Gers. Ecocert accélère à l’international et vise plus de 150 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2030

Né dans le Gers au début des années 1990, le groupe Ecocert poursuit sa transformation. Historiquement identifié à l’agriculture biologique, le spécialiste de la certification, du conseil et de la vérification des données de durabilité revendique aujourd’hui un chiffre d’affaires de 125 millions d’euros en 2025, une présence dans 36 pays via ses filiales et plus de 80 000 clients accompagnés. Porté par l’international, la diversification de ses expertises et la montée en puissance des enjeux de traçabilité, l’acteur gersois veut devenir un tiers de confiance incontournable pour les produits du quotidien issus de chaînes d’approvisionnement naturelles, renouvelables ou circulaires.

Pauline Raffaitain, responsable affaires publiques & réglementaires chez Ecocert, Philippe Thomazo, directeur général d'Ecocert et Cécile Caminel, responsable marketing et communication externe chez Ecocert. (Photo Dorian Alinaghi)

Pauline Raffaitain, responsable affaires publiques & réglementaires chez Ecocert, Philippe Thomazo, directeur général d'Ecocert et Cécile Caminel, responsable marketing et communication externe chez Ecocert. (Photo Dorian Alinaghi)

Il y a, dans l’histoire d’Ecocert, une singularité que son directeur général, Philippe Thomazo, assume volontiers. L’entreprise n’est pas née comme un certificateur classique venu investir le champ de l’agriculture biologique. Elle s’est construite dans le mouvement inverse. Issue du monde associatif et portée à l’origine par des agronomes engagés dans la promotion de pratiques agricoles différentes, Ecocert s’est développée à partir de l’agriculture biologique avant de faire de la certification son métier.

Lors d’un échange avec la presse à Toulouse, Philippe Thomazo a rappelé cette trajectoire particulière, en décrivant Ecocert comme une entreprise « un peu OVNI ». Le groupe, créé en 1991, s’est d’abord imposé dans l’agroalimentaire biologique, avant de suivre les filières végétales vers d’autres territoires et d’autres marchés. « On est nés dans la bio vers la certification », résume le dirigeant, en opposition à d’autres acteurs historiques du secteur, venus de la certification vers la bio.

Ce positionnement a façonné l’identité du groupe. Présidé aujourd’hui par Jérémie Vidal, qui a succédé à son père William Vidal, et dirigé par Philippe Thomazo, Ecocert compte désormais 2 180 collaborateurs dans le monde. L’entreprise accompagne plus de 80 000 clients en France et à l’international, en intervenant dans la collecte et la vérification de données de durabilité, la certification de labels exigeants, la formation et le conseil.

125 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025

En 2025, Ecocert revendique un chiffre d’affaires de 125 millions d’euros. Cette performance confirme la capacité du groupe à évoluer dans un environnement économique et réglementaire plus exigeant, marqué par le ralentissement de certains marchés, l’inflation, les tensions géopolitiques et la demande croissante de preuves en matière environnementale.

L’international joue désormais un rôle central dans cette dynamique. 61 % de l’activité du groupe est réalisée hors de France, contre 39 % sur le marché national. Une évolution qui traduit l’accélération d’un mouvement engagé depuis plusieurs décennies, lorsque la certification de produits agroalimentaires biologiques a conduit Ecocert à remonter les filières de production, notamment sur des matières premières cultivées hors de France.

Cette ouverture s’accompagne d’une diversification progressive. L’agriculture biologique demeure le cœur historique du groupe et représente encore 61 % de son chiffre d’affaires. Mais Ecocert développe aujourd’hui d’autres activités : les écoproduits, qui pèsent 20 % du chiffre d’affaires, les expertises liées à l’éthique et au durable, qui représentent 14 %, ainsi que les prestations de conseil et de formation, à hauteur de 5 %.

