Toulouse. Steven Badsi, bâtisseur de lieux et passeur de croissance

À Toulouse, Steven Badsi développe Bamy autour de deux activités étroitement liées. Avec Bamy Studio, il conçoit et aménage des espaces de travail, de la réflexion initiale à l’installation du mobilier. Avec Bamy Conseil, il accompagne les architectes, designers et fabricants dans leur développement commercial. Deux métiers réunis par une même conviction : une idée, aussi juste soit-elle, ne devient un projet que lorsqu’elle est comprise, structurée et rendue concrète.

Steven Badsi, fondateur de Bamy Conseil. (Photo Bamy)

Steven Badsi, fondateur de Bamy Conseil. (Photo Bamy)

Dans les métiers de l’aménagement, le talent se voit. La difficulté commence parfois lorsqu’il faut l’expliquer, le positionner et le vendre. Steven Badsi en a fait l’expérience au contact des architectes, designers d’espaces et fabricants de mobilier qu’il côtoie dans son activité.

Il découvre des professionnels capables d’imaginer des lieux singuliers, de travailler les volumes, les matières et les usages, mais qui ne parviennent pas toujours à décrocher les projets correspondant à leur savoir-faire. Un paradoxe qui deviendra progressivement la matière première de Bamy.

« Ce sont des gens brillants pour créer, mais souvent démunis pour vendre. Des studios magnifiques peinent à décrocher des projets à la hauteur de leur talent », observe l’entrepreneur.

Bamy s’est ainsi construite autour de deux portes d’entrée. Bamy Studio constitue le cœur opérationnel de l’entreprise : conception des espaces, sélection du mobilier, présentation des scénarios d’aménagement, fourniture et installation. Bamy Conseil prolonge cette expérience de terrain en aidant les acteurs de l’aménagement à préciser leur positionnement, construire leur offre et transformer leurs rencontres commerciales en contrats.

Une double activité que Steven Badsi résume par une équation simple : c’est parce qu’il aménage lui-même des bureaux qu’il estime pouvoir accompagner ceux qui les conçoivent.

Le terrain avant la théorie

Steven Badsi revendique d’abord une identité d’homme de terrain. Les méthodes commerciales qu’il transmet ne sont pas élaborées à distance des projets. Elles sont confrontées quotidiennement aux budgets, aux hésitations des clients, aux contraintes techniques et aux arbitrages nécessaires à la réalisation d’un espace.

Avec Bamy Studio, il intervient lorsque les locaux d’une entreprise doivent évoluer, être repensés ou retrouver une cohérence avec les usages de leurs occupants. Le projet ne commence pas par le choix d’une table, d’un fauteuil ou d’une couleur. Il débute par une question plus large : à quoi cet espace doit-il réellement servir ?

Accueil, cafétéria, salles de réunion, espaces de concentration ou de coworking sont alors envisagés à partir du quotidien des équipes. L’objectif n’est pas seulement de meubler des mètres carrés, mais de comprendre la manière dont les salariés travaillent, circulent, se rencontrent et s’isolent. Cette approche donne à Steven Badsi une connaissance directe des attentes des décideurs. Elle alimente ensuite son activité de conseil.

« Ce n’est pas de la théorie de consultant. Cette rigueur, c’est celle que j’applique à mon propre studio d’aménagement au quotidien. Je ne vends pas une méthode que je n’utilise pas moi-même », insiste-t-il.

Traduire la création dans la langue du dirigeant

Le principal frein au développement des créatifs ne serait pas nécessairement un manque de compétences ou de qualité. Il résiderait davantage dans leur manière de présenter leur travail.

Un architecte ou un designer parlera naturellement de lignes, de matériaux, de partis pris et d’atmosphères. Le dirigeant qui lui fait face s’interrogera plutôt sur la capacité du projet à améliorer les conditions de travail, attirer de nouveaux collaborateurs, respecter un budget ou accompagner la croissance de l’entreprise. Entre ces deux interlocuteurs se creuse parfois un fossé de langage.

« Le blocage numéro un, c’est qu’ils parlent de ce qu’ils font, pas de ce que ça change pour le client », analyse Steven Badsi.

Bamy Conseil intervient précisément dans cet espace. Son rôle consiste à rendre la créativité lisible sans l’appauvrir, à transformer une intention esthétique en réponse compréhensible à un enjeu économique, humain ou organisationnel.

La méthode suit le parcours d’une opportunité commerciale. Elle commence par le positionnement : identifier ce qui distingue réellement une entreprise, les clients auxquels elle souhaite s’adresser et la promesse qu’elle peut leur formuler. Elle se poursuit avec la structuration de l’offre, la recherche des bons interlocuteurs, l’entretien du réseau et, enfin, la transformation d’une prise de contact en projet signé.

Steven Badsi ne cherche pas à uniformiser les discours. Il entend, au contraire, faire émerger ce qui rend chaque créatif identifiable.

« Une identité forte mal racontée reste invisible. Mon travail n’est pas de plaquer une méthode de vente dessus, mais de révéler sa singularité et de la rendre lisible pour le bon interlocuteur. »

Le bureau doit désormais donner une raison de venir

Cette réflexion sur les espaces de travail intervient dans un marché profondément transformé. Le développement du télétravail et du flex office a déplacé la fonction du bureau. Sa valeur ne se mesure plus uniquement au nombre de postes qu’il peut accueillir.

