Malgré un environnement international marqué par les tensions géopolitiques et les incertitudes macro-économiques, les Laboratoires Pierre Fabre ont bouclé l’exercice 2025 sur une progression de leur activité. Avec un chiffre d’affaires de 3,2 milliards d’euros, en hausse de 4,6 % à taux de change constants, le groupe basé à Castres confirme la solidité de son modèle, porté à la fois par la pharmacie, la dermo-cosmétique et une internationalisation toujours plus affirmée.
ntre innovation en oncologie, puissance de la dermo-cosmétique et investissements industriels structurants, le groupe trace une ambition claire : franchir le cap des 5 milliards d’euros. (Photo Laboratoires Pierre Fabre)
Dans un contexte mondial peu favorable, les Laboratoires Pierre Fabre ont choisi de maintenir le cap, tout en renforçant les investissements jugés structurants pour leur avenir. Le groupe a enregistré en 2025 un chiffre d’affaires de 3,2 milliards d’euros, soit une croissance de 4,6 % par rapport à 2024 à taux de change constants. Cette progression repose sur un équilibre désormais bien installé entre les deux grands piliers de l’entreprise. L’activité pharmaceutique a atteint 1,4 milliard d’euros, en hausse de 5,5 %, représentant 44 % du chiffre d’affaires total, tandis que l’activité Dermo-Cosmétique & Personal Care a progressé de 3,9 %, à 1,7 milliard d’euros, soit 55 % du total.
Pour Eric Ducournau, directeur général des Laboratoires Pierre Fabre, cette performance illustre la résistance du modèle développé par le groupe dans la durée. « Entre 2023 et 2025, nous avons généré 500 M€ de revenus additionnels. Cette dynamique, dans un contexte chahuté, démontre la robustesse de notre modèle : une croissance répartie harmonieusement entre nos deux activités pharmaceutique et dermo-cosmétique, une présence à l’international qui s’intensifie davantage chaque année, et des capacités d’innovation renforcées pour préparer les futurs relais de croissance de l’entreprise », déclare-t-il.
Une entreprise de plus en plus internationale, sans rompre avec son ancrage occitan
L’un des marqueurs les plus nets de l’exercice 2025 réside dans la poursuite de l’expansion internationale du groupe. 71 % du chiffre d’affaires a été réalisé hors de France, via 43 filiales réparties sur les cinq continents et une commercialisation couvrant 130 territoires. La trajectoire apparaît nette : la part de l’international dans les revenus du groupe était de 64 % en 2019, puis de 69 % en 2023, avant d’atteindre ce nouveau seuil en 2025. Ce basculement progressif confirme l’évolution stratégique d’un groupe historiquement enraciné en Occitanie mais désormais solidement tourné vers les marchés mondiaux.
Cet ancrage territorial demeure pourtant un élément central de l’identité de Pierre Fabre. Implantée de longue date dans la région, l’entreprise continue de fabriquer près de 90 % de ses produits en France et emploie 10 000 collaborateurs dans le monde. Cette double réalité, à la fois territoriale et internationale, constitue l’une des caractéristiques majeures du groupe : développer des positions mondiales tout en conservant une base industrielle et décisionnelle forte dans le Sud de la France.
L’oncologie tire la pharmacie vers le haut
Côté pharmaceutique, la croissance repose d’abord sur la montée en puissance du portefeuille en oncologie, devenu au fil des ans un moteur majeur de l’activité. En 2025, les revenus de cette branche ont progressé de 8,6 %. Plus révélateur encore, la part de l’oncologie dans les revenus de l’activité pharmaceutique est passée de 19 % en 2018 à 41 % en 2025, traduisant une transformation profonde du mix produit de l’entreprise.
Cette progression s’explique notamment par la commercialisation en Europe de thérapies ciblées destinées à la prise en charge de cancers présentant une mutation cellulaire rare de type B-RAF, notamment dans le mélanome, le cancer colorectal et le cancer du poumon non à petites cellules. En Chine, la mise sur le marché de ces thérapies dans l’indication du cancer colorectal muté B-RAF a débuté après l’obtention d’une autorisation de mise sur le marché en juin 2025. Une nouvelle AMM est par ailleurs attendue en 2026 pour le cancer du poumon non à petites cellules muté B-RAF.