Pour Philippe Thomazo, cette diversification répond autant à une logique économique qu’à une logique d’impact. Lorsque le marché bio ralentit, d’autres relais permettent de maintenir la croissance. Mais l’ambition revendiquée reste la même : orienter les pratiques vers davantage de durabilité. Pauline Raffaitain, responsable affaires publiques & réglementaires chez Ecocert, résume cette approche par une formule : « Plus il y a de clients, plus les pratiques changent vers des pratiques plus orientées vers la durabilité. »

Une marque reconnue par les consommateurs

L’une des forces d’Ecocert tient à sa notoriété auprès du grand public. Dans l’univers de la certification, rares sont les organismes dont le nom est directement identifié par les consommateurs. Ecocert fait partie de ces exceptions. Son logo est associé, dans l’esprit de nombreux acheteurs, à une garantie de sérieux et d’engagement.

Philippe Thomazo souligne cette reconnaissance particulière : dans un supermarché, les consommateurs ne cherchent pas spontanément le nom des grands certificateurs mondiaux sur un produit. En revanche, beaucoup identifient Ecocert comme un repère. Cette réputation acquise dans l’agroalimentaire biologique a ensuite permis au groupe d’étendre sa marque à d’autres univers de consommation, notamment la cosmétique, le textile, les produits de la maison, le commerce équitable ou encore les démarches liées à l’agriculture durable.

Cette évolution suit un fil conducteur : les produits du quotidien. Ecocert reste très majoritairement positionné sur des produits avec lesquels les consommateurs sont en contact fréquent, qu’il s’agisse de ce qu’ils mangent, appliquent sur leur peau, portent ou utilisent dans leur maison. Pour le groupe, l’enjeu est d’agir sur des volumes importants, en transformant les chaînes de production, la composition des produits et les pratiques des entreprises.

150 certifications et un comité interne pour garder le cap

La diversification d’Ecocert ne se fait pas sans garde-fous. Le groupe déploie aujourd’hui environ 150 certifications différentes, mais celles-ci sont examinées en interne avant d’être intégrées à son catalogue. Philippe Thomazo a notamment évoqué le rôle du comité d’évaluation des prestations, composé de salariés, chargé de vérifier que les certifications proposées sont alignées avec les valeurs de l’entreprise et suffisamment exigeantes pour produire un effet de transformation.

Cette exigence explique aussi certaines positions. Le dirigeant a par exemple rappelé les réserves du groupe sur des démarches dont l’intitulé pourrait, selon lui, prêter à confusion auprès du consommateur. L’enjeu n’est pas seulement de certifier, mais de garantir que la promesse portée par un label reste lisible, robuste et proportionnée à l’effort réellement demandé.

Ce positionnement intervient dans un contexte où les allégations environnementales sont de plus en plus observées, contestées et encadrées. Pour Ecocert, cette évolution réglementaire ouvre un nouveau champ d’intervention, au croisement de la certification, de la donnée, de la preuve et de la transparence.

La lutte contre le greenwashing ouvre un nouveau marché

L’un des grands sujets des prochaines années concerne la fiabilité des allégations environnementales. La Directive Transition Verte de l’Union européenne 2024/825, également connue sous son intitulé anglais Empowering Consumers for the Green Transition, vise à mieux protéger les consommateurs contre les messages vagues, trompeurs ou insuffisamment fondés.

Pour Cécile Caminel, responsable marketing et communication externe chez Ecocert, le texte marque un tournant. Il ne s’agit plus seulement d’encadrer quelques mentions présentes sur les emballages. L’ensemble des messages adressés aux consommateurs est concerné, y compris sur les sites internet ou les supports marketing. Les allégations devront pouvoir être prouvées et les labels auto-déclarés auront beaucoup moins de place. Les démarches devront s’appuyer sur des systèmes robustes, vérifiés par des tiers indépendants.