« Avant, on demandait à un bureau de loger des gens. Aujourd’hui, on lui demande de donner une raison de venir », résume le fondateur de Bamy.

Lorsqu’un salarié peut accomplir une partie de ses missions à distance, son déplacement doit trouver une justification. Le bureau devient un lieu de collaboration, de rencontre, de concentration et de transmission de la culture de l’entreprise. Il doit offrir ce que le travail à domicile ne permet pas toujours : la spontanéité des échanges, le sentiment d’appartenance et la possibilité de construire collectivement.

L’aménagement quitte alors progressivement le registre de la décoration pour rejoindre celui de la stratégie. Le sujet intéresse les dirigeants, mais aussi les directions des ressources humaines, les responsables immobiliers et les managers. Le choix d’un espace touche à la marque employeur, au recrutement, à l’organisation du travail et à la maîtrise des coûts immobiliers.

« C’est devenu un sujet de comité de direction, plus du tout une affaire de décoration », affirme Steven Badsi.

Bamy Studio entend se positionner en amont de ces décisions. L’entreprise ne veut pas être considérée comme un simple fournisseur intervenant une fois les choix effectués, mais comme un partenaire capable d’aider les dirigeants à formuler leurs besoins et à arbitrer entre plusieurs solutions.

La clarté plutôt que l’effet spectaculaire

Dans un secteur où les images occupent une place centrale, Steven Badsi se méfie du pouvoir parfois trompeur des rendus. Une visualisation séduisante peut attirer l’attention. Elle ne suffit pas nécessairement à rassurer un client.

« Ce qui signe un projet, ce n’est jamais le plus beau rendu. C’est la confiance et la clarté. Le client signe quand il se sent compris, quand il voit exactement où il va et quand il n’a plus de zone de flou sur le budget ou les délais. »

Cette philosophie s’est notamment traduite lors de la refonte des espaces d’une entreprise comprenant une cafétéria, un accueil et une zone de coworking. Plutôt que de présenter une proposition unique et définitive, Bamy a construit trois scénarios d’aménagement en 3D, chacun accompagné de son chiffrage et de plusieurs pistes d’optimisation budgétaire.

Le client ne se retrouvait plus face à un devis à accepter ou à refuser. Il pouvait comparer, se projeter et décider en connaissance de cause. L’achat de mobilier devenait une décision d’aménagement maîtrisée.

Cette capacité à rendre les projets lisibles constitue le point de rencontre entre Bamy Studio et Bamy Conseil. Dans les deux cas, Steven Badsi cherche à lever les incertitudes qui empêchent une idée d’avancer.

Un ancrage toulousain revendiqué

Installé à Toulouse, l’entrepreneur entend inscrire Bamy dans la durée au sein de l’écosystème régional. Il observe un territoire porté par l’aéronautique, le spatial, les technologies et par des entreprises dont la croissance entraîne de nouveaux besoins immobiliers.

Lorsque les effectifs augmentent, que l’organisation se transforme ou que l’image de l’entreprise évolue, les locaux doivent suivre. L’espace devient une traduction physique du projet collectif.

Steven Badsi considère que la proximité constitue un avantage décisif dans ce type d’accompagnement. Connaître le tissu économique, rester disponible pendant les différentes étapes et suivre le chantier jusqu’à sa livraison permettrait de créer une relation plus durable avec les entreprises.

« Un acteur national ne remplacera jamais quelqu’un qui est du coin et qui suit le projet de bout en bout. Je suis d’ici, je travaille avec les entreprises d’ici », revendique-t-il.

L’ambition affichée consiste désormais à faire de Bamy une référence de l’aménagement des espaces de travail en Occitanie, un interlocuteur vers lequel les entreprises se tourneraient naturellement lorsque leurs locaux doivent évoluer.

Une entreprise, deux activités et une même exigence

Bamy Studio doit rester le moteur de cette croissance. Steven Badsi souhaite multiplier les projets d’aménagement sur le territoire, tout en développant parallèlement son activité de conseil auprès des architectes, designers et fabricants.

Les deux branches ne sont pas pensées comme des entités séparées. Elles se répondent. Chaque projet réalisé nourrit la méthode de conseil. Chaque accompagnement conduit l’entrepreneur à interroger et améliorer sa propre pratique.

Cette complémentarité dessine aussi le portrait d’un professionnel qui refuse de choisir entre la création et le commerce, entre l’intuition et la méthode, entre la vision et l’exécution. Pour Steven Badsi, la créativité ne perd pas sa valeur lorsqu’elle se structure. Elle augmente ses chances de rencontrer le bon client et de devenir un projet réel.

Le bureau de demain, estime-t-il, devra simultanément donner envie de venir, faciliter la collaboration, exprimer l’identité de l’entreprise et soutenir la performance collective. Il n’existera donc pas de réponse universelle ni de modèle à reproduire mécaniquement. Chaque organisation devra trouver son propre équilibre.

Bamy entend précisément travailler dans cet entre-deux : concevoir des espaces adaptés à chaque entreprise et aider les créatifs qui les imaginent à mieux faire reconnaître leur valeur.

« À terme, j’aimerais que Bamy soit reconnue comme la maison qui conçoit les espaces et qui fait grandir ceux qui les créent. »

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