Dix ans après sa naissance, l’Occitanie revendique une trajectoire singulière dans un paysage national marqué par l’instabilité politique et les tensions budgétaires. À l’occasion de ses vœux à la presse, Carole Delga a dressé le bilan d’une décennie d’action publique fondée sur l’investissement, la proximité et la responsabilité financière. Un cap que la Région entend maintenir en 2026, en faisant le choix assumé de protéger les habitants, de transformer le territoire et de préparer l’avenir.
Carole Delga, présidente de la Région Occitanie/Pyrénées-Méditerranée. (Photo Arcangeli Léo - Région Occitanie)
Née le 1er janvier 2016 de la fusion de deux anciennes Régions, région Occitanie s’est construite en une décennie comme un territoire à part entière, doté d’une identité politique, économique et humaine affirmée. Avec plus de 6 millions d’habitants et une superficie supérieure à celle de 12 pays européens, l’Occitanie a changé d’échelle, tout en revendiquant une action publique ancrée dans le quotidien.
Depuis 2016, la collectivité s’est distinguée par un niveau d’investissement inédit, la plaçant au premier rang des Régions françaises en investissement par habitant, avec 177 euros par an, contre 152 euros en moyenne ailleurs. Un choix politique assumé, qui a orienté l’action régionale vers les mobilités du quotidien, l’éducation, la santé de proximité, l’économie, l’agriculture et la transition écologique.
Lors de ses vœux, Carole Delga a rappelé le fil conducteur de cette décennie, soulignant que « le cap n’a jamais changé », dans un contexte pourtant marqué par des crises successives, de la pandémie de Covid-19 aux incendies ayant frappé l’Aude en 2025.
La proximité comme méthode de gouvernement
Au cœur du projet régional figure une méthode revendiquée : celle de la proximité. « Mon bureau, c’est le terrain », a rappelé la présidente de Région, résumant une pratique politique fondée sur la présence et l’écoute. En moyenne, plus de 200 déplacements de terrain par an sont réalisés par la présidente, auxquels s’ajoutent plusieurs milliers de visites assurées par les élus de la majorité régionale.
Cette démarche s’appuie sur un maillage territorial structuré, avec 18 Maisons de Ma Région réparties sur l’ensemble du territoire. Entre 2021 et 2024, plus de 320 000 personnes y ont été accompagnées. À cette présence physique s’ajoutent des dispositifs de participation citoyenne devenus structurants, des consultations publiques aux budgets participatifs, en passant par des instances comme le Parlement de la Mer, le Parlement de la Montagne ou le Conseil régional des jeunes.
Une approche que Carole Delga résume en affirmant que « rassembler plutôt que diviser » constitue aujourd’hui un levier essentiel pour maintenir la confiance démocratique dans un contexte national marqué par la défiance.
Finances publiques : stabilité régionale face aux incertitudes nationales
Les vœux 2026 se sont tenus dans un climat national particulièrement contraint. La dette publique française a progressé de plus de 1 000 milliards d’euros en sept ans, tandis que le déficit public demeure élevé, à 5,4 % du PIB. Dans ce contexte, les collectivités territoriales sont mises à contribution, malgré leur rôle central dans l’investissement public.
La Région Occitanie revendique, à l’inverse, une gestion rigoureuse engagée depuis dix ans. L’union des deux anciennes Régions a permis de dégager 170 millions d’euros d’économies de gestion, tandis que l’autofinancement régional demeure proche de 500 millions d’euros. L’endettement reste maîtrisé, avec une capacité de désendettement contenue autour de sept ans, régulièrement saluée par la Chambre régionale des comptes et les agences de notation.
Face aux décisions unilatérales de l’État, dont l’impact cumulé est estimé à 500 millions d’euros pour l’Occitanie sur trois ans, Carole Delga a réaffirmé sa demande d’« un nouvel acte de décentralisation », estimant que « faire confiance aux Régions, c’est permettre une action publique plus efficace, plus rapide et plus proche des citoyens ».
Protéger le pouvoir d’achat, agir sur le quotidien
Malgré ce contexte budgétaire tendu, l’exécutif régional fait le choix de maintenir ses priorités sociales. L’Occitanie revendique notamment la rentrée scolaire la moins chère de France dans ses lycées, grâce à la gratuité des manuels, des équipements numériques et des transports scolaires. La gratuité à l’usage des trains et des cars régionaux pour plus d’un million de jeunes, les billets de train à 1 euro ou encore les aides à la mobilité décarbonée illustrent cette volonté de protéger le pouvoir d’achat des ménages.
La santé constitue un autre marqueur fort de l’action régionale. Bien que cette compétence ne relève pas directement des Régions, l’Occitanie a fait le choix politique de salarier des professionnels de santé pour lutter contre les déserts médicaux. Le service public régional « Ma santé, Ma Région », lancé en 2022, a déjà permis de recruter plus de 110 professionnels, de réaliser plus de 400 000 consultations et de redonner un médecin traitant à plus de 35 400 patients. En 2026, la Région prévoit de recruter son 150ᵉ médecin, poursuivant ainsi un dispositif inédit par son ampleur en France.
Une économie soutenue, une agriculture préparée pour demain
Depuis 2016, la Région Occitanie a mobilisé 4 milliards d’euros en faveur de l’économie, dont 1,7 milliard d’euros d’aides directes aux entreprises, accompagnant 100 000 structures, dont 99 % de TPE-PME. Pour 2026, la stratégie régionale s’appuie notamment sur un fonds souverain régional de 400 millions d’euros, dédié à l’innovation, à la transformation industrielle et à la souveraineté économique et énergétique.
L’agriculture demeure également un pilier de l’action régionale. En dix ans, le budget dédié a été doublé, passant de 30 à 77 millions d’euros, avec plus de 800 millions d’euros engagés depuis 2016. Le futur Pacte pour la Souveraineté Alimentaire, dont les grandes orientations seront présentées en 2026 avant une adoption prévue en juin, vise à renforcer les capacités de production, assurer une juste rémunération des agriculteurs et relocaliser la consommation alimentaire.
Mobilités et énergies : une Région moteur de la transition
En matière de mobilités, l’Occitanie poursuit un effort massif en faveur du ferroviaire, avec près de 900 millions d’euros investis depuis 2008 pour entretenir et développer des lignes pourtant propriété de l’État. La fréquentation des trains liO progresse fortement, portée par une politique tarifaire volontairement accessible et par la remise en service de lignes de proximité, à l’image de Montréjeau-Luchon, rouverte après dix ans de fermeture.
Sur le volet énergétique, la Région entend confirmer son rôle de territoire pilote. Les investissements engagés à Port-La-Nouvelle, à hauteur de 600 millions d’euros, doivent permettre dès 2026 la mise en service d’équipements d’éolien flottant couvrant l’équivalent de la consommation électrique de 120 000 personnes. L’hydrogène vert constitue un autre axe structurant, avec la mise en service annoncée de l’usine Hyd’Occ, destinée à éviter le rejet de 30 000 tonnes de CO₂ par an.
Au terme de ses vœux à la presse, Carole Delga a réaffirmé une conviction centrale : dans un pays traversé par les doutes et les crispations, l’Occitanie entend poursuivre une trajectoire fondée sur la stabilité, l’investissement et la proximité. « Agir avec courage plutôt que commenter », a-t-elle résumé, inscrivant l’année 2026 comme une étape décisive pour consolider le chemin parcouru et préparer les grandes transitions à venir.