soutenir les efforts de cartographie et de sauvegarde des territoires producteurs, et non à se limiter aux seules chaînes d’approvisionnement propres à chaque entreprise. JDE Peet’s présente ainsi cette coopération comme un outil destiné à maintenir la vitalité des forêts et à réduire progressivement le risque de déforestation lié à la culture du café, tout en appelant d’autres acteurs de la filière à rejoindre le mouvement.
Airbus veut faire de la donnée spatiale un levier concret de résilience
Du côté d’Airbus, la promesse est claire : transformer la donnée spatiale en un outil opérationnel pour la transition des filières agricoles. Eric Even, Responsable du pôle Space Digital chez Airbus Defence and Space, résume cette orientation en soulignant : « En combinant notre imagerie satellite très haute résolution Pléiades et Pléiades Neo à des capacités d’IA avancées, Airbus aide à identifier les risques de déforestation et à protéger les forêts de notre monde ». Il ajoute que ces technologies doivent aussi offrir aux exploitants et aux petits producteurs la transparence et les données fiables nécessaires pour renforcer leur résilience et bâtir une chaîne d’approvisionnement réellement durable.
Cette prise de position éclaire le rôle joué par le groupe toulousain dans le projet. Airbus n’apparaît pas seulement comme un fournisseur d’images satellitaires, mais comme un acteur capable d’assembler plusieurs briques technologiques : observation de la Terre, intelligence artificielle, traitement massif des données et accompagnement de cas d’usage concrets à l’échelle internationale. Dans un contexte où la conformité environnementale devient un enjeu majeur pour les filières agricoles mondialisées, cette capacité à produire une information fiable, homogène et exploitable prend une valeur stratégique croissante.
Des premiers résultats jugés suffisamment solides pour viser la planète entière d’ici 2027
Le communiqué indique que les premiers résultats obtenus affichent un niveau de précision et d’adaptabilité qui établit, selon les partenaires, une nouvelle référence pour la surveillance agricole. Fort de ces premiers déploiements en Afrique, Airbus et son partenaire entendent désormais changer d’échelle. Leur ambition est d’atteindre une couverture exhaustive de toutes les régions productrices de café dans le monde d’ici 2027, grâce à l’élargissement des co-investissements industriels et institutionnels.
Ce calendrier montre que le partenariat s’inscrit déjà dans une trajectoire opérationnelle, et non dans une simple phase exploratoire. La perspective d’une cartographie mondiale ouverte pourrait, à terme, devenir un outil de référence pour toute une filière confrontée à une pression croissante sur la traçabilité, la durabilité des approvisionnements et la protection des écosystèmes forestiers. Airbus affirme ainsi apporter son expertise géospatiale et en IA au service de la transformation de l’écosystème café vers davantage de résilience et de durabilité.
Un partenariat qui relie Toulouse aux grands enjeux agricoles mondiaux
Au-delà de l’annonce elle-même, ce projet illustre aussi la manière dont les technologies développées à Toulouse peuvent répondre à des problématiques très concrètes, bien au-delà du secteur spatial traditionnel. En mobilisant ses capacités d’observation de la Terre sur un sujet comme le café, Airbus relie l’expertise industrielle d’Occitanie à des enjeux globaux mêlant environnement, agriculture, commerce international et souveraineté des données.
Le partenaire principal du projet, JDE Peet’s, aujourd’hui intégré à Keurig Dr Pepper, rappelle d’ailleurs son poids dans l’économie mondiale du café. Le groupe est présent sur plus de 100 marchés, emploie plus de 21 000 collaborateurs et a réalisé en 2025 un chiffre d’affaires de 9,9 milliards d’euros. En s’associant à une telle initiative, Airbus s’inscrit dans un chantier d’ampleur mondiale, à la croisée des impératifs économiques et environnementaux