Dans ce contexte, Ecocert entend renforcer ses services de vérification. Les entreprises devront démontrer la véracité de leurs messages, sécuriser leurs communications environnementales et éviter les risques juridiques ou réputationnels. Philippe Thomazo résume cette évolution ainsi : « On va vers un monde où, pour fournir de la transparence, il va falloir fournir des preuves. »

Cette bascule place la donnée au cœur du métier. L’audit ne consiste plus uniquement à observer des pratiques sur le terrain. Il s’agit aussi de collecter, contrôler et certifier des informations. « On va vérifier les données. On collecte des données, on les vérifie et on les certifie », explique Philippe Thomazo. Cette logique irrigue déjà plusieurs axes de développement du groupe.

Digitalisation, IA raisonnée et passeport produit

Ecocert poursuit également sa transformation digitale. Le groupe a généralisé son portail client auprès de 70 % de ses clients et entend aller plus loin avec des outils numériques destinés à faciliter le suivi des certifications, la gestion des informations et l’accès aux données. Le groupe travaille aussi sur un annuaire professionnel innovant pour les ingrédients cosmétiques et revendique un recours à une intelligence artificielle pragmatique et raisonnée, au service de la qualité et de la performance.

Cette approche technologique ne remet pas en cause le rôle de l’humain. Dans l’échange avec la presse, les représentants du groupe ont insisté sur l’importance de l’auditeur, dont l’expertise reste centrale. La technologie est présentée comme un outil d’appui, capable d’augmenter la précision, de fluidifier les procédures et d’améliorer la restitution des informations, mais non comme un substitut à l’analyse humaine.

La montée en puissance du passeport digital produit illustre cette évolution. Déployé progressivement dans plusieurs secteurs, dont le textile, ce dispositif vise à donner accès à une véritable carte d’identité du produit, avec des informations sur sa conformité, sa sécurité, son origine, ses caractéristiques environnementales ou ses conditions d’utilisation. Pour Ecocert, il s’agit d’un prolongement naturel de son métier : vérifier la qualité des données déclarées et aider les entreprises à bâtir des systèmes crédibles.

Les emballages durables, nouveau relais de croissance

Autre axe de diversification : les matériaux et emballages durables et recyclés. Le sujet est devenu incontournable pour les industriels, confrontés à la fois à la pression réglementaire, aux attentes des consommateurs et aux enjeux de circularité des plastiques. Ecocert a commencé à travailler sur ces offres il y a environ deux ans et entre désormais dans une phase de déploiement plus concrète.

Le groupe entend notamment accompagner les entreprises sur la traçabilité des matières recyclées et la recyclabilité des emballages. Plusieurs démarches existent déjà, comme les certifications internationales GRS et RCS pour les matières recyclées, ou des dispositifs liés à la recyclabilité des emballages. Ecocert veut sélectionner les référentiels jugés les plus pertinents et les plus exigeants pour les secteurs dans lesquels il intervient.

Philippe Thomazo insiste sur la dimension transversale du sujet. Les emballages concernent l’agroalimentaire, la cosmétique, les produits d’entretien et plus largement l’ensemble des univers de consommation. À terme, le dirigeant estime que les offres liées aux matériaux durables pourraient représenter jusqu’à 10 % de l’activité du groupe, ce qui constituerait un relais significatif de développement.

Côte d’Ivoire et Sri Lanka dans la feuille de route

L’international reste un axe majeur de croissance. Ecocert est présent dans 36 pays via ses filiales et intervient plus largement dans de nombreux marchés de production et de consommation. Les marchés matures, comme l’Europe, les États-Unis ou le Canada, concentrent une part importante de la demande en produits biologiques et durables. Les zones de production, notamment en Asie, en Afrique ou en Amérique latine, jouent également un rôle stratégique dans le développement des filières certifiées.

Le groupe prévoit de renforcer sa présence dans des filières comme le café, le thé et le cacao. De nouvelles implantations sont envisagées en Côte d’Ivoire et au Sri Lanka. La première doit répondre aux besoins liés au cacao, dans l’un des principaux pays producteurs au monde. La seconde s’inscrit dans une logique de proximité avec les filières du thé et avec les attentes des autorités locales.