Les autres segments de l’activité pharmaceutique contribuent également à la progression d’ensemble. Les revenus de la dermatologie médicale ont augmenté de 6 %, tandis que ceux du Primary Care ont progressé de 2 %. Sur ce dernier segment, l’exercice a été marqué par le lancement en Europe d’un nouveau traitement en urologie ciblant l’hyperactivité vésicale. En dermatologie médicale, Pierre Fabre a bénéficié à la fois de l’expansion de son traitement de la kératose actinique au Royaume-Uni et du lancement européen, sous la marque Dexeryl, d’une nouvelle gamme de soins contre l’acné.
La dermo-cosmétique confirme sa puissance, portée par ses marques et par l’Asie
L’autre grand pilier du groupe, la dermo-cosmétique, poursuit lui aussi sa progression. Cette activité récolte, selon le communiqué, les effets d’une stratégie engagée depuis trois ans autour d’une mission médicale plus affirmée et d’expertises différenciantes sur les soins de la peau et du cuir chevelu. En 2025, les résultats se sont montrés particulièrement solides en Asie, avec une croissance de 10,8 %, et plus modérément en Europe, à 3,7 %. La Chine a joué un rôle moteur avec une hausse de 12,7 %, tandis qu’en Europe, les marchés du Sud ont soutenu la dynamique, notamment l’Espagne, dont la croissance a atteint 13,1 %.
Ces performances permettent à Pierre Fabre Dermo-Cosmétique de confirmer ses positions sur plusieurs segments en Europe : numéro 1 sur la réparation de la peau, l’atopie corporelle et les soins capillaires, numéro 2 sur la protection solaire et numéro 3 sur les soins anti-acnéiques. Une hiérarchie qui illustre la profondeur du portefeuille du groupe et sa capacité à se distinguer sur des marchés où la caution scientifique et médicale reste déterminante.
La marque Eau Thermale Avène demeure le principal vaisseau amiral de cette activité. Soutenue par sa plateforme de communication « Née de la médecine de la peau » et par les lancements de Hyaluron Activ Procedure sur le segment anti-âge et de Cleanance Comedomed sur celui de l’anti-acné, la marque a progressé de 3,9 %. Les hausses ont été particulièrement marquées en Chine (+10,7 %) et aux États-Unis (+9,2 %). Surtout, Eau Thermale Avène confirme son statut de première marque du groupe, avec un chiffre d’affaires désormais supérieur à 1 milliard d’euros, tout en occupant la place de deuxième marque du marché en Europe.
Les autres marques du portefeuille ont elles aussi contribué à la croissance. Ducray a enregistré une hausse de 9,3 %, soit un rythme présenté comme deux fois supérieur à celui du marché, grâce notamment aux performances de Kelual dans les shampoings antipelliculaires et de Keracnyl dans les soins anti-acnéiques. A-Derma a progressé de 4,9 %, portée par le lancement de la crème de nuit émolliente Exomega Control sur le segment de l’atopie. Quant à Même Cosmetics, marque positionnée sur l’accompagnement des traitements anticancéreux, elle a affiché une croissance de 42 %, signalant la montée en puissance de ce positionnement de niche mais à forte valeur d’usage.
Recherche, brevets et partenariats : Pierre Fabre accélère sur ses futurs relais de croissance
Au-delà des performances commerciales, l’année 2025 marque une intensification notable des efforts en matière de recherche et développement. Les investissements en R&D pharmaceutique ont augmenté de 14 % en un an. Ils représentent désormais 13,6 % du chiffre d’affaires de cette activité, avec une concentration très forte sur l’oncologie de précision, qui capte 89 % de ces dépenses.
Le groupe poursuit également plusieurs collaborations avec des biotechs spécialisées. Les accords engagés avec Vernalis, RedRidge et Iktos se sont poursuivis afin d’identifier et de développer de nouveaux candidats médicaments en oncologie, en dermatologie et dans les maladies rares. À ce stade, le pipeline pharmaceutique comprend 5 molécules en phase de développement clinique et 6 programmes de recherche en phase pré-clinique, ce qui donne une idée de l’ampleur des paris technologiques engagés pour les années à venir.
