En Occitanie Pyrénées, le modèle coopératif poursuit sa progression. En 2025, l’Union régionale des Scop a accompagné la création, la transformation, la transmission ou la reprise de 18 nouvelles entreprises coopératives, représentant 136 emplois et plus de 15,4 millions d’euros de chiffre d’affaires. Porté par une gouvernance démocratique, un ancrage territorial fort et une solidité économique revendiquée, ce modèle entend désormais parler davantage à la jeunesse, tout en confortant sa place dans l’économie régionale.
De gauche à droite : Nathalie Perrot, présidente de l’URSCOP Occitanie Pyrénées, Cyril Rocher, le directeur et Sophie Sophie Hemardinquer responsable de la communication chez Les Scop Occitanie Pyrénées. (Photo Dorian Alinaghi)
Longtemps cantonnées, dans l’imaginaire collectif, à des situations de sauvetage d’entreprises en difficulté, les Scop veulent aujourd’hui imposer une autre lecture de leur réalité. En Occitanie Pyrénées, l’Union régionale des Scop met en avant un tissu d’entreprises pleinement inscrites dans l’économie de marché, avec des clients, de la production, du chiffre d’affaires et des impératifs de rentabilité, mais aussi une singularité profonde dans la manière de répartir le pouvoir et la valeur.
Dans une Scop, les salariés sont les associés majoritaires, avec au minimum 51 % du capital. Le fonctionnement repose sur le principe “une personne = une voix”, indépendamment du montant détenu au capital. Les dirigeants sont élus par les salariés-associés, tandis que les résultats sont répartis entre part salariale, réserves pour consolider les fonds propres, et rémunération du capital. Ce schéma, qui place l’humain au centre, se veut à la fois démocratique et économiquement robuste.
Pour Nathalie Perrot, présidente de l’URSCOP Occitanie Pyrénées et dirigeante de l’agence d’architecture Enzo & Rosso, le sujet est justement de rappeler que ces entreprises ne sont pas à part de l’économie, mais bien au cœur de celle-ci. « Les SCOP sont des entreprises pleinement économiques, comme les autres », affirme-t-elle. « Leur singularité ne réside pas dans leur activité, mais dans leur gouvernance démocratique et leur responsabilité collective. Ce modèle offre un cadre solide pour développer des entreprises innovantes et résilientes, alignées avec les enjeux de notre époque : partage de la valeur, respect de l’humain et responsabilité. »
Cette volonté de pédagogie s’appuie aussi sur des données plus larges. Selon les chiffres présentés par le réseau, le taux de pérennité à cinq ans des Scop atteint 77 % au niveau national contre 61 % pour les entreprises classiques, et même 77,8 % en Occitanie Pyrénées. Une performance qui nourrit le discours des défenseurs du modèle coopératif, soucieux de démontrer qu’il ne s’agit pas seulement d’un projet social ou idéologique, mais d’un modèle de gestion durable.
Dix-huit nouvelles coopératives, 136 emplois et plus de 15 millions d’euros de chiffre d’affaires
L’année 2025 marque une étape significative pour l’URSCOP Occitanie Pyrénées. Sur le territoire couvert par l’union régionale, 18 entreprises coopératives ont été soutenues. Elles représentent 136 emplois et un chiffre d’affaires cumulé de 15 463 578 euros. Dans le détail, cette dynamique se compose de 11 créations, 1 transformation, 3 cessions et 3 reprises après liquidation judiciaire. À titre de comparaison, en 2024, 14 Scop et Scic avaient été créées, représentant 76 emplois et 8,775 millions d’euros de chiffre d’affaires.
La répartition géographique illustre un maillage territorial réel. La Haute-Garonne a vu émerger ou être accompagnées quatre structures : Terra Alter Native, OP Libris, RIM Interprètes et Cinéma ABC. Le Lot en compte également quatre avec SN Metalformage, Ulysse Maison d’Artistes, Bétaille Centre Santé et SN Montage Services Formations. Le Tarn en recense trois : 3B Concept, Calinou et Garage Fauroux. Même volume dans les Hautes-Pyrénées avec ITAR Informatique, Fermencoop et Le 23 à Anères, ainsi qu’en Aveyron avec La Petite Agitée, Café de Roussy-Le Nid et Veto d’Oc. L’Ariège compte pour sa part Tournée du Coq 09.
