Réunie les 26 et 27 août à Roland-Garros pour La REF 2026, la délégation Occitanie s'est distinguée par une mobilisation annoncée autour de 380 participants. Autour de Samuel Hervé, président du Medef Occitanie, les représentants des territoires et des branches professionnelles ont affiché leur volonté de porter davantage la voix des entreprises dans le débat public. La rencontre a également donné lieu à un échange avec Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance, autour de son ouvrage consacré à cinquante années de dette sociale française.
Près de 380 entrepreneurs d’Occitanie réunis à Roland-Garros à l’occasion de La REF 2026, autour des enjeux économiques, sociaux et politiques qui marqueront les prochains mois. (Photo Dorian Alinaghi)
Pour l'Occitanie, cette édition 2026 a d'abord été marquée par le poids de sa délégation. Environ 380 participants étaient évoqués mercredi soir, inscriptions de dernière minute comprises, faisant du collectif régional l'une des délégations les plus importantes présentes à Roland-Garros.
Devant les représentants économiques de la région, Samuel Hervé, président du Medef Occitanie depuis novembre 2023, a rappelé le travail engagé plusieurs années auparavant pour rapprocher les territoires issus des anciennes régions Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon. Il a notamment salué l'action menée par son prédécesseur Sophie Garcia, qui avait pris la présidence du Medef Occitanie en 2017 avant de lui transmettre les responsabilités régionales six ans plus tard.
Cette construction progressive d'une identité économique régionale commune se traduit désormais dans les chiffres de mobilisation. Samuel Hervé a insisté sur la régularité avec laquelle les territoires occitans participent à La REF et sur la capacité du réseau à se présenter collectivement face aux instances nationales.
« Notre communauté Medef s'exprime dans le nombre et dans la qualité, mais également à travers la diversité de ses représentations », a-t-il résumé devant les entrepreneurs.
Une mobilisation d'autant plus remarquée que le diagnostic remonté du terrain est beaucoup moins enthousiaste. Lors d'un conseil exécutif organisé en amont de La REF, fédérations et territoires ont dressé, selon le président régional, un panorama économique jugé morose, voire très sombre. Investissement, activité, visibilité économique ou climat politique nourrissent les inquiétudes des chefs d'entreprise.
Dans ce contexte, Samuel Hervé a remercié les participants d'avoir consacré une partie de leur temps professionnel ou personnel à ce rassemblement national. Une présence collective considérée comme essentielle pour peser dans le débat au moment où les entreprises souhaitent voir leurs préoccupations davantage entendues par les pouvoirs publics.
Haute-Garonne, Gers et Pyrénées-Orientales sur le podium de la mobilisation
La représentation occitane a également donné lieu à un classement symbolique des territoires les plus mobilisés. Les Pyrénées-Orientales, habituées à participer en nombre à l'événement, occupent la troisième place avec 28 participants. Le Gers prend la deuxième position, tandis que la Haute-Garonne arrive en tête avec 74 représentants présents à Roland-Garros.
Au-delà du classement, le président du Medef Occitanie a surtout insisté sur la présence de l'ensemble des territoires de la région. L'enjeu n'est pas uniquement quantitatif : il s'agit de disposer à Paris d'une représentation suffisamment diverse pour faire remonter les réalités économiques très différentes rencontrées de Toulouse à Montpellier, de Perpignan au Gers ou à l'Aveyron.
Cette nécessité d'un front économique régional rejoint le message porté à l'échelle nationale par Patrick Martin, président du Medef. Dans son discours d'ouverture de La REF 2026, le dirigeant patronal a appelé les responsables politiques à faire preuve de courage face aux difficultés structurelles du pays. Le rendez-vous intervient à moins d'un an des élections présidentielle et législatives, avec une édition explicitement tournée vers les choix économiques à venir.
L'UIMM Occitanie veut également peser davantage dans le débat national
La soirée a aussi montré le mouvement de regroupement engagé dans les différentes organisations patronales régionales. Didier Katzenmayer, président de l'UIMM Occitanie, est revenu sur la fusion devenue effective au 1er janvier 2026 entre l'UIMM Midi-Pyrénées et l'UIMM Méditerranée-Ouest. Cette nouvelle organisation rassemble aujourd'hui environ 710 établissements et 86 000 salariés et se présente comme la première chambre syndicale territoriale de la métallurgie en France hors région parisienne.
Pour son président, ce changement de dimension doit permettre aux industriels de faire entendre une parole commune sur des problématiques qui dépassent les frontières départementales. L'aéronautique, les nouvelles filières énergétiques, la défense, les compétences ou encore la transition industrielle composent désormais un même ensemble régional.
