Airbus a publié ses résultats du premier trimestre 2026, marqués par une baisse des livraisons d’avions commerciaux et un recul de ses principaux indicateurs financiers. Le groupe européen conserve toutefois ses objectifs annuels, porté par un carnet de commandes solide, la montée en cadence de ses programmes et la progression de ses activités Défense et Space.
De gauche à droite : Amparo Moraleda, qui prendra la présidence du conseil d’administration d’Airbus le 1er octobre 2026, Thomas Toepfer, directeur financier du groupe, Guillaume Faury, président exécutif d’Airbus, René Obermann, actuel président du conseil d’administration, et John Harrison, general counsel du groupe. (Photo : Airbus)
Airbus aborde l’exercice 2026 avec un premier trimestre contrasté. Le groupe aéronautique européen a réalisé 114 livraisons d’avions commerciaux au cours des trois premiers mois de l’année, contre 136 appareils livrés au premier trimestre 2025. Cette baisse pèse directement sur les résultats du groupe, dont le chiffre d’affaires consolidé recule de 7 % sur un an, à 12,7 milliards d’euros, contre 13,5 milliards d’euros un an plus tôt.
Dans le détail, les livraisons commerciales du trimestre se composent de 19 A220, 81 appareils de la famille A320, 3 A330 et 11 A350. Les revenus générés par les activités d’avions commerciaux diminuent ainsi de 11 %, à 8,4 milliards d’euros, sous l’effet combiné d’un niveau de livraisons plus faible et de la dépréciation du dollar américain.
Ce ralentissement intervient dans un environnement que le groupe décrit comme toujours instable, entre tensions géopolitiques, pression sur les chaînes d’approvisionnement et incertitudes économiques. Guillaume Faury, directeur général d’Airbus, souligne que « les résultats du premier trimestre reflètent le niveau plus faible de livraisons d’avions commerciaux et une solide performance de la division Defence and Space ». Le dirigeant ajoute que « l’environnement opérationnel demeure dynamique et complexe », précisant que le groupe suit de près les conséquences potentielles de la situation au Moyen-Orient.
Un résultat opérationnel ajusté divisé par deux
Le recul des livraisons se retrouve dans la rentabilité opérationnelle. L’EBIT ajusté d’Airbus s’établit à 300 millions d’euros au premier trimestre 2026, contre 624 millions d’euros au premier trimestre 2025, soit une baisse de 52 %. L’EBIT publié atteint pour sa part 224 millions d’euros, contre 473 millions d’euros un an plus tôt.
La branche avions commerciaux concentre l’essentiel de cette pression. Son EBIT ajusté tombe à 81 millions d’euros, contre 494 millions d’euros au premier trimestre 2025. Airbus explique cette baisse par le recul des livraisons et un taux de couverture défavorable. À l’inverse, la division Airbus Defence and Space affiche une dynamique plus favorable, avec un EBIT ajusté de 130 millions d’euros, contre 77 millions d’euros un an auparavant, soutenu par une meilleure profitabilité dans l’ensemble de ses unités d’affaires.
Airbus Helicopters enregistre un EBIT ajusté de 65 millions d’euros, contre 78 millions d’euros au premier trimestre 2025. Le groupe met en avant une performance solide de ses programmes, mais celle-ci est partiellement compensée par des dépenses de recherche et développement plus élevées. Au niveau consolidé, les dépenses de R&D autofinancées atteignent 730 millions d’euros, contre 673 millions d’euros un an plus tôt, soit une progression de 8 %.
Des commandes toujours robustes et un carnet qui dépasse les 9 000 avions
Si les livraisons ont marqué le pas, l’activité commerciale reste soutenue. Airbus a enregistré 408 commandes brutes d’avions commerciaux au premier trimestre 2026, contre 280 sur la même période en 2025. Après annulations, les commandes nettes ressortent à 398 appareils, contre 204 un an plus tôt. Le carnet de commandes commerciales atteint ainsi 9 037 avions à fin mars 2026, confirmant la profondeur de la demande adressée à l’avionneur.
Airbus Helicopters affiche de son côté 79 commandes nettes sur le trimestre, contre 100 au premier trimestre 2025, avec un carnet de commandes de 1 060 unités à fin mars 2026. Dans la défense et le spatial, la dynamique est nettement plus marquée : les prises de commandes en valeur progressent à 5 milliards d’euros, contre 2,6 milliards d’euros un an plus tôt, principalement sous l’effet de l’activité Air Power.
Cette tendance confirme l’importance croissante des activités de défense dans l’équilibre du groupe, dans un contexte mondial marqué par une hausse des besoins capacitaires et des budgets militaires. Guillaume Faury rappelle d’ailleurs que, dans la défense, « l’accent reste mis sur la réponse à la demande mondiale en augmentant la production sur l’ensemble du portefeuille de produits et services ».
La montée en cadence reste au cœur de la stratégie industrielle
Airbus poursuit ses objectifs de montée en cadence, malgré les difficultés persistantes de certains fournisseurs. Le groupe indique que le programme A220 continue sa progression et vise toujours une cadence mensuelle de 13 appareils en 2028. Pour la famille A320, le motoriste Pratt & Whitney demeure le principal facteur limitant de la trajectoire industrielle, avec un impact attendu sur 2026 et 2027.