Ces implantations doivent permettre à Ecocert de rester au plus près des producteurs, des transformateurs et des donneurs d’ordre internationaux, dans un contexte où la traçabilité des chaînes d’approvisionnement devient un enjeu économique, réglementaire et stratégique.

Un ancrage fort en Occitanie

Malgré son développement international, Ecocert conserve un ancrage fort en Occitanie. Le siège du groupe est implanté à L’Isle-Jourdain depuis 1997. En 2026, l’entreprise emploie plus de 350 collaborateurs sur ce site gersois et plus de 80 à Toulouse. Elle prévoit 59 recrutements en Occitanie et 150 au niveau national, confirmant son rôle d’employeur structurant pour le territoire.

Cette présence locale se traduit aussi par des investissements dans ses bâtiments, dont un site à énergie positive, ainsi que par le recours à un réseau de fournisseurs locaux représentant 41 % de ses partenaires. Ecocert revendique ainsi une contribution directe à l’économie régionale, mais aussi à la structuration des filières durables.

Dans le Gers et la Haute-Garonne, le groupe accompagne 2 100 clients certifiés, couvrant l’ensemble de la chaîne de valeur, de la production à la distribution. Il intervient également auprès de la restauration collective, notamment à travers le label « En cuisine », qui valorise les établissements engagés dans une démarche de transparence, de qualité et d’intégration de denrées biologiques certifiées. Le dispositif concerne aujourd’hui 350 établissements en Occitanie et 700 en Aquitaine.

Le Parc de la Côme, vitrine territoriale et environnementale

Au-delà de ses activités économiques, Ecocert met en avant plusieurs initiatives locales à impact environnemental et social. Le Parc de la Côme, situé à L’Isle-Jourdain, constitue l’un des exemples les plus visibles de cette démarche. Déployé sur près de 4 hectares, ce projet collectif associe collaborateurs et partenaires autour du maraîchage, de la préservation de la biodiversité et de la solidarité alimentaire.

En 2024, plus de 2 tonnes de légumes biologiques ont été distribuées à la Banque Alimentaire du Gers. Le projet a également permis de sensibiliser plus de 1 000 élèves des écoles locales au bien manger et à l’agriculture biologique. Le travail mené par les salariés engagés dans cette initiative a été récompensé en avril par la fondation GoodPlanet.

Ecocert ouvrira par ailleurs ses portes le 6 juin à L’Isle-Jourdain dans le cadre de Festiv’bio, un événement consacré à la sensibilisation écologique et au bien manger, avec visite du parc, spectacles, découverte des métiers, conférences, concert et marché bio.

Le groupe soutient également des projets d’agroforesterie qui ont permis la plantation de plus de 25 000 arbres en France depuis 2019. Une manière de prolonger, sur le terrain, l’engagement historique d’Ecocert en faveur de pratiques agricoles et économiques plus durables.

Cap sur 2030

Pour les prochaines années, Ecocert affiche une ambition claire : maintenir une croissance moyenne annuelle de 5 % afin de dépasser les 150 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2030. Cette trajectoire repose sur plusieurs moteurs : le développement international, la diversification des expertises, la digitalisation, les offres liées aux emballages durables, la vérification des allégations environnementales et la montée en puissance des exigences de traçabilité.

Dans un marché où les consommateurs demandent davantage de preuves et où les entreprises doivent sécuriser leurs engagements, Ecocert entend renforcer son rôle de tiers de confiance. Le groupe gersois ne se limite plus au bio, même si celui-ci reste son socle historique. Il cherche désormais à occuper une place centrale dans la transformation des produits du quotidien, à l’intersection de la certification, de la donnée, de la réglementation et de la durabilité.

Depuis L’Isle-Jourdain, Ecocert poursuit ainsi une trajectoire singulière : celle d’un acteur né dans l’agriculture biologique, devenu international, et désormais positionné au cœur des grandes transitions économiques, environnementales et sociétales.

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