« Sans industrie, le pays n'est pas grand-chose », a notamment défendu Didier Katzenmayer en appelant les forces économiques à rester regroupées.
Le rapprochement entre les anciennes structures industrielles régionales fait ainsi écho au travail d'unification engagé plusieurs années auparavant par le MEDEF Occitanie.
Malakoff Humanis met l'Occitanie à l'honneur
Partenaire de La REF, Malakoff Humanis accompagne également la délégation régionale. Le groupe de protection sociale, qui revendique plus de 400 000 entreprises accompagnées en santé, prévoyance, épargne et retraite complémentaire, a choisi en 2026 de consacrer à l'Occitanie sa cinquième édition des Rendez-vous des territoires.
Présent lors de la rencontre, Christophe Scherrer, directeur général délégué de Malakoff Humanis, a rappelé les enjeux liés à la santé, à la prévoyance et à l'épargne d'entreprise. Il a notamment évoqué le travail réalisé autour des dispositifs négociés dans la branche de la métallurgie et la nécessité de mieux faire connaître ces mécanismes aux entreprises régionales.
L'objectif affiché est également de rapprocher davantage l'épargne collectée du financement de l'économie et des entreprises. Une problématique qui a fait directement écho au principal débat économique de la soirée : celui consacré à la dette sociale.
Nicolas Dufourcq ausculte cinquante ans de dette sociale française
Invité à échanger avec les entrepreneurs occitans, Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance depuis sa création en 2013, est revenu sur son ouvrage La Dette sociale de la France 1974-2024, publié aux éditions Odile Jacob en octobre 2025.
Le livre s'appuie sur les témoignages de 50 responsables politiques, hauts fonctionnaires, syndicalistes, philosophes et économistes ayant participé, directement ou indirectement, à la construction du modèle social français au cours des cinquante dernières années.
Parmi les responsables interrogés figurent notamment d'anciens présidents de la République et Premiers ministres. Pour Nicolas Dufourcq, cette méthode répond à une question centrale : comment une succession de responsables ayant cherché, chacun à leur niveau, à protéger davantage la population a-t-elle pu aboutir à une accumulation aussi importante de dette ?
Sa réponse ne repose pas sur l'idée d'une décision unique ou d'une volonté délibérée de laisser dériver les comptes publics. Le dirigeant décrit plutôt une accumulation progressive de droits et de dépenses, à laquelle les responsables successifs ont tenté de répondre sans parvenir à arrêter durablement l'endettement.
« Il n'y en a pas un qui n'ait pas tenté », a-t-il souligné à propos des responsables rencontrés lors de son enquête.
Pour Nicolas Dufourcq, le problème tient notamment à la difficulté des institutions à encadrer une demande de protection qui s'accroît continuellement.
« Le secret de famille » de la dette française
Le patron de Bpifrance défend une thèse centrale dans son ouvrage : une part très importante de la dette publique française sert non pas à financer des investissements futurs, mais des prestations sociales courantes. « Le secret de famille de la société française n'est pas la dette, mais le fait qu'elle soit sociale », résume-t-il.
Son ouvrage estime que deux tiers de la dette publique française sont liés au financement de prestations sociales. Une situation qui, selon Nicolas Dufourcq, modifie profondément la nature de l'endettement : celui-ci contribue à financer le fonctionnement courant du modèle social alors qu'il pourrait être orienté vers l'investissement, l'industrie, les transitions ou les infrastructures.
Devant les entrepreneurs d'Occitanie, le dirigeant a notamment évoqué le financement des retraites et de la santé. Selon les ordres de grandeur qu'il a présentés, environ 20 % des pensions de retraite ne seraient plus couverts par les seules cotisations correspondantes.
Il a également insisté sur le poids global des prélèvements consacrés à la retraite et à la maladie dans la rémunération du travail, estimant que leur importance reste insuffisamment perceptible par les salariés eux-mêmes.
Pour lui, cette méconnaissance nourrit un paradoxe : actifs et entreprises ont le sentiment d'acquitter des prélèvements extrêmement élevés tandis qu'une partie du système continue parallèlement à dépendre de l'endettement.
La retraite à 60 ans, un tournant dans le contrat social français
Nicolas Dufourcq a longuement insisté sur l'instauration de la retraite à 60 ans, qu'il considère comme l'un des grands tournants du système français. Cette mesure aurait, selon son analyse, profondément transformé le rapport collectif au travail et à la retraite. Le dirigeant remet cependant cette décision dans son contexte historique : les générations concernées au début des années 1980 avaient traversé la guerre, les privations et la reconstruction, dans une société où les conditions de travail et l'espérance de vie étaient très différentes de celles observées aujourd'hui.