Dans ce contexte, Airbus prévoit désormais d’atteindre une cadence comprise entre 70 et 75 avions par mois d’ici fin 2027, avant une stabilisation à 75 appareils mensuels. Le groupe maintient également ses objectifs sur les autres programmes, avec une cadence 5 visée pour l’A330 en 2029 et une cadence 12 pour l’A350 en 2028.
Cette feuille de route industrielle reste l’un des enjeux majeurs de l’exercice. Elle conditionne la capacité d’Airbus à transformer son important carnet de commandes en livraisons, tout en maîtrisant ses coûts, ses stocks et ses besoins de trésorerie. « Dans les avions commerciaux, Airbus poursuit sa montée en cadence et produit conformément à son plan, tout en naviguant dans la pénurie de moteurs Pratt & Whitney », indique Guillaume Faury.
Une trésorerie affectée par les stocks et le rythme des livraisons
Le premier trimestre pèse fortement sur la génération de cash. Le free cash-flow avant financement clients ressort à -2,5 milliards d’euros, contre -310 millions d’euros au premier trimestre 2025. Airbus explique cette évolution par le niveau faible de livraisons commerciales, combiné à la constitution prévue de stocks liée à la montée en cadence des différents programmes.
Le free cash-flow consolidé atteint -2,4 milliards d’euros, contre -296 millions d’euros un an plus tôt. La position de trésorerie brute du groupe s’établit à 25,2 milliards d’euros à fin mars 2026, contre 27,2 milliards d’euros fin 2025. La trésorerie nette consolidée ressort à 9,8 milliards d’euros, contre 12,2 milliards d’euros à la clôture de l’exercice précédent.
Le résultat net consolidé atteint 586 millions d’euros, contre 793 millions d’euros au premier trimestre 2025. Le bénéfice par action publié s’établit à 0,74 euro, contre 1,01 euro un an auparavant.
Defence and Space tire son épingle du jeu
Dans un trimestre marqué par la baisse des performances commerciales, Airbus Defence and Space apparaît comme l’un des principaux relais de résistance. Le chiffre d’affaires de cette division progresse de 7 %, à 2,8 milliards d’euros, porté notamment par des volumes plus élevés dans l’activité Air Power. Son EBIT publié atteint 134 millions d’euros, contre une perte de 31 millions d’euros au premier trimestre 2025.
Cette amélioration contribue à compenser partiellement le recul de la branche avions commerciaux. Elle montre également l’évolution du contexte de marché, dans lequel les besoins en matière de défense, de souveraineté et de capacités aériennes continuent de soutenir les perspectives industrielles du groupe.
Airbus Helicopters affiche pour sa part un chiffre d’affaires stable à 1,6 milliard d’euros, malgré une hausse des livraisons à 56 hélicoptères, contre 51 au premier trimestre 2025. Le groupe précise que cette stabilité s’explique par un mix de livraisons moins favorable.
Des ajustements liés au dollar et à l’intégration d’anciens lots Spirit AeroSystems
L’EBIT publié de 224 millions d’euros intègre des ajustements nets négatifs de 76 millions d’euros. Ces éléments comprennent 42 millions d’euros liés au décalage de fonds de roulement en dollars et à la réévaluation du bilan, principalement en raison de l’écart de calendrier entre les dates de transaction et de livraison. Ils incluent également 32 millions d’euros relatifs à l’intégration d’anciens lots de travaux de Spirit AeroSystems, ainsi que 2 millions d’euros d’autres coûts, notamment liés aux opérations de fusion-acquisition.
Ces éléments techniques traduisent la sensibilité du modèle industriel et financier d’Airbus aux effets de change, à la chaîne d’approvisionnement et aux opérations d’intégration industrielle. Ils rappellent aussi la complexité de l’environnement dans lequel le groupe évolue, alors que les cadences de production restent un enjeu central pour l’ensemble de la filière aéronautique.
Airbus maintient ses objectifs annuels pour 2026
Malgré ce début d’année ralenti sur les livraisons commerciales, Airbus confirme ses perspectives pour l’ensemble de l’exercice. Le groupe maintient son objectif d’environ 870 livraisons d’avions commerciaux en 2026. Il vise également un EBIT ajusté d’environ 7,5 milliards d’euros et un free cash-flow avant financement clients d’environ 4,5 milliards d’euros.
Ces objectifs reposent sur l’hypothèse d’une absence de perturbations supplémentaires majeures du commerce mondial, de l’économie, du trafic aérien, de la chaîne d’approvisionnement, des opérations internes et de la capacité du groupe à livrer ses produits et services. Airbus précise que ses prévisions 2026 sont établies avant opérations de fusion-acquisition et intègrent l’impact des droits de douane actuellement applicables.
Pour Guillaume Faury, le message reste celui de la continuité industrielle : « Dans ce contexte, nos prévisions pour 2026 sont inchangées. » Après un premier trimestre pénalisé par le calendrier des livraisons et les tensions persistantes sur certains moteurs, Airbus conserve donc son cap. L’enjeu des prochains mois sera de démontrer la capacité du groupe à accélérer ses livraisons, préserver sa rentabilité et convertir la profondeur de son carnet de commandes en performance opérationnelle durable.