Au-delà du nombre, la diversité des profils est revendiquée. Les projets accompagnés vont de structures de deux salariés à des entreprises transmises ou reprises comptant près de 40 salariés. Parmi les exemples mis en avant, 3B Concept, à Marssac-sur-Tarn, représente 20 personnes pour un chiffre d’affaires de 2,8 millions d’euros. Le Garage Fauroux, à Lisle-sur-Tarn, rassemble 38 salariés et affiche 4,8 millions d’euros de chiffre d’affaires. Autre opération citée, la reprise de Métalformage, avec 17 salariés et 1,9 million d’euros de chiffre d’affaires.
Le transport et la construction en tête, mais une présence dans de nombreux secteurs
L’un des enseignements du bilan 2025 réside dans l’étendue sectorielle des entreprises coopératives accompagnées. Les secteurs les plus représentés en valeur sont d’abord les transports, qui pèsent 31 % des créations en chiffre d’affaires, puis la construction, à 21 %. La culture arrive ensuite avec 14 %, mais l’URSCOP souligne également une présence dans l’industrie, les services, l’agriculture, l’hébergement-restauration-tourisme ou encore l’éducation, la santé et l’action sociale.
Ce point est central dans le discours du réseau : les Scop ne se limitent ni à quelques filières militantes ni à des niches économiques. Elles s’inscrivent dans des pans très différents de l’activité, avec des modèles parfois très modestes, parfois très structurés, et des enjeux pouvant aller de la transmission d’un savoir-faire local à la reprise d’une activité déjà rentable. Cette transversalité vient renforcer l’idée d’un modèle capable de répondre à des contextes économiques variés, à condition d’embarquer les salariés dans une logique de gouvernance et de responsabilité partagée.
Une place majeure dans l’économie coopérative régionale
À fin 2025, l’Occitanie compte 580 entreprises coopératives, dont 332 relèvent du périmètre Occitanie Pyrénées. Cela représente 57 % des entreprises coopératives de la région. En matière d’emplois, le territoire Occitanie Pyrénées concentre 4 407 emplois sur les 7 682 recensés à l’échelle régionale, soit là encore 57 % du total. Le poids économique est encore plus marqué en chiffre d’affaires : 529 millions d’euros sur 778 millions, soit 68 % du chiffre d’affaires régional des entreprises coopératives.
Ces données viennent appuyer l’idée d’une zone particulièrement structurante pour l’économie coopérative en région. Le pôle toulousain et les départements couverts par l’URSCOP Occitanie Pyrénées jouent manifestement un rôle moteur, tant par le volume des entreprises que par leur poids économique. L’organisation entend capitaliser sur cette dynamique dans un contexte où les aspirations au sens, à la participation et à l’ancrage territorial deviennent plus visibles dans le débat économique.
Une organisation de terrain qui veut accompagner toutes les étapes de la vie d’une coopérative
Implantée à Toulouse, l’URSCOP Occitanie Pyrénées fait partie des neuf unions régionales de la Confédération générale des Sociétés coopératives. Son équipe compte 16 personnes, dont plus de 12 entièrement dédiées à la création et à l’accompagnement d’entreprises. Le territoire couvert englobe l’Ariège, l’Aveyron, le Gers, la Haute-Garonne, les Hautes-Pyrénées, le Lot, le Tarn et le Tarn-et-Garonne.
L’accompagnement se veut global. Il porte sur l’émergence du projet, la création, l’appui au développement, le financement, la structuration de la gouvernance, le développement du modèle économique, l’expertise juridique, la transmission de connaissances et la mobilisation du réseau. L’union régionale insiste sur une approche à 360 degrés, capable de suivre les structures dans la durée et de les aider à s’adapter à la conjoncture. Pour 2026, 16 accompagnements sont d’ores et déjà en cours en matière de création, transformation ou transmission, concernant des entreprises allant de 2 à 40 salariés.
