Près de 10 000 masseurs-kinésithérapeutes exercent en Occitanie. Dès octobre 2026, ils pourront réaliser les rendez-vous « Mon Bilan Prévention ». Dans le même temps, 100 professionnels de la région seront formés au repérage des lésions cutanées suspectes, après une première expérimentation ayant permis d’identifier quatre carcinomes et deux mélanomes.
En Occitanie, 35 actes de repérage réalisés par des kinés ont permis d’identifier quatre carcinomes et deux mélanomes. (Photo URPS)
À compter d’octobre 2026, les masseurs-kinésithérapeutes pourront réaliser les rendez-vous du dispositif « Mon Bilan Prévention », déployé à l’échelle nationale depuis juin 2024. Ils rejoindront ainsi les médecins, les infirmiers, les sages-femmes et les pharmaciens déjà habilités à proposer ces temps d’échange consacrés à la prévention, conformément à l’annonce du ministère de la Santé.
Cette évolution pourrait trouver un écho particulier en Occitanie, où exercent près de 10 000 kinésithérapeutes. Leur présence sur l’ensemble du territoire et la régularité des consultations leur permettent d’entretenir une relation de proximité avec leurs patients, notamment autour du mouvement, de l’autonomie et des habitudes de vie.
Pour l’Union régionale des professionnels de santé des masseurs-kinésithérapeutes d’Occitanie, cette extension du dispositif reconnaît une mission déjà exercée au quotidien par la profession.
« Le kinésithérapeute ne soigne pas seulement quand la maladie est là. Il est aussi un allié précieux pour préserver ses capacités, son autonomie et sa santé le plus longtemps possible. Notre entrée prochaine dans le dispositif Mon Bilan Prévention est une reconnaissance de cette mission essentielle et un pas de plus vers un système de santé qui ne se contente plus de soigner, puisqu’il apprend aussi à mieux prévenir », souligne Patrick Saut, président de l’URPS Kinés Occitanie et masseur-kinésithérapeute dans l’Hérault.
Quatre périodes de la vie concernées
« Mon Bilan Prévention » s’adresse à quatre tranches d’âge : 18 à 25 ans, 45 à 50 ans, 60 à 65 ans et 70 à 75 ans. Ce rendez-vous permet d’aborder les habitudes de vie et les différents facteurs susceptibles d’avoir des conséquences sur la santé.
L’activité physique, l’alimentation, le sommeil, la santé mentale ou encore la sédentarité peuvent être évoqués avec le professionnel. L’objectif consiste à repérer suffisamment tôt les facteurs de risque et à déterminer des actions adaptées avant l’apparition ou l’aggravation de problèmes de santé. Le dispositif est pris en charge à 100 % par l’Assurance Maladie.
Quatre carcinomes et deux mélanomes repérés
L’URPS Kinés Occitanie développe parallèlement, depuis un an, une expérimentation consacrée au repérage précoce des cancers de la peau. Sa première phase, achevée durant l’été 2026, a mobilisé 13 kinésithérapeutes, soit un professionnel dans chacun des départements de la région.
Ces derniers ont été formés à l’identification des lésions cutanées suspectes, à l’utilisation d’un dermatoscope et au recours à la téléexpertise. Au total, 35 actes de repérage ont conduit à l’identification de quatre carcinomes et deux mélanomes nécessitant une orientation et une prise en charge spécialisées rapides.
Le dispositif repose sur la place particulière du kinésithérapeute dans le parcours de soins. Les consultations peuvent s’inscrire sur plusieurs semaines ou plusieurs mois, donnant au professionnel l’occasion d’observer régulièrement ses patients. Son intervention constitue ainsi un maillon supplémentaire du repérage, sans se substituer au diagnostic du médecin ou du dermatologue.
Jusqu’à cinq mois d’attente en Occitanie
Cette expérimentation intervient dans un contexte marqué par l’allongement des délais d’accès aux spécialistes. Le troisième Baromètre de l’accès aux soins de la Fédération hospitalière de France, publié en mars 2026, fait état d’un délai moyen national de quatre mois et deux semaines, soit environ 19 semaines ou 136 jours, pour obtenir un rendez-vous chez un dermatologue. Ce délai atteignait deux mois et deux jours en 2019.
En Occitanie, l’attente moyenne s’élève désormais à 22 semaines, soit près de cinq mois, selon les données reprises par l’URPS Kinés Occitanie. Le baromètre FHF-Ipsos BVA confirme plus largement une dégradation de l’accès aux soins depuis 2019, particulièrement marquée pour certaines spécialités.
Cent professionnels formés dans toute la région
À partir de septembre, l’expérimentation va changer d’échelle. Cent masseurs-kinésithérapeutes, sélectionnés par l’URPS avec le soutien de l’Agence régionale de santé Occitanie, doivent être formés avant la fin de l’année 2026.
Le déploiement concernera l’ensemble de la région, avec une attention particulière accordée aux territoires dans lesquels l’accès à un dermatologue demeure le plus difficile. Les professionnels seront équipés de dermatoscopes connectés et intégrés à un parcours d’orientation reposant sur la téléexpertise.
« Nous ne transformons pas les kinés en dermatologues. Nous voulons qu’ils sachent identifier une lésion potentiellement inquiétante et orienter le patient vers la bonne filière. Le véritable enjeu est de ne pas passer à côté d’un mélanome ou d’un carcinome qui aurait pu être détecté plus tôt. Et, in fine, de sauver des vies », explique Xavier Font, masseur-kinésithérapeute installé à Narbonne, dans l’Aude, vice-président de l’URPS Kinés Occitanie et pilote du projet.
Présidée par Patrick Saut, l’URPS représente près de 10 000 masseurs-kinésithérapeutes en exercice en Occitanie. Elle participe à la préparation et à la mise en œuvre du projet régional de santé, à l’analyse des besoins de la population et de l’offre de soins ainsi qu’à l’organisation du système de santé régional.