Fondé à Toulouse, le cabinet Willing annonce la création de Coruscant, son nouveau département dédié à l’ingénierie en intelligence artificielle souveraine. Dirigée par le Dr Nicolas Homehr, cette entité entend accompagner les organisations sensibles, notamment dans la santé, la défense, l’énergie ou les infrastructures critiques, dans la conception de solutions d’IA sécurisées, maîtrisées et adaptées aux réalités métiers.
Benjamin Provost, président fondateur de Willing. (Photo Willing)
Alors que l’intelligence artificielle s’impose au cœur des stratégies économiques, industrielles et publiques, la question de la souveraineté numérique devient centrale. Dans ce contexte, Willing franchit une nouvelle étape avec le lancement de Coruscant, un département spécialisé dans la conception et le pilotage de solutions d’IA appliquées aux secteurs où la maîtrise des données, des algorithmes et des usages constitue un enjeu stratégique.
Créé il y a cinq mois, Coruscant réunit déjà une activité structurée autour d’une quarantaine de projets de recherche en cours. Sa mission consiste à rapprocher l’excellence scientifique, l’expertise métier et la transformation des organisations afin de développer une intelligence artificielle utile, sécurisée et déployable dans des environnements complexes.
À sa tête, Willing a nommé le Dr Nicolas Homehr, spécialiste reconnu de l’intelligence artificielle appliquée à la santé. Son parcours l’a notamment conduit à intervenir auprès de l’Organisation mondiale de la santé, de la Commission européenne et du ministère français de la Santé. Son arrivée traduit la volonté du groupe de positionner Coruscant sur des sujets à forte valeur ajoutée, au croisement de la recherche, des usages et des impératifs de souveraineté.
Maîtriser les données, les algorithmes et les coûts
Avec Coruscant, Willing ne souhaite pas se limiter à l’intégration d’outils existants. Le nouveau département se présente comme un architecte de solutions d’intelligence artificielle, capable d’intervenir sur l’ensemble de la chaîne de valeur. Son champ d’action couvre la définition d’une stratégie IA souveraine, la conception des algorithmes, l’industrialisation des logiciels, mais aussi l’accompagnement humain indispensable à l’adoption de ces technologies dans les organisations.
L’objectif affiché est de garantir que les données, les algorithmes et les coûts restent sous contrôle européen. Cette approche vise à répondre à une préoccupation croissante des acteurs publics et privés : pouvoir bénéficier de la puissance de l’intelligence artificielle sans créer de nouvelles dépendances technologiques, économiques ou opérationnelles.
Cette orientation prend une dimension particulière dans les secteurs sensibles, où les usages de l’IA ne peuvent être pensés uniquement sous l’angle de la performance technique. Dans la santé, la défense, l’énergie ou les infrastructures critiques, les solutions doivent être explicables, auditables, sécurisées et compatibles avec des contraintes réglementaires et organisationnelles fortes.
Des premiers projets déjà engagés en santé, administration et logistique
Depuis son lancement, Coruscant a déjà engagé plusieurs missions illustrant son positionnement. Dans le domaine de la santé, le département intervient comme leader du cluster santé au sein du consortium européen « From Chips to Healthcare Services ». Ce projet porte sur la conception de systèmes d’interopérabilité assistés par intelligence artificielle, destinés à unifier la gestion du vieillissement et des maladies chroniques à l’échelle de l’Union européenne. L’enjeu est de permettre la mise en place d’une plateforme commune, tout en garantissant que les données restent souveraines malgré la diversité des outils utilisés dans les différents pays.
Coruscant intervient également auprès d’une Maison départementale des personnes handicapées. La mission consiste à optimiser le traitement des dossiers grâce à des algorithmes d’intelligence artificielle. Cette solution doit permettre d’accélérer l’instruction des demandes et de réduire les délais de traitement. D’après Willing, elle est déjà prête à être déployée sur d’autres territoires.