Le problème réside, selon lui, dans le maintien d'une logique comparable alors que la démographie, la durée de vie et les parcours professionnels ont profondément évolué.
Le vieillissement de la population renforce désormais cette équation. Les dépenses de retraite et de santé augmentent tandis que la France doit parallèlement financer sa réindustrialisation, sa transition énergétique, sa défense et les investissements nécessaires aux générations futures.
Santé : la question du financement des affections de longue durée
Le directeur général de Bpifrance a également abordé la progression des dépenses liées à la santé. Il a notamment évoqué le régime des affections de longue durée, qui permet la prise en charge à 100 % de certains soins liés à une maladie chronique, dans un pays où plusieurs millions de personnes bénéficient désormais de ce dispositif.
Sans remettre en cause le principe de solidarité, Nicolas Dufourcq pose la question de sa soutenabilité dans une société vieillissante. Le nombre de pathologies chroniques augmente avec l'âge et exerce mécaniquement une pression supplémentaire sur les dépenses publiques.
Son raisonnement repose sur une question générationnelle : lorsqu'une dépense courante n'est pas financée par les ressources de l'année, elle est reportée sur les contribuables futurs par l'intermédiaire de la dette.
« Ce sont les générations suivantes qui paieront », a-t-il insisté en appelant à rendre ces mécanismes beaucoup plus visibles dans le débat public.
Des droits, mais également des devoirs envers le collectif
Au-delà des seuls comptes publics, Nicolas Dufourcq a replacé le débat dans l'histoire de la protection sociale française et du solidarisme. Ce courant, qui a accompagné la construction progressive de la République sociale, repose selon lui sur une logique réciproque : chaque individu bénéficie à sa naissance et tout au long de sa vie d'un ensemble de biens, de connaissances, d'infrastructures et de protections construits par les générations précédentes. Cette créance sur la collectivité implique en retour une responsabilité envers elle.
Autrement dit, la solidarité ne peut être réduite à une succession de droits individuels. Elle suppose également une contribution au collectif. Nicolas Dufourcq estime que cette dimension a progressivement disparu du débat public, alors même que de nouveaux dispositifs sont régulièrement créés ou étendus.
Une question posée depuis la salle a déplacé le débat vers la politique : un changement d'une telle ampleur peut-il venir de la société elle-même ou faudra-t-il attendre l'émergence d'un homme ou d'une femme d'État capable d'imposer les réformes ? Pour Nicolas Dufourcq, les deux dimensions sont liées. Les grandes personnalités politiques ne peuvent modifier durablement le pays que lorsque la société est elle-même suffisamment mûre pour accepter le changement. L'histoire française montre également, selon lui, que les réformes majeures interviennent souvent lorsque des circonstances économiques ou politiques rendent le statu quo impossible. Il met toutefois en garde contre l'hypothèse d'une réforme imposée uniquement par une crise financière. Les exemples étrangers montrent qu'un ajustement brutal peut générer rejet et recherche de responsables extérieurs. « La France n'est pas en décadence. Il faut simplement régler un certain nombre de paramètres », a-t-il défendu, privilégiant la pédagogie à la dramatisation.
Les entrepreneurs appelés à prendre part au débat public
Pour Samuel Hervé, l'un des enseignements de cet échange concerne directement les dirigeants d'entreprise. Par leurs salariés, leurs familles, leurs partenaires ou leur implantation territoriale, les entrepreneurs disposent d'une capacité de diffusion qui dépasse largement les seules organisations patronales. À l'approche de l'élection présidentielle de 2027, le président du MEDEF Occitanie les invite donc à mieux expliquer les réalités économiques auxquelles ils sont confrontés.
Le message rejoint l'ambition affichée par La REF 2026 : faire des entreprises une force de proposition dans le débat national et interpeller plus directement députés, sénateurs, gouvernement et futurs candidats.
Une responsabilité qui suppose, selon Samuel Hervé, de transmettre les données et les arguments « sans dogmatisme et sans exclusive ».
Avec une délégation proche de 380 participants, l'Occitanie a voulu donner une traduction concrète à cette volonté d'influence. À Roland-Garros, la force du collectif régional s'est ainsi mêlée à un débat beaucoup plus large : celui de la capacité de la France à préserver son modèle de solidarité tout en retrouvant les marges nécessaires pour investir, produire et préparer l'avenir.