Sur le versant dermo-cosmétique, les investissements en R&D ont représenté 3,6 % du chiffre d’affaires de l’activité. Ils se concentrent sur sept segments prioritaires : l’acné, la dermatite atopique, la réparation de la peau, la protection solaire, le vieillissement cutané, la dermatite séborrhéique et l’alopécie. Cette priorisation confirme la volonté du groupe de consolider son expertise sur des problématiques dermatologiques bien identifiées, à la croisée de la santé et du soin.
Autre indicateur de cette dynamique d’innovation : en 2025, les Laboratoires Pierre Fabre ont déposé 35 demandes de brevets. L’entreprise fait ainsi son retour dans le classement des 50 premiers déposants publié chaque année par l’INPI, où elle se hisse au 3e rang du secteur cosmétique. Un signal important pour un groupe qui revendique une croissance fondée non seulement sur ses marques, mais aussi sur sa capacité à protéger et renouveler ses actifs technologiques.
Une montée en puissance industrielle portée par les sites d’Occitanie
La croissance visée par le groupe s’appuie aussi sur un renforcement méthodique de son appareil productif. Les opérations industrielles s’inscrivent dans un schéma directeur représentant 250 millions d’euros sur la période 2023-2027. En 2025, plusieurs chantiers structurants ont été poursuivis ou engagés, tous fortement ancrés dans le territoire occitan.
Parmi eux figure la poursuite du projet d’usine sèche sur le site de Soual, dans le Tarn, dont la livraison est attendue en 2026. À Gaillac, également dans le Tarn, le groupe a procédé à l’installation d’un oxydateur thermique régénératif. Enfin, dans l’Hérault, l’agrandissement de l’usine d’Avène se poursuit, avec une livraison prévue en 2027. Ces investissements dessinent une stratégie claire : accompagner la croissance future tout en consolidant une base industrielle régionale à haute intensité technologique.
Une trajectoire RSE consolidée, entre climat, ressources et égalité professionnelle
Les Laboratoires Pierre Fabre mettent également en avant la reconnaissance externe de leur politique de responsabilité sociétale. En décembre 2025, la démarche RSE du groupe a de nouveau été évaluée par AFNOR Certification au niveau « Exemplaire » du label Engagé RSE, fondé sur la norme ISO 26000. Cette distinction vient notamment saluer les efforts menés en matière d’adaptation au changement climatique.
Les indicateurs communiqués montrent une baisse de 34 % de la consommation d’énergie et de 27 % des émissions de carbone depuis 2015. La consommation d’eau a, pour sa part, reculé de 34 % depuis 2018. Sur le terrain social, l’indice officiel d’égalité femmes-hommes a progressé de 5 points au cours de l’année 2025 pour atteindre 99/100, soit un niveau particulièrement élevé.
Le cap des 5 milliards d’euros en ligne de mire
Au-delà du bilan annuel, le groupe affiche désormais un horizon de croissance nettement assumé. « Ce que nous avons collectivement accompli n’est pas un aboutissement, mais plutôt un point de départ puisque nous avons désormais la barre emblématique des 5 milliards d’euros de chiffres d’affaires en ligne de mire », conclut Eric Ducournau. La formule résume à elle seule la logique à l’œuvre : consolider un modèle équilibré entre santé et dermo-cosmétique, accélérer l’innovation, investir dans la production et renforcer encore la présence mondiale.
Avec 3,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025, 71 % de revenus à l’international, un portefeuille renforcé en oncologie, des marques dermo-cosmétiques toujours puissantes et 250 millions d’euros d’investissements industriels programmés sur cinq ans, les Laboratoires Pierre Fabre cherchent manifestement à changer d’échelle sans renier leur identité. Pour cette entreprise née en Occitanie, la croissance ne se lit plus seulement comme une performance financière : elle s’inscrit aussi comme la démonstration d’un modèle industriel, scientifique et territorial qui entend peser davantage sur la scène mondiale.