Cette présence de long terme se double d’un rôle d’animation territoriale et partenariale. L’URSCOP s’appuie notamment sur des soutiens financiers de la Région Occitanie, de l’Union européenne, du Conseil départemental de la Haute-Garonne et de Toulouse Métropole. Elle travaille également avec plusieurs acteurs de l’écosystème territorial et de l’économie sociale et solidaire.
Un discours tourné vers la jeunesse, les territoires et la conjoncture
L’année 2025 a aussi été marquée par une nouvelle présidence, avec l’arrivée de Nathalie Perrot à la tête de l’URSCOP Occitanie Pyrénées, ainsi que par plusieurs temps forts : le congrès régional des sociétés coopératives, quatre appels à projets Alter’Incub, dont un avec AG2R La Mondiale autour du thème du “bien vieillir au cœur des territoires d’Occitanie”, ou encore des anniversaires d’entreprises coopératives mis en avant par le réseau.
Dans le support présenté lors de la conférence de presse, la nouvelle présidente résume les axes de son mandat autour de quatre idées fortes : rappeler que les coopératives sont des entreprises comme les autres, affirmer qu’elles constituent un modèle d’aujourd’hui, souligner leur ancrage territorial non délocalisable, et montrer qu’elles répondent aux aspirations de la jeunesse en quête de sens et de cohérence.
Nathalie Perrot insiste sur ce point dans sa prise de parole : « dans un contexte d’instabilité, leur ancrage local constitue également une force majeure. Et pour continuer à faire vivre ce modèle, nous voulons nous adresser davantage aux jeunes qui recherchent du sens, de la cohérence et un engagement concret dans une entreprise où chacun peut contribuer, décider et s’épanouir. »
L’URSCOP met également en avant un contexte favorable au rayonnement du modèle coopératif. Dans son bilan 2025, elle évoque une notoriété en forte croissance, une mobilisation accrue autour du plaidoyer coopératif, et un renforcement de sa présence auprès des tribunaux de commerce pour maximiser les reprises d’entreprises par les salariés. Une manière de faire de la conjoncture économique non pas uniquement une menace, mais aussi un terrain d’intervention stratégique.
Toulouse en vitrine avec le 38e Congrès national des Sociétés coopératives
L’actualité de l’URSCOP ne se limite pas au seul bilan de l’année écoulée. Les 26 et 27 mars 2026, Toulouse accueillera le 38e Congrès national des Sociétés coopératives, avec 1 400 participants attendus. L’objectif affiché est clair : porter “un engagement plus ambitieux, un accompagnement renforcé et des outils concrets” pour faire évoluer les modèles Scop tout en conciliant performance économique, démocratie et impact positif.
Plusieurs personnalités sont annoncées, parmi lesquelles Deborah Pardo, conférencière environnement et scientifique spécialiste des albatros, Mathieu Souquière, consultant et essayiste, Maxime Quijoux, sociologue et politiste chargé de recherche au CNRS, ainsi que Timothée Duverger, responsable de la chaire TerrESS à Sciences Po Bordeaux et chercheur au Centre Émile Durkheim. Le congrès doit offrir à la fois un espace de réflexion et un levier de visibilité supplémentaire pour un modèle qui cherche, plus que jamais, à prendre place dans les débats économiques contemporains.
Une autre manière d’entreprendre qui cherche à changer d’échelle
Dans un paysage économique souvent dominé par les questions de transmission, de sens au travail, de partage de la valeur et de relocalisation, les Scop avancent leurs arguments avec davantage d’assurance. En Occitanie Pyrénées, les chiffres de 2025 témoignent d’une progression réelle, d’un maillage territorial concret et d’une capacité à intervenir sur des dossiers de création aussi bien que de reprise ou de transformation.
Le message porté par l’URSCOP est limpide : le modèle coopératif ne veut plus être perçu comme une solution marginale ou défensive, mais comme une forme d’entreprise pleinement contemporaine, capable de conjuguer efficacité économique, stabilité, démocratie interne et ancrage local. En cela, l’année 2025 apparaît moins comme une parenthèse positive que comme un signal de consolidation. Et, pour le réseau coopératif régional, Toulouse pourrait bien devenir, à la faveur du congrès national de mars, l’une des vitrines de cette montée en puissance.