Dans le secteur du transport maritime et de la logistique, Coruscant a développé un moteur de « Talk to Data ». Cet outil permet aux équipes métier d’interroger leurs données en langage naturel, sans compétence technique particulière. Les informations sont ensuite transformées en analyses, visualisations interactives et indicateurs exploitables, afin d’aider les organisations à accélérer leur prise de décision.
Un positionnement entre recherche, technologie et métiers
Coruscant cherche à se distinguer à la fois des grands développeurs de modèles de langage et des acteurs traditionnels du conseil numérique. Les premiers, à l’image de Mistral, OpenAI ou Anthropic, fournissent des briques technologiques. Coruscant entend, de son côté, concevoir des solutions spécifiques à partir de ces technologies pour les adapter aux usages concrets des organisations.
Le département se différencie également des ESN qui privilégient souvent des cas d’usage standardisés. Sa promesse repose sur une capacité à intervenir sur des projets complexes, nécessitant une connaissance fine des métiers, des contraintes de terrain et des enjeux de souveraineté. Cette articulation entre science, ingénierie et transformation organisationnelle constitue le cœur du modèle défendu par Willing.
« Notre force réside dans cette double compétence rare : une expertise scientifique de haut niveau, portée par une équipe de docteurs en mathématiques et en informatique, couplée à la maîtrise des réalités terrain des 300 consultants de Willing », souligne Benjamin Provost, fondateur et président du groupe Willing. « Cela nous permet de ne pas seulement concevoir des outils, mais de garantir qu’ils servent réellement les enjeux pour lesquels ils ont été créés. »
Une équipe d’une cinquantaine d’experts et un plan de recrutement
Pour porter cette ambition, Coruscant s’appuie aujourd’hui sur une équipe d’une cinquantaine d’experts en data, spécialisés notamment en sécurité, en architecture et en gouvernance de la donnée. Willing prévoit de renforcer progressivement cette structure avec l’intégration de un à deux experts par mois au cours de l’année.
Le développement de Coruscant pourrait également passer par de nouvelles opérations de croissance externe ciblées, en particulier en Île-de-France. Cette stratégie s’inscrit dans la continuité des dernières acquisitions de Willing, qui a intégré SK Consulting en juin 2025, annoncé l’acquisition du groupe Altera en juillet 2025, puis intégré Projexion en janvier 2026.
Pour Nicolas Homehr, l’enjeu consiste à faire de l’intelligence artificielle un levier d’autonomie plutôt qu’un facteur de dépendance. « Je défends une IA au service de l’humain, où l’on peut auditer le comportement des systèmes et certifier leur usage », explique le dirigeant de Coruscant. « La souveraineté ne se mesure pas seulement en puissance de calcul, mais en capacité à garantir que la technologie reste au service du bien commun. »
Willing poursuit sa stratégie de transformation numérique à impact
Fondé à Toulouse en 2016, Willing s’est développé autour des transformations numériques à impact. Le groupe compte aujourd’hui neuf sites en France et à l’étranger et près de 300 coéquipiers. Son positionnement repose sur l’accompagnement des projets de transformation, avec l’objectif de contribuer à une croissance durable et à un impact socio-environnemental positif.
Avec Coruscant, Willing entend élargir cette approche à l’intelligence artificielle souveraine. Le département doit permettre de transformer les avancées de la recherche en solutions opérationnelles, maîtrisées et immédiatement déployables. « L’Europe ne sera souveraine en IA que si elle maîtrise sa conception, sa gouvernance et ses usages », estime Nicolas Homehr. Son ambition est de construire « une IA de confiance, explicable et directement au service des organisations ».
En structurant Coruscant, Willing souhaite ainsi répondre à un double défi : accompagner les organisations dans le passage à l’échelle de l’intelligence artificielle et garantir que cette transition reste compatible avec les exigences de souveraineté, de sécurité, d’éthique et d’utilité opérationnelle.