Malgré des livraisons inférieures aux prévisions, le constructeur toulousain ATR affiche une dynamique commerciale solide en 2025 avec 60 commandes brutes, 50 nettes et un carnet dépassant les 160 appareils. L’industriel investit massivement pour augmenter de 20 % ses livraisons en 2026 et prépare une nouvelle génération d’avions à faibles émissions via les programmes Clean Aviation.
Dans un contexte industriel encore sous tension, le constructeur toulousain confirme la solidité de la demande mondiale pour ses turbopropulseurs. (Photo ATR)
À Toulouse, le 18 février 2026, ATR a présenté ses résultats annuels 2025 dans un contexte contrasté. D’un côté, une forte demande commerciale et un environnement de leasing particulièrement actif. De l’autre, des contraintes industrielles persistantes ayant limité le nombre d’appareils livrés. L’année écoulée apparaît ainsi comme une phase de consolidation stratégique avant une montée en cadence annoncée dès 2026.
Une performance commerciale robuste portée par 60 commandes
En 2025, ATR a enregistré 60 commandes brutes émanant de neuf clients répartis dans neuf pays. Les commandes nettes atteignent 50 appareils, portant le carnet de commandes à plus de 160 unités.
Parmi les contrats marquants figurent des engagements à deux chiffres d’Air Algérie (16 ATR 72-600) et d’UNI Air (19 ATR 72-600). La dynamique ne s’est pas limitée aux ventes directes. L’écosystème élargi du constructeur s’est renforcé avec 19 nouveaux opérateurs répartis sur l’ensemble des continents.
Le marché du leasing s’est révélé particulièrement actif, avec plus de 10 appareils neufs placés par des loueurs, notamment au sein du groupe Ethiopian Airlines. Le marché de l’occasion a également affiché une forte rotation, totalisant plus de 90 transactions sur l’année.
Sur le plan financier, le constructeur enregistre un chiffre d’affaires stable de 1,2 milliard de dollars, dont 538 millions de dollars générés par le support et les services clients, un niveau record pour cette activité.
32 livraisons en 2025 dans un environnement industriel sous tension
Si la demande reste soutenue, la production a été affectée par des perturbations persistantes de la chaîne d’approvisionnement. ATR a livré 32 appareils en 2025, un volume inférieur aux objectifs initiaux.
Nathalie Tarnaud Laude, présidente exécutive d’ATR, assume cette année de transition : « nous ne mesurons pas le succès d’une année de transition comme 2025 à un seul chiffre. Nous sommes déterminés à augmenter notre capacité de livraison, et c’est pourquoi nous avons mis en place des actions concrètes pour résoudre les problèmes ayant limité notre production. Nous avons renforcé toutes les composantes de notre organisation et posé les bases d’une montée en cadence sûre, durable et crédible. »
L’industriel a engagé des investissements destinés à stabiliser son système industriel. Les actions menées comprennent l’amélioration des flux sur la Ligne d’Assemblage Final, la réouverture de stations de production et une réduction significative des pénuries de pièces, désormais ramenées à un tiers de leur niveau du début 2025.
Marion Smeyers, directrice des opérations & achats, précise : « l’objectif est une augmentation de 20 % des livraisons cette année par rapport à 2025. »
Une dynamique régionale mondiale et un positionnement premium affirmé
L’année 2025 a été marquée par plusieurs avancées structurantes en Amérique du Nord. JSX a lancé des opérations de vols charters publics avec des ATR 42-600 aux États-Unis, tandis que Rise Air a reçu le premier ATR-600 certifié et livré au Canada.
Le segment premium régional progresse également, comme en témoigne l’adoption croissante de la collection ATR HighLine par des compagnies telles que Berjaya Air, Air Tahiti ou Air Cambodia.
Alexis Vidal, directeur commercial d’ATR, souligne la tendance de fond : « la demande pour nos avions est forte, les opérateurs régionaux veulent plus de capacité. En 2026, la mobilité régionale va poursuivre sa croissance, portée par le report d’une partie du trafic terrestre vers l’aérien dans les économies en développement, un besoin accru de connectivité dans les marchés matures, et le développement d’expériences passagers premium. Au vu de la nécessité de proposer des billets d’avion abordables et des coûts de carburant en hausse, les turbopropulseurs demeurent la seule solution économiquement viable pour développer la connectivité régionale de manière rentable. »
Clean Aviation : vers un ATR hybride-électrique d’ici 2029
Au-delà des résultats financiers, 2025 marque également l’entrée d’ATR dans un nouveau cycle technologique. Le constructeur a lancé deux programmes majeurs dans le cadre de Clean Aviation : HERACLES et DEMETRA.
Ces projets visent à faire voler un démonstrateur ATR 72-600 hybride-électrique d’ici fin 2029, intégrant une propulsion hybride, des technologies avancées d’hélices et des systèmes électrifiés. Ces travaux nourrissent les études de faisabilité du futur concept EVO, présenté comme la prochaine génération d’avions régionaux du constructeur.
Nathalie Tarnaud Laude affirme : « Clean Aviation nous offre la plateforme idéale pour travailler avec des partenaires stratégiques sur la maturation de technologies essentielles pour notre futur concept EVO. Ces projets jouent un rôle clé pour garantir que notre prochaine génération d’avions continue de proposer le meilleur équilibre entre durabilité, performance économique et polyvalence. »
Un acteur clé de la connectivité régionale mondiale
ATR rappelle opérer dans plus de 100 pays via environ 200 compagnies aériennes et contribuer à l’ouverture de 120 nouvelles routes par an en moyenne. Les turbopropulseurs du constructeur affichent des émissions de CO₂ inférieures de 45 % à celles des jets régionaux de taille comparable.
« ATR est pertinent aujourd’hui, et nous le resterons demain. (…) Le travail accompli en 2025 nous permet d’aborder avec confiance la forte demande à venir », conclut la présidente exécutive.
Pour le constructeur toulousain, 2025 n’aura pas été une année d’expansion industrielle, mais bien celle de la préparation méthodique d’une nouvelle phase de croissance. 2026 s’annonce désormais comme l’année du redressement capacitaire et du passage à l’échelle.